"Supposition absurde!
L'homme n'occupe-t-il pas le sommet de l'évolution biologique ?
N'est-il pas le seul animal dont la tanière s'éclaire la nuit ?
Le seul aussi qui soit capable d'avoir une histoire et de l'écrire ?
L'antique Serpent nous l'avait promis:
Vous serez comme des Dieux…
Et la puissance, certes, nous l'avons eue, au moins matérielle.
Nous, les rois orgueilleux de la création.
Nous les maîtres d'une terre bordée de nuit…
Mais si l'homme n'a pas la sagesse de respecter la vie,
le monde ne risque-t-il pas de continuer sans lui ?"
Théodore Monod, Et si l'aventure humaine devait échouer, Grasset, 2000
jeudi 17 février 2011
samedi 12 février 2011
Le jour où ma fille est devenue folle. C'est-à-lire!
"Courant dans le flot des voitures, sûre de pouvoir les arrêter du simple fait de sa volonté… "
Michael Greenberg, Le jour où ma fille est devenue folle, Flammarion
Aujourd’hui pudiquement baptisée trouble bipolaire, la psychose maniaco-dépressive touche, comme la schizophrénie, 1 % de la population…
Lire la suite de l'article ici: http://www.collectifpsychiatrie.fr
Mais surtout procurez-vous le livre!
Michael Greenberg, Le jour où ma fille est devenue folle, Flammarion
Aujourd’hui pudiquement baptisée trouble bipolaire, la psychose maniaco-dépressive touche, comme la schizophrénie, 1 % de la population…
Lire la suite de l'article ici: http://www.collectifpsychiatrie.fr
Mais surtout procurez-vous le livre!
jeudi 10 février 2011
C'est à lire: Hors champ (1)
"En une semaine, Aurélien, un homme ordinaire, va progressivement disparaître. Il est de plus en plus hors champ, perdant jusqu'à sa voix, son odeur et son ombre.
Au fur et à mesure de cette genèse à rebours, il sort aussi de la pensée et de la mémoire des autres, même de ses proches. Cet effacement intensif s'opère au grand jour, dans l'agitation de la ville, à l'aune de tous ces naufragés qu'on ne regarde plus et qui ne comptent pour personne (…)
Sylvie Germain, Prix Femina pour Jours de colère, Grand Prix Jean Giono pour Tobie des marais, Prix Goncourt des lycéens pour Magnus, poursuit une œuvre impressionnante de force, de cohérence et d'exigence, interrogeant ici nos peurs et nos doutes sur ce qui fonde notre présente humanité."
(quatrième de couverture)
(1) Sylvie Germain, Hors champ, roman, Albin Michel, 2009
Au fur et à mesure de cette genèse à rebours, il sort aussi de la pensée et de la mémoire des autres, même de ses proches. Cet effacement intensif s'opère au grand jour, dans l'agitation de la ville, à l'aune de tous ces naufragés qu'on ne regarde plus et qui ne comptent pour personne (…)
Sylvie Germain, Prix Femina pour Jours de colère, Grand Prix Jean Giono pour Tobie des marais, Prix Goncourt des lycéens pour Magnus, poursuit une œuvre impressionnante de force, de cohérence et d'exigence, interrogeant ici nos peurs et nos doutes sur ce qui fonde notre présente humanité."
(quatrième de couverture)
(1) Sylvie Germain, Hors champ, roman, Albin Michel, 2009
mercredi 2 février 2011
Ce qui est perdu (1)
Je l’avais choisi pour son style si particulier qui fait penser par moment à l’auteur de “Trois jours chez ma mère”, François Weyergans.
Mais je crois bien que le prétexte du livre aussi m’a séduit, à savoir écrire une "biographie" du philosophe danois Sœren Kierkegaard, le père de l’existentialisme et auteur entre autres de “Crainte et Tremblement”(2), et surtout “Le Concept de l’angoisse” (3).
S.K est connu pour sa difficulté à être chrétien et d’avoir rompu ses fiançailles pour des raisons qu’il explicite justement dans Crainte et tremblement.
Dans ce livre, S.K se pose en effet deux problèmes:
1) Le rapport de l’individu avec le réel.
2) Le rapport de l'individu avec le temps.
Ces deux problèmes sont liés étroitement, ils renvoient tous deux à la vie même de Kierkegaard, à ses conflits les plus personnels, à sa relation avec Régine:
“Devais-je l’épouser, alors que Dieu a fait de moi sinon un élu, du moins un individu isolé, différent de tous les autres, et quand le mariage aurait été pour elle un malheur ?…Devais-je l’épouser quand je sentais si profondément que, en même temps qu’elle serait devenue ma femme, elle aurait cessé d’être l’idéale jeune fille que j’aimais, pour prendre place dans le réel, tandis que son souvenir seul me serait resté précieux, qu’elle me serait restée précieuse, mais seulement dans le passé ?… Si j’ai assez de foi, si je suis vraiment digne d’Abraham, le père de la foi, oui, je puis épouser Régine; je puis renoncer à elle, et, par un miracle incompréhensible, Dieu me la rendra; ce mariage me sera possible, comme il fut possible à Abraham de retrouver son fils auquel il avait renoncé. Et le temps même sera changé; de telle sorte que je serai au-dessus du temps ordinaire, dans un temps mûri, mais où rien ne passe, et où la jeune fille restera présente dans la femme. Mais suis-je Abraham ?”
A cette question, Kierkegaard répondra “non”, il n'épousera pas celle à qui il avait donné sa parole et qu’il aimait profondément.
Lire “Ce qui est perdu” à la lumière de l’histoire de Kierkegaard m’a énormément plu et stimulé. Cela ne veut pas dire qu'il faut nécessairement lire Sœren Kierkegaard pour apprécier ce beau roman, c'est juste un petit plus.
(1) Vincent Delecroix, Ce qui est perdu, Gallimard,2006
(2) S. Kierkegaard, Crainte et tremblement, Aubier, 1946
(3) S. Kierkegaard, Le concept de l'angoisse, Gallimard, 1935
Mais je crois bien que le prétexte du livre aussi m’a séduit, à savoir écrire une "biographie" du philosophe danois Sœren Kierkegaard, le père de l’existentialisme et auteur entre autres de “Crainte et Tremblement”(2), et surtout “Le Concept de l’angoisse” (3).
S.K est connu pour sa difficulté à être chrétien et d’avoir rompu ses fiançailles pour des raisons qu’il explicite justement dans Crainte et tremblement.
Dans ce livre, S.K se pose en effet deux problèmes:
1) Le rapport de l’individu avec le réel.
2) Le rapport de l'individu avec le temps.
Ces deux problèmes sont liés étroitement, ils renvoient tous deux à la vie même de Kierkegaard, à ses conflits les plus personnels, à sa relation avec Régine:
“Devais-je l’épouser, alors que Dieu a fait de moi sinon un élu, du moins un individu isolé, différent de tous les autres, et quand le mariage aurait été pour elle un malheur ?…Devais-je l’épouser quand je sentais si profondément que, en même temps qu’elle serait devenue ma femme, elle aurait cessé d’être l’idéale jeune fille que j’aimais, pour prendre place dans le réel, tandis que son souvenir seul me serait resté précieux, qu’elle me serait restée précieuse, mais seulement dans le passé ?… Si j’ai assez de foi, si je suis vraiment digne d’Abraham, le père de la foi, oui, je puis épouser Régine; je puis renoncer à elle, et, par un miracle incompréhensible, Dieu me la rendra; ce mariage me sera possible, comme il fut possible à Abraham de retrouver son fils auquel il avait renoncé. Et le temps même sera changé; de telle sorte que je serai au-dessus du temps ordinaire, dans un temps mûri, mais où rien ne passe, et où la jeune fille restera présente dans la femme. Mais suis-je Abraham ?”
A cette question, Kierkegaard répondra “non”, il n'épousera pas celle à qui il avait donné sa parole et qu’il aimait profondément.
Lire “Ce qui est perdu” à la lumière de l’histoire de Kierkegaard m’a énormément plu et stimulé. Cela ne veut pas dire qu'il faut nécessairement lire Sœren Kierkegaard pour apprécier ce beau roman, c'est juste un petit plus.
(1) Vincent Delecroix, Ce qui est perdu, Gallimard,2006
(2) S. Kierkegaard, Crainte et tremblement, Aubier, 1946
(3) S. Kierkegaard, Le concept de l'angoisse, Gallimard, 1935
mercredi 26 janvier 2011
Paul Ricœur et l'Essentiel
"(…) contrairement aux apparences, la finitude est une idée abstraite. L'idée qu'il me faudra bien mourir un jour, je ne sais pas quand, ni comment, véhicule une certitude (mors certa, hora incerta) trop flottante pour mordre sur le désir — sur ce que j'appellerai plus loin (en distinguant les deux termes): désir d'être, effort pour exister.
Je sais tout ce qui a été dit et écrit sur l'angoisse du ne plus être un jour. Mais, si le chemin doit être repris de la finitude acceptée, c'est après avoir lutté avec l'imaginaire de la mort dont je n'ai dit encore qu'une figure, l'anticipation intériorisée du mort de demain que je serai pour les survivants, mes survivants.
Une deuxième signification s'attache au mot mort. Le mourir comme événement: passer, finir, terminer. Pour ma part, mon mourir de demain est du même côté que mon être-déjà-mort de demain. Du côté du futur antérieur. Ce qu'on appelle moribond n'est tel que pour celui qui assiste à son agonie, qui peut-être l'assiste dans son agonie (…).
Me penser moi-même comme un de ces moribonds, c'est m'imaginer comme le moribond que je serai pour ceux qui assisteront au mourir. Toutefois la différence entre ces deux situations imaginaires est grande. Assister à la mort est plus précis, plus poignant que simplement survivre. Assister est une épreuve ponctuelle, événementielle. Survivre, c'est un long trajet, au mieux celui du deuil, c'est-à-dire de la séparation acceptée du défunt qui s'éloigne, se détache du vivant pour que celui-ci survive. Mais, enfin, c'est encore pour moi une anticipation intériorisée, la plus terrifiante, celle du moribond que je serai pour ceux qui assisteront à ma mort, qui l'assisteront.
Eh bien! je dis que c'est l'anticipation de l'agonie qui constitue le noyau concret de la "peur de la mort", dans toute la confusion de ses significations empiétant l'une sur l'autre.
C'est pourquoi je voudrais me confronter d'abord avec cette idée de la mort comme agonie anticipée. Pour cela je m'efforcerai de délivrer l'inévitable anticipation du mourir et de l'agonie elle-même de l'image du moribond dans le regard de l'autre. M'y aidera d'abord le témoignage de médecins "spécialisés" dans les soins palliatifs accordés à des sidaïques, des cancéreux incurables, bref, des malades en phase terminale.
Ils ne disent pas qu'il est facile de mourir. Ils disent deux ou trois choses qui me sont très précieuses. D'abord, ceci: tant qu'ils sont lucides les malades en train de mourir ne se perçoivent pas comme moribonds, comme bientôt morts, mais comme encore vivants (…).
Encore vivants, voilà le mot important.
Ensuite, encore ceci: ce qui occupe la capacité de pensée encore préservée, ce n'est pas le souci de ce qu'il y a après la mort, mais la mobilisation des ressources les plus profondes de la vie à s'affirmer encore. Les ressources les plus profondes de la vie: qu'est-ce à dire ? Ici j'anticipe. Je ne peux pas ne pas anticiper. Car c'est cette expérience qui va m'aider à dissocier l'anticipation de l'agonie de l'anticipation du regard porté par un spectateur extérieur sur le moribond.
L'agonisant comme distinct du moribond. Le fond du fond du témoignage du médecin de l'unité de soins palliatifs est que la grâce intérieure qui distingue l'agonisant du moribond consiste dans l'émergence de l'Essentiel dans la trame même du temps de l'agonie.
Ce vocabulaire de l'Essentiel m'accompagnera dans toute ma méditation.
J'anticipe, j'anticipe encore: l'Essentiel, c'est en sens le religieux ; c'est, si j'ose dire, le religieux commun qui, au seuil de la mort, transgresse les limitations consubstantielles au religieux confessant et confessé. Je le dirai assez, je ne méprise pas ce que j'appelle, pour faire vite, les "codes" ; non, mais le religieux est comme un langage fondamental qui n'existe que dans des langues naturelles, historiquement limitées. De même que chacun naît dans une langue et n'accède aux autres langues que par un apprentissage second, et le plus souvent, seulement par la traduction, le religieux n'existe culturellement qu'articulé dans la langue et le code d'une religion historique ; langue et code qui n'articulent qu'à condition de filtrer, et en ce sens de limiter cette amplitude, cette profondeur, cette densité du religieux que j'appelle ici l'Essentiel.
Cela dit, ce dont témoigne le médecin de l'unité de soins palliatifs, c'est la grâce accordée à certains agonisants d'assurer ce que j'ai appelé la mobilisation des ressources les plus profondes de la vie dans la venue à la lumière de l'Essentiel, fracturant les limitations du religieux confessionnel.
C'est pourquoi, observe ce témoin, il n'est pas important, pour la qualité de ce moment de grâce, que l'agonisant s'identifie, se reconnaisse — aussi vaguement que le permet la conscience déclinante —comme le confessant de telle religion, de telle confession.
Ce n'est peut-être que face à la mort que le religieux s'égale à l'Essentiel et que la barrière entre les religions, y compris les non-religions (je pense, bien sûr, au bouddhisme) est transcendée".
Paul Ricœur, Vivant jusqu'à la mort. Suivi de Fragments. Seuil, 2007, pp.40-45
Je sais tout ce qui a été dit et écrit sur l'angoisse du ne plus être un jour. Mais, si le chemin doit être repris de la finitude acceptée, c'est après avoir lutté avec l'imaginaire de la mort dont je n'ai dit encore qu'une figure, l'anticipation intériorisée du mort de demain que je serai pour les survivants, mes survivants.
Une deuxième signification s'attache au mot mort. Le mourir comme événement: passer, finir, terminer. Pour ma part, mon mourir de demain est du même côté que mon être-déjà-mort de demain. Du côté du futur antérieur. Ce qu'on appelle moribond n'est tel que pour celui qui assiste à son agonie, qui peut-être l'assiste dans son agonie (…).
Me penser moi-même comme un de ces moribonds, c'est m'imaginer comme le moribond que je serai pour ceux qui assisteront au mourir. Toutefois la différence entre ces deux situations imaginaires est grande. Assister à la mort est plus précis, plus poignant que simplement survivre. Assister est une épreuve ponctuelle, événementielle. Survivre, c'est un long trajet, au mieux celui du deuil, c'est-à-dire de la séparation acceptée du défunt qui s'éloigne, se détache du vivant pour que celui-ci survive. Mais, enfin, c'est encore pour moi une anticipation intériorisée, la plus terrifiante, celle du moribond que je serai pour ceux qui assisteront à ma mort, qui l'assisteront.
Eh bien! je dis que c'est l'anticipation de l'agonie qui constitue le noyau concret de la "peur de la mort", dans toute la confusion de ses significations empiétant l'une sur l'autre.
C'est pourquoi je voudrais me confronter d'abord avec cette idée de la mort comme agonie anticipée. Pour cela je m'efforcerai de délivrer l'inévitable anticipation du mourir et de l'agonie elle-même de l'image du moribond dans le regard de l'autre. M'y aidera d'abord le témoignage de médecins "spécialisés" dans les soins palliatifs accordés à des sidaïques, des cancéreux incurables, bref, des malades en phase terminale.
Ils ne disent pas qu'il est facile de mourir. Ils disent deux ou trois choses qui me sont très précieuses. D'abord, ceci: tant qu'ils sont lucides les malades en train de mourir ne se perçoivent pas comme moribonds, comme bientôt morts, mais comme encore vivants (…).
Encore vivants, voilà le mot important.
Ensuite, encore ceci: ce qui occupe la capacité de pensée encore préservée, ce n'est pas le souci de ce qu'il y a après la mort, mais la mobilisation des ressources les plus profondes de la vie à s'affirmer encore. Les ressources les plus profondes de la vie: qu'est-ce à dire ? Ici j'anticipe. Je ne peux pas ne pas anticiper. Car c'est cette expérience qui va m'aider à dissocier l'anticipation de l'agonie de l'anticipation du regard porté par un spectateur extérieur sur le moribond.
L'agonisant comme distinct du moribond. Le fond du fond du témoignage du médecin de l'unité de soins palliatifs est que la grâce intérieure qui distingue l'agonisant du moribond consiste dans l'émergence de l'Essentiel dans la trame même du temps de l'agonie.
Ce vocabulaire de l'Essentiel m'accompagnera dans toute ma méditation.
J'anticipe, j'anticipe encore: l'Essentiel, c'est en sens le religieux ; c'est, si j'ose dire, le religieux commun qui, au seuil de la mort, transgresse les limitations consubstantielles au religieux confessant et confessé. Je le dirai assez, je ne méprise pas ce que j'appelle, pour faire vite, les "codes" ; non, mais le religieux est comme un langage fondamental qui n'existe que dans des langues naturelles, historiquement limitées. De même que chacun naît dans une langue et n'accède aux autres langues que par un apprentissage second, et le plus souvent, seulement par la traduction, le religieux n'existe culturellement qu'articulé dans la langue et le code d'une religion historique ; langue et code qui n'articulent qu'à condition de filtrer, et en ce sens de limiter cette amplitude, cette profondeur, cette densité du religieux que j'appelle ici l'Essentiel.
Cela dit, ce dont témoigne le médecin de l'unité de soins palliatifs, c'est la grâce accordée à certains agonisants d'assurer ce que j'ai appelé la mobilisation des ressources les plus profondes de la vie dans la venue à la lumière de l'Essentiel, fracturant les limitations du religieux confessionnel.
C'est pourquoi, observe ce témoin, il n'est pas important, pour la qualité de ce moment de grâce, que l'agonisant s'identifie, se reconnaisse — aussi vaguement que le permet la conscience déclinante —comme le confessant de telle religion, de telle confession.
Ce n'est peut-être que face à la mort que le religieux s'égale à l'Essentiel et que la barrière entre les religions, y compris les non-religions (je pense, bien sûr, au bouddhisme) est transcendée".
Paul Ricœur, Vivant jusqu'à la mort. Suivi de Fragments. Seuil, 2007, pp.40-45
lundi 17 janvier 2011
Citation du jour
"Sans la reconnaissance de la
valeur humaine de la folie,
c'est l'homme qui disparaît"
François Tosquelles
valeur humaine de la folie,
c'est l'homme qui disparaît"
François Tosquelles
mardi 11 janvier 2011
Dans le sommeil, quel soi s'y donne à découvrir ?
Abdou:
Sais-tu qui je lis depuis hier ?
Pauline:
Misrahi ?
A.
Non, cherche encore…
P:
Catherine Bergeret-Amselek "La Cause des aînés" ?
A:
Non…
P:
Gabrielle Rubin "Du bon usage de la haine et du pardon" ?
A:
Non, non , tu n'y es toujours pas…
P:
Heidegger "La dévastation et l'attente" ?
A:
non, pas tu tout. Tu donnes ta langue au chat ? Bon. Pourtant tu l'aimes bien cet auteur…
P:
…!?
A:
Jean-Luc Nancy…!
P:
Ah! j'ai trouvé, tu lis "La déconstruction du christianisme"…
A:
Le vrai titre du livre dont tu fais allusion c'est "La déclosion"(La déconstruction du christianisme). Moi je te parle de "Tombe de sommeil". Ne cherche pas, je sais que tu n'as pas lu celui-ci, bien qu'il soit sorti depuis 2007!
P:
Exact, et que dit-il, pourquoi m'en parles-tu ?
A:
Ecoute, je cite, p.35: "Tout s'égale à soi-même et au reste du monde. Tout se remet à l'équivalence générale dans laquelle un dormeur vaut n'importe quel autre dormeur et tout sommeil vaut tous les autres, quoi qu'il paraisse. Car "bien" ou "mal" dormir ne revient qu'à dormir plus ou moins, de façon plus ou moins continue, plus ou moins perturbée. Les interruptions et les perturbations, y compris celles qui surgissent parfois du sein du sommeil lui-même, comme ces cauchemars qui nous réveillent dans l'angoisse et la sueur, les accidents du sommeil ne lui appartiennent pas."
P:
C'est incroyable…que tu me lises justement ce passage maintenant!
A:
Que veux-tu dire?
P:
A propos d'interruption et de perturbation du sommeil, j'ai vécu cette nuit quelque chose de semblable.
A:
Ah bon ?
P:
Oui, mais tu me promets que cela reste entre nous, c'est très personnel…
A:
Je te promets… sur la tête de ma belle-mère…
P:
Alors je ne te dirai rien…puisque ça ne t'intéresse pas plus que ça.
A:
Bon, blague à part, ça reste entre nous, je t'écoute.
P:
Donc, cette nuit, vers 4h30, je me réveille en sursaut couvert de sueur, pourtant — j'en suis absolument certain — je n'ai pas fait de cauchemars.
A:
C'est bizarre ton truc, tu te réveilles brusquement en pleine nuit sans raison apparente!
P:
Je te dis que oui. Mais pour moi le problème n'est pas là…
A:
Il est où alors ?
P:
Impossible de me rendormir. J'essaie tout ce que je peux, respiration profonde, exercices de relaxation, rien n’y fait. Je décide de sortir du lit et d'aller au salon avec mon oreiller: bien enroulé dans le peignoir, chaussettes bien remontées, je m'allonge sur le canapé.
Mais le sommeil n’est toujours pas au rendez-vous!
A:
Tu m'étonnes!
P:
C’est alors que, instantanément, je me mets à réfléchir à haute voix (c’est quelque chose ça, tu connais peut-être ? sinon essaie tu verras…, moi ça m’arrive quelquefois, surtout dans les moments de crise… d’identité, et apparemment c’est le cas ici!).
A:
Ah! Et que criais-tu ?
P:
Tu ne m'écoutes pas, je n'ai pas dit que je criais, mais réfléchissais à haute voix, ce n'est pas pareil. Bref. "—Je ne suis pas en paix", commençais-je, et le mot qui s’impose juste après c’est celui de “mensonge”! Je me mens à moi-même, continuellement. Je cours sans cesse après quelque chose d’inaccessible, d’inexploitable, le bonheur, la paix, la reconnaissance, le savoir, les éloges…Or, même en obtenant la reconnaissance, même en accumulant le savoir, je reste insatisfait, insatiable…
A:
Continue…
P:
C’est donc que ce que je cherche, fondamentalement, ne se trouve pas au-dehors, dans l’environnement, dans les choses ou les êtres, mais en moi-même, indéniablement!
A:
Très intéressant, continue.
P:
J’ai alors cette conviction forte, que le retour à la source ne peut s’effectuer par le mental, la réflexion. La réflexion aide à la prise de conscience. Le retour effectif à soi est un acte presque physique, de concentration, d’attention…à ce qui se donne dans l’Etre, qui fait signe hors champs mental, en dehors de toute saisie… Je ne sais pas l’exprimer autrement.
A:
Tu m'impressionnes, tu sais! continue…
P:
Au terme de ce lucide mais difficile examen de conscience, je l’appelle ainsi faute de mieux, qui a dû durer une bonne trentaine de minutes sinon plus, je remonte tranquillement dans la chambre où je me rendors aussitôt.
A:
Eh ben! quelle drôle d'histoire! Quelle expérience, surtout!… Tu sais quoi?
P:
Dis toujours…
A:
Ton histoire me fait me poser cette question: dans le sommeil, quel soi s'y donne à découvrir ? Est-ce le même qui échappe à toute saisie ? Qui suis-je une fois endormi ?
P:
Excellente question, on en reparle si tu veux quand tu auras fini de lire Jean-Luc Nancy! Qui sait, peut-être y répond-il ?
Sais-tu qui je lis depuis hier ?
Pauline:
Misrahi ?
A.
Non, cherche encore…
P:
Catherine Bergeret-Amselek "La Cause des aînés" ?
A:
Non…
P:
Gabrielle Rubin "Du bon usage de la haine et du pardon" ?
A:
Non, non , tu n'y es toujours pas…
P:
Heidegger "La dévastation et l'attente" ?
A:
non, pas tu tout. Tu donnes ta langue au chat ? Bon. Pourtant tu l'aimes bien cet auteur…
P:
…!?
A:
Jean-Luc Nancy…!
P:
Ah! j'ai trouvé, tu lis "La déconstruction du christianisme"…
A:
Le vrai titre du livre dont tu fais allusion c'est "La déclosion"(La déconstruction du christianisme). Moi je te parle de "Tombe de sommeil". Ne cherche pas, je sais que tu n'as pas lu celui-ci, bien qu'il soit sorti depuis 2007!
P:
Exact, et que dit-il, pourquoi m'en parles-tu ?
A:
Ecoute, je cite, p.35: "Tout s'égale à soi-même et au reste du monde. Tout se remet à l'équivalence générale dans laquelle un dormeur vaut n'importe quel autre dormeur et tout sommeil vaut tous les autres, quoi qu'il paraisse. Car "bien" ou "mal" dormir ne revient qu'à dormir plus ou moins, de façon plus ou moins continue, plus ou moins perturbée. Les interruptions et les perturbations, y compris celles qui surgissent parfois du sein du sommeil lui-même, comme ces cauchemars qui nous réveillent dans l'angoisse et la sueur, les accidents du sommeil ne lui appartiennent pas."
P:
C'est incroyable…que tu me lises justement ce passage maintenant!
A:
Que veux-tu dire?
P:
A propos d'interruption et de perturbation du sommeil, j'ai vécu cette nuit quelque chose de semblable.
A:
Ah bon ?
P:
Oui, mais tu me promets que cela reste entre nous, c'est très personnel…
A:
Je te promets… sur la tête de ma belle-mère…
P:
Alors je ne te dirai rien…puisque ça ne t'intéresse pas plus que ça.
A:
Bon, blague à part, ça reste entre nous, je t'écoute.
P:
Donc, cette nuit, vers 4h30, je me réveille en sursaut couvert de sueur, pourtant — j'en suis absolument certain — je n'ai pas fait de cauchemars.
A:
C'est bizarre ton truc, tu te réveilles brusquement en pleine nuit sans raison apparente!
P:
Je te dis que oui. Mais pour moi le problème n'est pas là…
A:
Il est où alors ?
P:
Impossible de me rendormir. J'essaie tout ce que je peux, respiration profonde, exercices de relaxation, rien n’y fait. Je décide de sortir du lit et d'aller au salon avec mon oreiller: bien enroulé dans le peignoir, chaussettes bien remontées, je m'allonge sur le canapé.
Mais le sommeil n’est toujours pas au rendez-vous!
A:
Tu m'étonnes!
P:
C’est alors que, instantanément, je me mets à réfléchir à haute voix (c’est quelque chose ça, tu connais peut-être ? sinon essaie tu verras…, moi ça m’arrive quelquefois, surtout dans les moments de crise… d’identité, et apparemment c’est le cas ici!).
A:
Ah! Et que criais-tu ?
P:
Tu ne m'écoutes pas, je n'ai pas dit que je criais, mais réfléchissais à haute voix, ce n'est pas pareil. Bref. "—Je ne suis pas en paix", commençais-je, et le mot qui s’impose juste après c’est celui de “mensonge”! Je me mens à moi-même, continuellement. Je cours sans cesse après quelque chose d’inaccessible, d’inexploitable, le bonheur, la paix, la reconnaissance, le savoir, les éloges…Or, même en obtenant la reconnaissance, même en accumulant le savoir, je reste insatisfait, insatiable…
A:
Continue…
P:
C’est donc que ce que je cherche, fondamentalement, ne se trouve pas au-dehors, dans l’environnement, dans les choses ou les êtres, mais en moi-même, indéniablement!
A:
Très intéressant, continue.
P:
J’ai alors cette conviction forte, que le retour à la source ne peut s’effectuer par le mental, la réflexion. La réflexion aide à la prise de conscience. Le retour effectif à soi est un acte presque physique, de concentration, d’attention…à ce qui se donne dans l’Etre, qui fait signe hors champs mental, en dehors de toute saisie… Je ne sais pas l’exprimer autrement.
A:
Tu m'impressionnes, tu sais! continue…
P:
Au terme de ce lucide mais difficile examen de conscience, je l’appelle ainsi faute de mieux, qui a dû durer une bonne trentaine de minutes sinon plus, je remonte tranquillement dans la chambre où je me rendors aussitôt.
A:
Eh ben! quelle drôle d'histoire! Quelle expérience, surtout!… Tu sais quoi?
P:
Dis toujours…
A:
Ton histoire me fait me poser cette question: dans le sommeil, quel soi s'y donne à découvrir ? Est-ce le même qui échappe à toute saisie ? Qui suis-je une fois endormi ?
P:
Excellente question, on en reparle si tu veux quand tu auras fini de lire Jean-Luc Nancy! Qui sait, peut-être y répond-il ?
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