jeudi 26 septembre 2013

Lire Serge Meitinger

"Il n'y a pas un point où l'on puisse fixer ses propres limites de manière à dire: jusque-là c'est moi!" (Plotin)

"Notre impossible origine (personnelle, familiale, nationale), c'est Eros et Thanatos ! Se pencher sur ce sans-fond c'est en effet tenir les deux à la fois, être tenu par les deux, faire de l'abîme le lieu de notre émergence, de notre potentiel naufrage comme de notre résurgence.
Nous ne pouvons échapper à la question de notre identité originelle et nous ne pouvons y répondre exactement car l'origine n'est ni un point ni un territoire ou un terroir bien circonscrit ni une collection de qualités positives dont on pourrait dresser la liste puis l'authentifier d'un sceau personnel, familial, ethnique ou national.
L'origine reste béance, déchirure et mystère, un manque avéré et parfois désespéré dont il vaut mieux faire le deuil…"

Serge Meitinger, Littérature et origine, in La Revue des Ressources, 30 avril 2004

vendredi 13 septembre 2013

Jazz à La Villette

Si vous aimez le jazz, alors dépêchez-vous, le festival de jazz à la Villette bat son plein… Attention! vous avez juste quelques jours…
Surtout…, surtout ne loupez pas Kenny Garrett Quartet, sinon vous allez trop le regretter!
C'est ce samedi, à la Grande Halle!

mercredi 28 août 2013

Il y a 50 ans: Martin Luther King.

"Au début du boycottage des autobus à Montgomery en Alabama, nous avions organisé un pool volontaire de voitures pour conduire les gens à leur travail et les en ramener. Pendant onze longs mois, ce système fonctionna étonnamment bien. Le maire Gayle donna alors au département juridique de la ville instruction de mettre en branle les dispositions qui paraîtraient aptes à mettre fin aux opérations du pool de voitures ou à tout système de transport issu du boycottage des autobus. Une audience fut fixée au mardi 13 novembre 1956.
A notre réunion de masse hebdomadaire, qui avait été prévue pour le soir avant l'audience, j'eus la responsabilité d'avertir les gens que le pool de transport serait probablement interdit. Je savais qu'ils avaient volontairement accepté de souffrir pendant près de onze mois, mais pouvais-je leur demander maintenant d'aller à leur travail et d'en revenir à pieds ? Et sinon, serions-nous forcés d'admettre que notre protestation avait échoué ? Pour la première fois, je tremblai de paraître devant eux.
Lorsque vint le soir, je rassemblai assez de courage pour leur dire la vérité. J'essayai cependant de conclure sur une note d'espoir. "Durant tous ces mois, leur dis-je, nous avons agi en croyant hardiment que Dieu est avec nous dans notre lutte. Les multiples expériences des jours passés ont justifié cette foi de façon merveilleuse. Ce soir, nous devons croire qu'une voie s'ouvrira là où il n' y en a pas." Mais je pus sentir le vent froid du pessimisme passer sur l'auditoire. La lumière de l'espoir était sur le point de s'éteindre et le flambeau de la foi vacillait.
Quelques heures plus tard, devant le juge Carter, la ville soutint que nous dirigions sans autorisation une "entreprise privée". Nos avocats firent brillamment valoir que le pool de voitures était un plan d'entraide volontaire organisé comme service gratuit par les Eglises noires. Il fut cependant vite évident que le juge Carter rendrait son jugement en faveur de la ville.
A midi, durant une brève interruption, je remarquai une agitation inhabituelle dans la salle du tribunal. Le maire Gayle fut appelé dans l'arrière-salle. Plusieurs journalistes entraient et sortaient de cette salle avec excitation. Soudain l'un d'eux vint vers la table où, en ma qualité d'inculpé principal, j'étais assis avec les avocats. "Voici la décision que vous attendiez, me dit-il. Lisez cette mise en liberté."
Plein d'anxiété et d'espoir, je lus ces mots : "A l'unanimité la Cour Suprême des Etats-Unis a aujourd'hui déclaré inconstitutionnelle la ségrégation dans les autobus à Montgomery en Alabama." Mon cœur bondit, dans une joie inexprimable. L'heure la plus sombre de notre lutte était devenue la première heure de la victoire. Dans le fond du tribunal, quelqu'un cria : "Le Dieu tout-puissant a parlé de Washington !"
L'aube viendra. Désappointement, tristesse et désespoir sont nés à minuit, mais le matin vient ensuite. "Le soir arrivent les pleurs, dit le psalmiste, et le matin l'allégresse." Cette foi disperse les assemblées de désespérés et apporte une lumière nouvelle dans les sombres recoins du pessimisme."

Martin Luther King, La force d'aimer, éditions Casterman, 1964, pp.86-87

vendredi 16 août 2013

L'utilité de l'Inutile

Il n'a l'air de rien, format minimaliste, couverture rouge—apparemment juste un simple manifeste—, et pourtant L'utilité de l'Inutile peut figurer parmi les ouvrages importants publiés ces derniers temps!
Ouvrir ce livre, c'est entreprendre un voyage inédit et riche en compagnie de grands penseurs, philosophes et écrivains—tous, chacun à sa façon, montrent "comment l'obsession de posséder et le culte de l'utilité finissent par dessécher l'esprit…"
La seconde partie de l'ouvrage adjoint un essai "brillant" d'Abraham Flexner, traduit pour la première fois en français.
Je vous laisse avec cette citation d'Eugène Ionesco—parmi plusieurs autres réflexions contenues dans ce précieux ouvrage de Nuccio Ordine:
"Regardez les gens courir affairés, dans les rues. Ils ne regardent ni à droite, ni à gauche, l'air préoccupé, les yeux fixés à terre, comme des chiens. Ils foncent tout droit, mais toujours sans regarder devant eux, car ils font le trajet, connu à l'avance, machinalement. Dans toutes les grandes villes du monde c'est pareil. L'homme moderne, universel, c'est l'homme pressé, il n'a pas le temps, il est prisonnier de la nécessité, il ne comprend pas qu'une chose puisse ne pas être utile ; il ne comprend pas non plus que, dans le fond, c'est l'utile qui peut être un poids inutile, accablant. Si on ne comprend pas l'utilité de l'inutile, l'inutilité de l'utile, on ne comprend pas l'art ; et un pays où on ne comprend pas l'art est un pays d'esclaves ou de robots, un pays de gens malheureux, de gens qui ne rient pas ni ne sourient, un pays sans esprit ; où il n'y a pas l'humour, où il n'y a pas le rire, il y a la colère et la haine."

Nuccio Ordine —Abraham FlexerL'Utilité de l'inutile, éditions Les Belles Lettres, 2013

jeudi 11 juillet 2013

Citation du jour

"—Cela signifie-t-il que lorsque je pense à un manque,
je dois l'appeler présence ?
—C'est ça, et souhaite la bienvenue à chaque manque.
Fais-lui bon accueil."

Erri de Luca

jeudi 30 mai 2013

Citation du jour

"La souffrance d'autrui est chose qui doit s'apprendre :
 et jamais elle ne peut être apprise pleinement"

Nietzsche , Humain, trop humain

lundi 20 mai 2013

Pentecôte en chœur parlé


Abdou : Essayons de comprendre…
Pauline : comprendre ce qu'il leur arrive.
Abdou : pourquoi ne sortent-ils pas à la lumière ?
Pauline : pourquoi fuient-ils le jour ?
Abdou : pourquoi ne communiquent-ils pas avec l'extérieur après l'expérience extraordinaire qu'ils viennent de vivre ?
Pauline : En effet, après le traumatisme de la crucifixion, on aurait pensé que Pâques allait les libérer définitivement.
Abdou : Mais l'Ascension, paradoxalement, est venue gâcher la fête : ils auraient voulu  retenir Jésus, le garder, comme on garde un bien précieux…
Pauline : …mais comment retenir, comment échapper à l'expérience de la perte…?
Abdou : L'intolérable …de l'absence !
Pauline : Les apôtres et les quelques femmes avec eux, dont Marie (la mère de Jésus), vivent un sale temps, un temps de confusion, un temps intermédiaire, entre le vide total et l'espérance.
Abdou : Entre le jeudi de l'Ascension et le dimanche de Pentecôte, il se passe exactement 10 jours ! 10 jours ce n'est rien, quand tout va bien, mais comme ça paraît interminable quand on attend sans avoir la preuve que la promesse sera tenue!
Pauline : Et quelle promesse!
— "Au cours d'un repas avec eux, écrit l'auteur des Actes des Apôtres, il (le Christ) leur recommanda de ne pas quitter Jérusalem, mais d'y attendre la promesse du Père, celle, dit-il, que vous avez entendue de ma bouche : Jean a bien donné le baptême d'eau, mais vous, c'est dans l'Esprit Saint que vous serez baptisés d'ici quelques jours".
Abdou : Au passage, nous apprenons une chose surprenante: le baptême d'eau ne suffit pas pour la mission qui attend les apôtres, il leur faut un autre baptême, une autre plongée, non plus dans l'eau, mais dans le feu de l'action de l'Esprit Saint !
Pauline : Ils vont alors se mettre à penser et à parler dans une autre langue, la langue de la vérité, si bien que chacun les entendra comme s'ils parlaient sa propre langue ! L'élan de l'Esprit fait sa traversée.
Abdou : Fini le doute, finie la peur: on les verra sortir joyeusement de leur cachette et aller au devant de la foule avec cette nouvelle inouïe:
Pauline : Le Crucifié est vivant ! les forces du mal sont à terre malgré leurs tapages et leurs démonstrations d'intimidation !
Abdou : Oui, mais…, en attendant, entre le jeudi de l'Ascension et le dimanche de Pentecôte, c'est plutôt du noir qu'ils broient, ces pauvres disciples!
Pauline : Nous n'aimons pas cet entre-deux dans nos vies, moment redoutable où nous sommes soudain seul (e) face à nous-même, devant notre vérité du moment…
Abdou : …malgré la présence et le soutien des autres, rien ni de l'intérieur ni de l'extérieur ne semble assez solide ou signifiant pour nous sortir du sentiment de vide qui nous enserre…
Pauline : …ces moments d'incertitude, où la volonté même est mise en échec…, sont source d'angoisse. Or, l'angoisse, au contraire de la peur, est sans objet…, d'où sa force de paralysie…
Abdou : …l'angoisse est générée par nos représentations, par l'imagination…, mais l'imagination déforme souvent sinon toujours la réalité…
Pauline : Pour conjurer cet état d'esprit contreproductif qui les fait tourner en rond, les apôtres et les autres disciples, dont la mère de Jésus, vont être amenés à prendre une décision de la plus haute importance…
Abdou:… la seule qui vaille dans leur situation traumatique : non pas faire appel à une cellule psychologique de soutien, mais se mettre à genoux : prier !

Pauline : Alors, ça devient tout d'un coup intéressant pour le lecteur aussi: privés de lumière et de certitude, les disciples ont recours à ce qu'ils ont déjà vu faire à plusieurs reprises par leur Maître, dans ses propres moments de solitude et de lutte intérieure : la prière !
Abdou : Ils vont puiser au fond d'eux-mêmes ce qu'ils n'ont pas et qu'ils ne peuvent que recevoir : la force de tenir, d'espérer et de croire!
Pauline : Ça nous parle, non ?
Abdou : Prier! Se recueillir un moment, dans un lieu tranquille, sans projet, juste être là …devant soi, devant Dieu!
Pauline : Plus tard, certains parmi le peuple, en les entendant et les observant, ne pouvant expliquer la métamorphose soudaine des apôtres, se moqueront d'eux en disant: "ils sont pleins de vin doux!".
Abdou : Mais, ces ricaneurs ont tout faux: non, les disciples n'ont pas bu, non, ils ne sont pas saouls…, ils viennent de prier, tout simplement ! Non, ils ne sont pas ivres, mais remplis du Souffle venu du fond de l'Etre!
Pauline : Ce qui met les disciples dans cet état paradoxal, à la fois d'allégresse, et en même temps de grande lucidité, ce qui leur permet d'être entendus et compris des autres, c'est Pentecôte, c'est l'effusion du Souffle de vie, une pluie de feu qui brûle l'inertie et libère l'énergie créatrice!
Abdou : Alors, —comme disait une amie — "Ouste! De l'air…! Dehors! On vous attend!"
Pauline : Les voilà donc qui se lèvent, joyeusement, sortent de leur refuge pour aller vers la multitude assemblée dehors, alertée par le vacarme !!!
Abdou : C’est souvent à l’heure où l'on ne s’y attend plus, ou pas encore, que les doutes sont emportés comme la balle est emportée par le vent.
Pauline : Et l’on se trouve debout devant les autres, avec une audace incroyable et tranquille pour rendre témoignage du Vivant!
Abdou : Pentecôte! Le Souffle brûlant qui nous bouscule, nous met en mouvement, nous appelle au partage…
Pauline : L'air venu d'ailleurs qui nous donne envie d’étreindre le monde.
Malgré…sa dureté et sa violence.

(lire Actes des Apôtres chapitre 1, versets 4-8 ; chapitre 2, versets 1-13)

Valère Novarina, Le jeu des Ombres

 Bonne nouvelle, j’ai retrouvé Valère Novarina, je n’avais plus de nouvelles depuis plusieurs mois, alors qu’il me suffisait de lever les ye...