lundi 27 juillet 2020

Devenir membres du blog

Le blog fait peau neuve et intègre de nouvelles fonctionnalités, dont la rubrique "Membres" créée spécialement pour celles et ceux qui souhaitent adhérer. Aucun engagement à part celui de faire partie d'un cercle d'amis qui commence à se constituer, et dont le soutien m'est très précieux pour poursuivre cette belle aventure autour des livres, commencée en 2008 et fortement encouragée alors par la ferveur de certains proches et amis ! Hélas, longtemps laissé en veilleuse et suite à des remaniements au sein du groupe hébergeur "Blogger", le blog a perdu la liste des premiers adhérents! C'est comme ça, c'est la vie.

Comment faire pour adhérer ? Rien de plus simple : cliquez sur "S'abonner" et suivez le guide…

Comme y insiste l'édito, ce blog ne vit que par et pour les livres, j'en lis personnellement tous les jours et tout au long de l'année avec un réel plaisir, que je cherche à partager avec vous à travers le blog. Vos réactions et commentaires donneront plus de vie à ce lieu que j'ai toujours souhaité convivial et libre. Pas de langue de bois, pas de flatterie délibérée (nuisible à la créativité), mais pas non plus de propos irrespectueux ou calomnieux à l'égard des autres contributeurs pas plus qu'à mon égard.

Merci d'avance pour votre confiance.

dimanche 26 juillet 2020

Blanchot, le dernier homme

"Pourtant, ça et là, perçait une note juste, comme un cri révélant derrière le masque quelqu'un qui demandait éternellement secours sans réussir à indiquer où il se trouvait."

Maurice Blanchot, Le dernier homme, Gallimard, 1957

jeudi 23 juillet 2020

Anne Dufourmantelle

Les éditions Payot-Rivages ont l'heureuse idée de publier dans leur collection "Bibliothèque Rivages" les chroniques d'Anne Dufourmantelle initialement parues dans les colonnes du quotidien Libération.
Comme chacun sait, Anne Dufourmantelle était psychanalyste et philosophe, et qu'elle est décédée de manière tragique en Juillet 2017. 
Lecteur inconditionnel de ses livres, cités à plusieurs reprises dans ces colonnes, je ne peux que recommander celui-ci dont la lecture revigorante peut aider à cerner et à dépasser ce qui nous fait violence au quotidien. Un des thèmes plus ou moins récurrent dans l'œuvre d'Anne Dufourmantelle, c'est le consentement à ce qui arrive : "il y a ce qui arrive", écrivait-elle, et d'ajouter "Avec la part de risque certes (…), mais aussi de liberté, de choix, de courage que cela engage."
Robert Maggiori lui rend un vibrant hommage dans sa préface : "elle est l'une des rares personnes qui ont su allier les deux qualités (psychanalyste et philosophe)… Les patients garderont évidemment secrète la manière dont Anne Dufourmantelle a donné à leurs vies la force de se reprendre. Mais en réunissant ici les  chroniques qu'elle a données à Libération, on donne à tous les lecteurs la possibilité de voir comment la psychanalyste et la philosophe a su, dès leur apparition symptômale, déceler les pathologies, les travers, les difficultés que connaît notre société, et qui pour se révéler empruntent parfois les voies les plus inattendues."

Anne Dufourmantelle, Chroniques, Payot/Rivages, 2020

Citation du jour

"Notre humaine aussi bien qu'inhumaine condition ne nous laisse aucun répit, de sorte que tout être se trouve aux prises avec l'étrange murmure : Qui es-tu ?Que fais-tu de ta vie ? Comment te comportes-tu ?Pourquoi te laisser entraver par la peur ? Pourquoi t'empêches-tu de vivre ? Abats les murs derrière lesquels tu te blottis. Et avance. Avance. Crée toi-même la lumière dont tu as besoin…"

Charles Juliet

mardi 21 juillet 2020

Charles Juliet écrit à Paul Cézanne

Envie soudain de relire ce magnifique livre de Charles Juliet consacré à ce "grand vivant" qu'était, qu'est Cézanne. Magnifique à double titre, d'abord pour la beauté de l'écriture propre à Charles Juliet, et aussi parce que chaque page du livre est accompagné d'un tableau du peintre. L'auteur ne parle pas de Cézanne, il lui parle de manière directe, sous forme d'une lettre, courte, profonde, passionnée, exigeante…On sait de Cézanne cette fameuse réplique : "Je cherche en peignant…" Que cherchait-il ? On est amené à poser la même question à Charles Juliet, que cherche-t-il dans l'œuvre du maître ? Probablement la même chose : "Peindre ou écrire, ce n'est rien d'autre que partir à la découverte de soi, tout en convertissant en toile ou en poèmes ce que recèle la nuit intérieure", écrit-il. 
L'auteur se souvient que Cézanne mentionne souvent l'importance de la sensation. Mais, questionne-t-il, quoi de plus fuyant, de plus insaisissable qu'une sensation ? Comment la retenir ? la déchiffrer ? 
"En devenant attentif à ce qui naissait puis se développait en vous —sensations, perceptions, émotions diverses, états si complexes qu'ils ne peuvent être nommés…— il est certain que vous avez été contraint d'entreprendre un voyage en vous-même. Si vous le permettez, j'aimerais m'attarder quelque peu sur ces problèmes." Pourquoi s'attarde-t-il ici, me suis-je demandé ? Il me suffit de relire d'autres textes de Juliet pour être fixé, en effet ses écrits ne portent-ils en eux comme un long sillon toutes les perceptions, les sensations et émotions contenues dans l'expérience et dans la quête de soi ?
Ce qui intéresse Charles Juliet et qui lui fait marquer un temps d'arrêt c'est, que voit le regard de Cézanne lorsqu'il se porte sur un objet ? "Plusieurs facteurs —peur, désirs, avidité, projections diverses…— peuvent intervenir pour modifier l'image qu'il en reçoit. A celle-ci succède la sensation, laquelle naît à l'intime de l'être, là où fusionnent les constituants de notre personnalité. Mais une question surgit : cette image-sensation est-elle dans un rapport de justesse, de fidélité, d'exactitude relativement à l'objet qui l'a suscitée ? Ou se trouve-t-elle comme gauchie, déjetée, mensongère ? En ce cas, comment prendre conscience de cette sorte de non-concordance entre l'objet vu et la sensation qui lui est liée ?"
Les questions de Charles Juliet à Cézanne sont adressées aussi à lui-même, et par voie de ricochet au lecteur. Nous sommes conviés, en compagnie du peintre et de l'écrivain, à rejoindre cette voie étroite mais essentielle, celle qui mène vers les terres inexplorées de notre être profond et son rapport au monde dans sa complexité avenante ! Bonne lecture.

Charles Juliet, Un grand vivant, Paul Cézanne, Flohic Editions, 1997 (2 ème édition)

vendredi 10 juillet 2020

Heidegger dans le texte

"…il faut que l'exigence extrême soit annoncée à l'homme. Je ne parle pas d'une exigence quelconque, de telle ou telle exigence, mais de l'exigence adressée à l'homme purement et simplement. Et qu'est-ce que c'est ? C'est le fait que de l'homme est exigé le Dasein comme tel, c'est le fait qu'il lui est remis comme tâche — d'être le là.
Mais ne savons-nous pas tous cela ? Oui et non. Nous ne le savons pas dans la mesure où nous avons perdu mémoire du fait que l'homme, s'il doit devenir ce qu'il est, a toujours le Dasein précisément à prendre sur ses épaules. Nous avons perdu mémoire du fait que ce qu'il est, l'homme ne l'est justement pas quand il se laisse seulement entraîner dans un branle-bas général, serait-il même "intellectuel". Nous avons perdu mémoire du fait que le Dasein n'est rien qu'on promène pour ainsi dire en voiture, mais bien quelque chose qu'il faut que l'homme assume expressément {…}
Il faut que l'homme se décide d'abord encore une fois à cette exigence. La nécessité de cette exigence est le contenu de l'instant de notre Dasein, instant refusé et du même coup annoncé.
A quoi donc le Dasein doit-il se décider ? Il doit se décider à se procurer lui-même d'abord encore une fois  le savoir de bon aloi à propos de ce en quoi consiste ce qui véritablement le rend possible lui-même. Et cela qu'est-ce que c'est ? C'est le fait que, pour le Dasein comme tel, doit être en vue toujours à neuf l'instant dans lequel il se porte devant lui-même comme devant ce qui engage véritablement. Devant lui-même — non pas comme devant un idéal rigide ni devant un tableau original fixement accroché, mais devant lui-même comme devant ce qui, précisément, doit d'abord encore une fois s'arracher la possibilité propre pour s'assumer en elle."

Martin Heidegger, Les concepts fondamentaux de la métaphysique. Monde.finitude.solitude, Gallimard, 1992, p. 248-249 

mercredi 24 juin 2020

En hommage à Jean-Luc Nancy

Dialogue en sommeil …

—Sais-tu quel auteur je lis depuis hier ?
—Misrahi "La jouissance d'être" ?
—Non …!
—William Faulkner "Le bruit et la fureur" ?
—Non plus…
—Gabrielle Rubin "Du bon usage de la haine et du pardon" ?
—Non, non , tu n'y es toujours pas…
—Heidegger "La dévastation et l'attente" ?
 —Non plus. Tu donnes ta langue au chat ? Bon. Pourtant tu l'aimes bien cet auteur…
— …!?
—Jean-Luc Nancy…!
—Ah! j'ai trouvé, tu lis "La déconstruction du christianisme"…
—Le vrai titre du livre dont tu fais allusion c'est "La déclosion"(La déconstruction du christianisme). Mais je te parle d'un autre livre "Tombe de sommeil". Passionnant ! Ne cherche pas, je sais que tu n'as pas lu celui-ci, bien qu'il soit sorti depuis 2007!
—Exact, et que dit-il, pourquoi m'en parles-tu ?
—Ecoute, je cite, p.35: "Tout s'égale à soi-même et au reste du monde. Tout se remet à l'équivalence générale dans laquelle un dormeur vaut n'importe quel autre dormeur et tout sommeil vaut tous les autres, quoi qu'il paraisse. Car "bien" ou "mal" dormir ne revient qu'à dormir plus ou moins, de façon plus ou moins continue, plus ou moins perturbée. Les interruptions et les perturbations, y compris celles qui surgissent parfois du sein du sommeil lui-même, comme ces cauchemars qui nous réveillent dans l'angoisse et la sueur, les accidents du sommeil ne lui appartiennent pas."
—C'est incroyable…que tu me lises justement ce passage maintenant!
—Que veux-tu dire?
—C'est à propos d'interruption et de perturbation du sommeil, j'ai vécu cette nuit quelque chose de semblable…
—Ah bon ?
—Oui, mais tu me promets que cela reste entre nous, c'est très personnel…
—Je te promets… sur la tête de ma belle-mère…
—Alors je ne te dirai rien…puisque ça ne t'intéresse pas plus que ça.
—Bon, blague à part, ça reste entre nous, je t'écoute.
—Donc, cette nuit, vers 4h30, je me réveille en sursaut couverte de sueur, pourtant — j'en suis absolument certaine — je n'ai pas fait de cauchemars.
—C'est bizarre ton truc, tu te réveilles brusquement en pleine nuit sans raison apparente!
—C'est comme je te dis. Mais pour moi le problème n'est pas là…
—Ah! Il est où alors ?
—Je continue…Impossible de me rendormir. J'essaie tout ce que je peux, respiration profonde, exercices de relaxation, les moutons…, rien n’y fait. Je décide alors de sortir du lit et d'aller au salon avec mon oreiller, je m'allonge sur le canapé…Mais le sommeil n’est toujours pas au rendez-vous!
—Tu m'étonnes!
—C’est alors que, instantanément, je me mets à réfléchir à haute voix (c’est quelque chose ça, réfléchir à voix haute, tu connais peut-être ? C'est comme si de l'intérieur ta voix te parvenait et se répandait au-dehors mais en s'adressant à toi ! Essaie tu verras…, ça ne résout pas ton problème, mais ça te permet d'y voir un peu plus clair, à condition d'être sincère avec soi-même)
—Ah! Et que criais-tu ?
—Tu ne m'écoutes pas, je n'ai pas dit que je criais, mais que je réfléchissais à haute voix, ce n'est pas pareil. Bref, je m'entends me dire "—Je ne suis pas en paix avec moi-même, pourquoi me le cacher? Pourquoi faire semblant ? Je ne suis pas celle que je donne à voir…, je cours après moi-même, ou après je ne sais quoi d’inaccessible : le bonheur? la paix ? la reconnaissance? le savoir? les éloges…? Mais, je le sais bien, même en obtenant ce que je recherche, je reste insatisfaite, insatiable…"
—Continue…
— …c’est donc que ce que je cherche, fondamentalement, ne se trouve pas au-dehors, dans l’environnement, dans les choses ou les êtres, mais en moi-même, indéniablement !
—Très intéressant, continue.
—J’ai alors cette conviction forte, que le retour à la source ne peut s’effectuer par le seul mental ou par la réflexion. La réflexion aide à la prise de conscience. Le retour effectif à soi est un acte presque physique, de concentration, d’attention…à ce qui se donne dans l'instant, qui fait signe hors champs mental, en dehors de toute saisie… Je ne sais pas l’exprimer autrement.
—Tu m'impressionnes, tu sais ? continue…
—Au terme de cet examen de conscience (je l’appelle ainsi faute de mieux, peut-être le mot exploration serait plus juste ?) qui a dû durer une bonne trentaine de minutes sinon plus, je remonte tranquillement dans la chambre et je me rendors aussitôt.
—Eh ben! quelle drôle d'histoire! Quelle expérience, surtout !… Tu sais quoi?
—Dis toujours…
—Ton histoire me fait me poser cette question : dans le sommeil, quel soi s'y donne à découvrir ? Est-ce le même qui échappe à toute saisie ? Qui suis-je une fois endormi ?
—Excellente question, on en reparle si tu veux quand tu auras fini de lire Jean-Luc Nancy ! Qui sait, peut-être y répond-il ?
Dialogue inspiré librement de et par "Tombe de sommeil" de J.-L.Nancy, éditions Galilée, 2007

Citation du jour

 "La philosophie ne se développe pas en progressant, elle est au contraire l'effort de déployer et d'éclairer le même petit nom...