mercredi 11 avril 2012
Citation du jour
« L’appel de la conscience ne rend compte d’aucun événement, il appelle sans élever la voix. L’appel parle sur le mode étrange du silence. L’appel n’appelle pas celui qu’il interpelle au sein du on-dit public mais l’en retire par son appel en le ramenant dans le silence gardé du pouvoir être existant. »
Martin Heidegger
dimanche 1 avril 2012
Van Gogh
En relisant l'un de mes carnets je tombe sur cette note datée du jeudi 12 novembre 2009:
—"C.H.U. Voilà un quart d'heure que j'attends. Les infirmières sont toujours dans la ch.40. Elles m'ont dit en entrant: "Dans 5 minutes, c'est bon". J'attends toujours.
Pour saisir ce qui se passe, je sors mon petit carnet que je garde toujours à portée de la main…
Ecouté, tout à l'heure en voiture, une émission de France Culture sur Van Gogh dont on vient d'éditer la Correspondance complète. Les intervenants sont formels: V.G n'était pas fou, il avait une maladie dégénérative; c'est la société qui l'a suicidé!
Ça donne envie de lire ces lettres!"
Mes notes s'interrompent ici… Qui occupait la chambre n° 40 ? Je ne m'en souviens plus. Par contre, je vais me procurer enfin la Correspondance de Van Gogh!
jeudi 8 mars 2012
Lire et re-lire Valère Novarina
"Voici que les hommes s'échangent maintenant les mots comme des idoles invisibles, ne s'en forgeant plus qu'une monnaie: nous finirons un jour muets à force de communiquer; nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n'ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. Il n' y a que le mystère de parler qui nous séparait d'eux. A la fin, nous deviendrons des animaux: dressés par les images, hébétés par l'échange de tout, redevenus des mangeurs du monde et une matière pour la mort. La fin de l'histoire est sans parole.
A l'image mécanique et instrumentale du langage que nous propose le grand système marchand qui vient étendre son filet sur notre Occident désorienté, à la religion des choses, à l'hypnose de l'objet, à l'idolâtrie, à ce temps qui semble s'être condamné lui-même à n'être plus que le temps circulaire d'une vente à perpétuité, à ce temps où le matérialisme dialectique, effondré, livre passage au matérialisme absolu—j'oppose notre descente en langage muet dans la nuit de la matière de notre corps par les mots et l'expérience singulière que fait chaque parlant, chaque parleur d'ici, d'un voyage dans la parole; j'oppose le savoir que nous avons, qu'il y a tout au fond de nous, non quelque chose dont nous serions propriétaire (notre parcelle individuelle, notre identité, la prison du moi), mais une ouverture intérieure, un passage parlé.
Chaque terrien d'ici le sait bien, qu'il n'est pas fait que de terre. Et il le sait, c'est parce qu'il parle. Nous le savons tous très bien, tout au fond, que l'intérieur est le lieu non du mien, non du moi, mais d'un passage, d'une brèche par où nous saisit un souffle étranger. A l'intérieur de nous, au plus profond de nous, est une voie grande ouverte: nous sommes pour ainsi dire troués, à jour, à ciel ouvert (…). Nous le savons tous très bien, tout au fond, que la parole existe en nous, hors de tout échange, hors des choses, et même hors de nous.
Qu'est-ce que les mots nous disent à l'intérieur où ils résonnent ? Qu'ils ne sont ni des instruments qui se troquent, ni des outils qu'on prend et qui se jettent, mais qu'ils ont leur mot à dire. Ils en savent sur le langage beaucoup plus que nous. Ils savent qu'ils sont échangés entre les hommes non comme des formules et des slogans mais comme des offrandes et des danses mystérieuses. Ils en savent plus que nous; ils ont résonné bien avant nous; ils s'appelaient les uns les autres bien avant que nous ne soyons là."
Valère Novarina, Devant la parole, éditions P.O.L, 2010, pp. 13-15
A l'image mécanique et instrumentale du langage que nous propose le grand système marchand qui vient étendre son filet sur notre Occident désorienté, à la religion des choses, à l'hypnose de l'objet, à l'idolâtrie, à ce temps qui semble s'être condamné lui-même à n'être plus que le temps circulaire d'une vente à perpétuité, à ce temps où le matérialisme dialectique, effondré, livre passage au matérialisme absolu—j'oppose notre descente en langage muet dans la nuit de la matière de notre corps par les mots et l'expérience singulière que fait chaque parlant, chaque parleur d'ici, d'un voyage dans la parole; j'oppose le savoir que nous avons, qu'il y a tout au fond de nous, non quelque chose dont nous serions propriétaire (notre parcelle individuelle, notre identité, la prison du moi), mais une ouverture intérieure, un passage parlé.
Chaque terrien d'ici le sait bien, qu'il n'est pas fait que de terre. Et il le sait, c'est parce qu'il parle. Nous le savons tous très bien, tout au fond, que l'intérieur est le lieu non du mien, non du moi, mais d'un passage, d'une brèche par où nous saisit un souffle étranger. A l'intérieur de nous, au plus profond de nous, est une voie grande ouverte: nous sommes pour ainsi dire troués, à jour, à ciel ouvert (…). Nous le savons tous très bien, tout au fond, que la parole existe en nous, hors de tout échange, hors des choses, et même hors de nous.
Qu'est-ce que les mots nous disent à l'intérieur où ils résonnent ? Qu'ils ne sont ni des instruments qui se troquent, ni des outils qu'on prend et qui se jettent, mais qu'ils ont leur mot à dire. Ils en savent sur le langage beaucoup plus que nous. Ils savent qu'ils sont échangés entre les hommes non comme des formules et des slogans mais comme des offrandes et des danses mystérieuses. Ils en savent plus que nous; ils ont résonné bien avant nous; ils s'appelaient les uns les autres bien avant que nous ne soyons là."
Valère Novarina, Devant la parole, éditions P.O.L, 2010, pp. 13-15
lundi 20 février 2012
A méditer: la situation du "est"
"Lorsque nous disons (…): "Le temps est beau", nous visons par "temps" un réel et un étant ; par "beau", la disposition réelle de cet étant ; et par le "est" (…), la façon dont cet étant, le temps, est étant de telle et telle façon, et par conséquent l'être de cet étant qui s'appelle, en l'occurrence, "temps"(…).
Le temps se détermine par la chaleur du soleil, la réflexion de ses rayons sur la terre, variable selon la nature du terrain, le vent (courant atmosphérique), la répartition de l'humidité, la charge d'électricité dans l'atmosphère, et ainsi de suite. Nous pouvons observer directement le temps et les conditions atmosphériques ; des appareils appropriés nous permettent de constater tout cela. Nous pouvons ainsi établir si le temps est bon, ou mauvais, ou encore "douteux". Le bon, le mauvais, le douteux rapportés au temps, cela se voit, cela se sent ; nous pouvons être directement au contact du temps, de l'état du temps.
Mais où se cache le "est"?
Qu'est-ce à dire que le temps "est" et qu'il "est" beau ? En quoi cela consiste-t-il ? Le beau temps — nous pouvons toujours nous en réjouir; mais quant au "est" ? Qu'en faire ? Nous pouvons bien relever sur l'hygromètre le degré d'humidité de l'air; mais aucun instrument ne nous permet d'établir ni de saisir le "est", ni ce que nous visons par ce "est". Mettons les points sur les i: il y a des hygromètres, des anémomètres, des baromètres qui indiquent comment "est" le temps, mais il n' y a pas de "est"-mètre, il n' y a pas d'instrument qui mesure ni puisse saisir le "est" lui-même. Et pourtant nous disons: le temps — à savoir lui-même— est tel ou tel. (…) Visant cela, à savoir l'être, nous ne prenons garde néanmoins, et tout au long, qu'à l'étant envisagé.
Dans le cas cité, c'est la situation météorologique, le temps qui nous "intéressent"; non le "est". Combien de fois par jour n'utilisons-nous pas, dans bien d'autres contextes, ce mot inapparent "est"! Mais comment pourrions-nous nous acquitter de nos besognes quotidiennes si chaque fois, ou ne serait-ce qu'une fois, nous pensions expressément au "est; si nous étions enclins à nous y arrêter, au lieu de nous laisser entraîner sur-le-champ et exclusivement dans l'étant auquel il faut vaquer, où il y va de nos desseins, de notre travail, de nos plaisirs, de nos espoirs et de nos craintes ?
Ce qui est, l'étant lui-même, nous en avons connaissance, et que l'étant soit, nous en faisons l'expérience. Mais le "est" — où diable trouverons-nous le "est", et surtout, où chercher quelque chose de tel ?"
Martin Heidegger, Concepts fondamentaux". Collection Bibliothèque de Philosophie, Gallimard, 1985, pp.44-45
Le temps se détermine par la chaleur du soleil, la réflexion de ses rayons sur la terre, variable selon la nature du terrain, le vent (courant atmosphérique), la répartition de l'humidité, la charge d'électricité dans l'atmosphère, et ainsi de suite. Nous pouvons observer directement le temps et les conditions atmosphériques ; des appareils appropriés nous permettent de constater tout cela. Nous pouvons ainsi établir si le temps est bon, ou mauvais, ou encore "douteux". Le bon, le mauvais, le douteux rapportés au temps, cela se voit, cela se sent ; nous pouvons être directement au contact du temps, de l'état du temps.
Mais où se cache le "est"?
Qu'est-ce à dire que le temps "est" et qu'il "est" beau ? En quoi cela consiste-t-il ? Le beau temps — nous pouvons toujours nous en réjouir; mais quant au "est" ? Qu'en faire ? Nous pouvons bien relever sur l'hygromètre le degré d'humidité de l'air; mais aucun instrument ne nous permet d'établir ni de saisir le "est", ni ce que nous visons par ce "est". Mettons les points sur les i: il y a des hygromètres, des anémomètres, des baromètres qui indiquent comment "est" le temps, mais il n' y a pas de "est"-mètre, il n' y a pas d'instrument qui mesure ni puisse saisir le "est" lui-même. Et pourtant nous disons: le temps — à savoir lui-même— est tel ou tel. (…) Visant cela, à savoir l'être, nous ne prenons garde néanmoins, et tout au long, qu'à l'étant envisagé.
Dans le cas cité, c'est la situation météorologique, le temps qui nous "intéressent"; non le "est". Combien de fois par jour n'utilisons-nous pas, dans bien d'autres contextes, ce mot inapparent "est"! Mais comment pourrions-nous nous acquitter de nos besognes quotidiennes si chaque fois, ou ne serait-ce qu'une fois, nous pensions expressément au "est; si nous étions enclins à nous y arrêter, au lieu de nous laisser entraîner sur-le-champ et exclusivement dans l'étant auquel il faut vaquer, où il y va de nos desseins, de notre travail, de nos plaisirs, de nos espoirs et de nos craintes ?
Ce qui est, l'étant lui-même, nous en avons connaissance, et que l'étant soit, nous en faisons l'expérience. Mais le "est" — où diable trouverons-nous le "est", et surtout, où chercher quelque chose de tel ?"
Martin Heidegger, Concepts fondamentaux". Collection Bibliothèque de Philosophie, Gallimard, 1985, pp.44-45
mardi 31 janvier 2012
C'est à lire
"Un temps je déposais des phrases qui me passaient par la tête ou que j'avais lues, prélevées. Je constituais des dépôts pour voir ce que cela donnait, faire de petits rapprochements, une chose avec une autre. Et pourquoi telle chose plutôt que telle autre ? J'avais plaisir à les glisser ensemble. Activité proche d'un carnet de croquis ou de projets: comme si j'attendais que quelque chose apparaisse. Voici des morceaux de ces carnets."
Jean-Pierre Ostende, Relations et silhouettes. Carnets 1992-1995, Editions Le Bleu du ciel, 1983
Jean-Pierre Ostende, Relations et silhouettes. Carnets 1992-1995, Editions Le Bleu du ciel, 1983
lundi 23 janvier 2012
Citation du jour
"Chercher encore des mots
Qui disent quelque chose
Là où l'on cherche les gens
Qui ne disent plus rien
Et trouver encore des mots
Qui savent dire quelque chose
Là où l'on trouve des gens
Qui ne peuvent plus rien dire."
Erich Fried
Qui disent quelque chose
Là où l'on cherche les gens
Qui ne disent plus rien
Et trouver encore des mots
Qui savent dire quelque chose
Là où l'on trouve des gens
Qui ne peuvent plus rien dire."
Erich Fried
mercredi 4 janvier 2012
EVENEMENT
Le 14 janvier 2011
à 18h
à la
Librairie Ciné Reflet
14, rue Monsieur le Prince 75006 Paris - Métro Odéon
Aimé Agnel
s'entretiendra avec
Thierry de Lestrade
à propos de son livre
Hitchcock et l'ennui
une psychologie à l'oeuvre
récemment paru aux éditions Ellipses
Vous y serez les bienvenus!
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