""La feuille est verte." Le vert de la feuille, nous le trouvons sur la feuille elle-même. Mais alors, où est le "est"? Nous disons bien pourtant : La feuille "est" — donc elle-même, la feuille ; par conséquent, le "est" doit bien appartenir à la feuille visible elle-même. Mais le "est", nous ne le "voyons" pas sur la feuille, sinon il lui faudrait du même coup être coloré ou constitué spécialement. Où "est" le "est", et qu'"est"-ce que le "est" ?
La question reste plutôt curieuse ; elle semble n'aboutir qu'à une vaine subtilité qui s'exerce de surcroît sur quelque chose qui ne nous dérange pas et n'a pas besoin de nous déranger. La culture des arbres fruitiers suit son train sans se soucier de méditer le "est", et la botanique acquiert des connaissances sur les feuilles sans en savoir plus sur le "est". C'est assez que l'étant soit. Tenons-nous-en à l'étant lui-même ; vouloir penser sur le "est", c'"est" chicaner sur les mots. A moins que nous n'évitions à dessein d'apporter une réponse simple à la question de savoir où se trouve le "est".
Tenons-nous-en au dernier exemple donné : "La feuille est verte." Admettons que nous prenions "la feuille verte elle-même", à savoir l'étant ainsi nommé, comme "objet". Vu que le "est" n'est pas décelable sur cet objet, il ne peut être attribué qu'au "sujet", à savoir, en l'occurrence, à l'homme émettant ce jugement et énonçant cette proposition. Tout homme peut être considéré comme "sujet" dans son rapport aux "objets"auxquels il est confronté. Mais qu'en est-il de ces "sujets" dont chacun peut dire "je" de lui-même, et qui, s'ils sont beaucoup, peuvent dire "nous" d'eux-mêmes ? Ces "sujets" "sont" eux aussi, et il leur faut bien "être". Dire que le "est" de la phrase "la feuille est verte" réside dans le sujet revient simplement à reculer d'un cran la question ; car le "sujet" est lui aussi un "étant", d'où la répétition de la même question ; peut-être est-il même plus difficile de dire dans quelle mesure l'"être" appartient au sujet, et lui appartient de telle sorte que de là il puisse, pour ainsi dire, être transféré aux "objets". Comprendre "la feuille verte" comme "objet" revient au surplus à la considérer d'emblée et exclusivement dans son rapport au sujet, et non, précisément, comme étant pour soi, auquel se réfèrent le "est" et le "est vert" afin de proférer ce qui revient en propre à l'étant.
La fuite de l'objet vers le sujet est à bien des égards une issue douteuse. C'est pourquoi il nous faut dès maintenant prendre plus d'amplitude et prêter enfin attention à ce que nous pouvons bien viser par le "est".
Martin Heidegger, Concepts fondamentaux, Gallimard, 1985, p. 45-47
vendredi 30 novembre 2018
mercredi 3 octobre 2018
Ingeborg Bachmann, Après des jours gris
"Etre libre une heure seulement !
Libre, loin !
Comme des chants nocturnes dans les sphères célestes.
Et voler très haut au-dessus des jours,
voilà ce que je voudrais
et chercher l'oubli (…)
au-dessus des eaux sombres
glaner des roses blanches,
donner à mon âme des ailes
et, oh Dieu, ne plus rien savoir
de l'amertume des longues nuits
où les yeux s'ouvrent grand d'étonnement
devant la détresse sans nom.
Des larmes sur mes joues
témoignent des nuits de démence,
du bel espoir délirant,
du souhait de briser les chaînes
et de m'abreuver de lumière (…)
Voir la lumière une heure seulement !
Etre libre une heure seulement !"
Ingeborg Bachmann, Toute personne qui tombe a des ailes (Poèmes 1942-1967)
Poésie/Gallimard, 2015, p. 47
samedi 8 septembre 2018
Exposition Valère Novarina à Thonon-les-Bains
Chaque chose devenue autre.
Peintures, dessins, litanies.
Exposition Valère Novarina à Thonon-les-Bains
du 15 septembre au 15 décembre 2018 à la Chapelle de la Visitation
Plusieurs jours durant l’artiste va installer son atelier se saisissant notamment de quelques séries existantes qu’il va parachever sur place. Au terme de cette résidence, le visiteur prendra ainsi la pleine mesure du fait de création en découvrant aussi bien le travail exécuté que le lieu où il aura été réalisé. La création en acte, en quelque sorte.
Vendredi 28 septembre 2018 à 19h00
Dans le cadre de l’exposition « Chaque chose devenue autre » de Valère Novarina, Philippe Piguet commissaire des expositions s’entretiendra publiquement avec l’artiste afin d’explorer son parcours et son œuvre. A cette occasion, Valère Novarina dédicacera les ouvrages en vente sur place par la librairie Birmann de Thonon.
Entrée libre
Auditorium du pôle culturel de la Visitation
La chapelle-espace d’art contemporain
Pôle cultuel de la Visitation
5 rue des Granges - Thonon
04 50 70 69 49
Ouverture
Du 15/09 au 15/12/2018, tous les mardis, mercredis, vendredis et samedis.
De 14h30 à 18h (sauf jours fériés).
Peintures, dessins, litanies.
Exposition Valère Novarina à Thonon-les-Bains
du 15 septembre au 15 décembre 2018 à la Chapelle de la Visitation
Plusieurs jours durant l’artiste va installer son atelier se saisissant notamment de quelques séries existantes qu’il va parachever sur place. Au terme de cette résidence, le visiteur prendra ainsi la pleine mesure du fait de création en découvrant aussi bien le travail exécuté que le lieu où il aura été réalisé. La création en acte, en quelque sorte.
Vendredi 28 septembre 2018 à 19h00
Dans le cadre de l’exposition « Chaque chose devenue autre » de Valère Novarina, Philippe Piguet commissaire des expositions s’entretiendra publiquement avec l’artiste afin d’explorer son parcours et son œuvre. A cette occasion, Valère Novarina dédicacera les ouvrages en vente sur place par la librairie Birmann de Thonon.
Entrée libre
Auditorium du pôle culturel de la Visitation
La chapelle-espace d’art contemporain
Pôle cultuel de la Visitation
5 rue des Granges - Thonon
04 50 70 69 49
Ouverture
Du 15/09 au 15/12/2018, tous les mardis, mercredis, vendredis et samedis.
De 14h30 à 18h (sauf jours fériés).
dimanche 3 juin 2018
Friedrich Nietzsche, Le chant de la nuit
"Il fait nuit : voici que s’élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes. Et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante.
Il fait nuit : voici que s’éveillent tous les chants des amoureux. Et mon âme, elle aussi, est un chant d’amoureux.
Il y a en moi quelque chose d’inapaisé et d’inapaisable qui veut élever la voix. Il y a en moi un désir d’amour qui parle lui-même le langage de l’amour.
Je suis lumière : ah ! si j’étais nuit ! Mais ceci est ma solitude d’être enveloppé de lumière.
Hélas ! que ne suis-je ombre et ténèbres ! Comme j’étancherais ma soif aux mamelles de la lumière !"
Friedrich Nietzsche
Ainsi parlait Zarathoustra
Un livre pour tous et pour personne, Mercure de France (Traduction par Henri Albert, 1903 [sixième édition (Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 9, pp. 147).
Il fait nuit : voici que s’éveillent tous les chants des amoureux. Et mon âme, elle aussi, est un chant d’amoureux.
Il y a en moi quelque chose d’inapaisé et d’inapaisable qui veut élever la voix. Il y a en moi un désir d’amour qui parle lui-même le langage de l’amour.
Je suis lumière : ah ! si j’étais nuit ! Mais ceci est ma solitude d’être enveloppé de lumière.
Hélas ! que ne suis-je ombre et ténèbres ! Comme j’étancherais ma soif aux mamelles de la lumière !"
Friedrich Nietzsche
Ainsi parlait Zarathoustra
Un livre pour tous et pour personne, Mercure de France (Traduction par Henri Albert, 1903 [sixième édition (Œuvres complètes de Frédéric Nietzsche, vol. 9, pp. 147).
vendredi 25 mai 2018
Un bruit de balançoire
Le blog est heureux d'accueillir ce mois-ci, Monique Ruscassier (invitée spéciale au Cercle de Lecture) qui nous fait part de sa lecture du livre de Christian Bobin "Un bruit de balançoire"1
"Quel est donc ce "grincement de balançoire vide qui résonne jusqu'à la fin du monde"? (p.49) si ce n'est ce bruit de colère "contre-pied des tambours modernes" (p.4), ou bien cette main humaine qui danse lors de l'écriture manuscrite (p.47) ou encore (p.48) "le tissu de l'humain qui se déchire."
Qu'il est reposant dans notre monde agité, pressé, de se poser un peu et lire ces lignes de Christian Bobin…
C'est un temps de repos, de calme, de sérénité, une respiration dans cette vie trépidante. On va de lettre en lettre et à la fin du manuscrit on trouve qu'il y en a trop peu…
Le destinataire ? Peu importe, c'est la ronde des mots qui nous sublime et nous détend. S'agit-il de sa mère, d'un nuage, d'un bol, d'un escalier ? Qu'importe; la poésie est là, présente et nous transporte. Une poésie douce avec des mots simples, ordinaires, des mots de tous les jours pour des sujets du quotidien, de l'intime, du vrai.
Avec Bobin, ces valeurs que nous côtoyons chaque jour nous apportent la paix si nous savons les apprécier. Ces choses de notre existence, sont une révélation dans ces pages et inspirent le respect…
Serait-ce l'influence de Ryokan, ce moine mendiant japonais, qui invite à la méditation ? A la poésie ? C'est un ermite errant bouddhiste poète et calligraphe et l'on sent bien sa proximité avec Bobin.
Ce recueil est un hymne à l'écriture manuscrite, à la calligraphie, il a le charme d'une "littérature méditante".
Ce bijou de poésie donne beaucoup d'importance à la main. Son côté sacré et spirituel est une élévation de l'âme, une force libératrice avec la musique de la nature et celle de Jean Sébastien Bach. Enfin dans ce recueil, Christian Bobin nous invite à la contemplation des choses simples qui nous entourent, il nous incite à continuer à écrire à la main, notre outil naturel."
1. Christian Bobin, Un bruit de balançoire, L'Iconoclaste, 2017
"Quel est donc ce "grincement de balançoire vide qui résonne jusqu'à la fin du monde"? (p.49) si ce n'est ce bruit de colère "contre-pied des tambours modernes" (p.4), ou bien cette main humaine qui danse lors de l'écriture manuscrite (p.47) ou encore (p.48) "le tissu de l'humain qui se déchire."
Qu'il est reposant dans notre monde agité, pressé, de se poser un peu et lire ces lignes de Christian Bobin…
C'est un temps de repos, de calme, de sérénité, une respiration dans cette vie trépidante. On va de lettre en lettre et à la fin du manuscrit on trouve qu'il y en a trop peu…
Le destinataire ? Peu importe, c'est la ronde des mots qui nous sublime et nous détend. S'agit-il de sa mère, d'un nuage, d'un bol, d'un escalier ? Qu'importe; la poésie est là, présente et nous transporte. Une poésie douce avec des mots simples, ordinaires, des mots de tous les jours pour des sujets du quotidien, de l'intime, du vrai.
Avec Bobin, ces valeurs que nous côtoyons chaque jour nous apportent la paix si nous savons les apprécier. Ces choses de notre existence, sont une révélation dans ces pages et inspirent le respect…
Serait-ce l'influence de Ryokan, ce moine mendiant japonais, qui invite à la méditation ? A la poésie ? C'est un ermite errant bouddhiste poète et calligraphe et l'on sent bien sa proximité avec Bobin.
Ce recueil est un hymne à l'écriture manuscrite, à la calligraphie, il a le charme d'une "littérature méditante".
Ce bijou de poésie donne beaucoup d'importance à la main. Son côté sacré et spirituel est une élévation de l'âme, une force libératrice avec la musique de la nature et celle de Jean Sébastien Bach. Enfin dans ce recueil, Christian Bobin nous invite à la contemplation des choses simples qui nous entourent, il nous incite à continuer à écrire à la main, notre outil naturel."
1. Christian Bobin, Un bruit de balançoire, L'Iconoclaste, 2017
mardi 22 mai 2018
Anne Dufourmentelle. Souviens-toi de ton avenir
"Lorsqu'un événement est vécu complètement et en conscience, le temps s'accomplit. Il se boucle et, à la fois, s'ouvre dans toutes les directions"
Je viens de refermer, non sans une vive émotion, le roman "posthume" d'Anne Dufourmantelle "Souviens-toi de ton avenir", Albin Michel,2018.
Un message venu de l'au-delà ? Il s'agit en tout cas d'un roman dont le message semble traverser le temps: deux époques s'y entrecroisent, d'une part le récit d'une épopée mongole en 1321, d'autre part ou en parallèle les recherches d'un petit groupe d'érudits qui cherche à rassembler les fragments écrits en phags-pa et en latin dispersés de par le monde! S'ouvrent alors peu à peu les fissures du temps pour nous dire "que le même événement, invisiblement, coexiste, sur plusieurs plans de l'espace et du temps"!
Un livre captivant, troublant, "tel un rêve chargé de vérité"
Je viens de refermer, non sans une vive émotion, le roman "posthume" d'Anne Dufourmantelle "Souviens-toi de ton avenir", Albin Michel,2018.
Un message venu de l'au-delà ? Il s'agit en tout cas d'un roman dont le message semble traverser le temps: deux époques s'y entrecroisent, d'une part le récit d'une épopée mongole en 1321, d'autre part ou en parallèle les recherches d'un petit groupe d'érudits qui cherche à rassembler les fragments écrits en phags-pa et en latin dispersés de par le monde! S'ouvrent alors peu à peu les fissures du temps pour nous dire "que le même événement, invisiblement, coexiste, sur plusieurs plans de l'espace et du temps"!
Un livre captivant, troublant, "tel un rêve chargé de vérité"
mercredi 16 mai 2018
Christian Bobin
Au programme du prochain Cercle de lecture ce magnifique livre de Christian Bobin "Un bruit de balançoire", éditions L'Iconoclaste, 2017. Livre entièrement composé de lettres adressées tour à tour à sa mère, à un bol, à un nuage, à un ami, à une sonate...
Lire Bobin,— encore plus pour cette dernière publication— est toujours un moment de pur bonheur pour moi.
Christiane nous attend donc le vendredi 18 mai, dans le 19 ème, à partir de 19h30, la soirée comme d'habitude combinera repas et lecture.
Lire Bobin,— encore plus pour cette dernière publication— est toujours un moment de pur bonheur pour moi.
Christiane nous attend donc le vendredi 18 mai, dans le 19 ème, à partir de 19h30, la soirée comme d'habitude combinera repas et lecture.
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