mercredi 14 avril 2021

Citation du jour

 "Quoi que vous puissiez faire, quoi que vous rêviez, commencez-le. La hardiesse a du génie, de la force et de la magie"

Johann Wolfgang von Goethe



samedi 6 mars 2021

Georges Bataille : L'expérience intérieure

"Dieu diffère de l'inconnu en ce qu'une émotion profonde, venant des profondeurs de l'enfance, se lie d'abord en nous à son évocation. L'inconnu laisse froid au contraire, ne se fait pas aimer avant qu'il ne renverse en nous toute chose comme un vent violent. De même les images bouleversantes et les moyens termes auxquels recourt l'émotion poétique nous touchent sans peine. Si la poésie introduit l'étrange, elle le fait par la voie du familier. Le poétique est du familier se dissolvant dans l'étrange et nous-mêmes avec lui. Il ne nous dépossède jamais de tout en tout, car les mots, les images dissoutes, sont chargés d'émotions déjà éprouvées, fixées à des objets qui les lient au connu.

L'appréhension divine ou poétique (…), nous pouvons encore, par elle, nous approprier ce qui nous dépasse, et, sans le saisir comme un bien propre, du moins le rattacher à nous, à ce qui déjà nous avait touché.

Nous ne sommes totalement mis à nu qu'en allant sans tricher à l'inconnu. C'est la part d'inconnu qui donne à l'expérience de Dieu— ou du poétique — leur grande autorité."

Georges Bataille, L'expérience intérieure, Gallimard, 1954, p. 17 


vendredi 26 février 2021

Philippe Jaccottet

Le poète Philippe Jaccottet est mort mercredi 24 février à l'âge de 95 ans. 

Pour lui rendre hommage, voici un extrait de son magnifique livre Ce peu de bruits :

"Quand l'esprit s'égare, en souffre-t-il ? Seulement, sans doute, quand il sort de l'égarement pour en prendre conscience. Le vieil homme amaigri, mais encore debout, qui si souvent se croit ailleurs qu'il n'est, revit d'anciennes scènes de sa vie ou en invente de nouvelles : souffre-t-il, dans cet ailleurs ? Peut-être pas, le temps qu'il y croit. Il se déplace en lui-même moins difficilement que dans l'espace réel.

Mais je me redis une fois encore qu'il ne faudrait pas se tourmenter avant le temps, se laisser hanter par ce qui n'est pas encore, si menaçant, imminent que cela puisse être.

Ecrire simplement "pour que cela chantonne". Paroles réparatrices : non pour frapper, mais pour protéger, réchauffer, réjouir, même brièvement.

Paroles pour redresser le dos ; à défaut d'être "ravis au ciel", comme les Justes."

Philippe Jaccottet, Ce peu de bruits, Gallimard, 2008, P. 58

samedi 20 février 2021

 "Pour l'instant, vivez les questions.

Peut-être, un jour lointain, entrerez-vous ainsi, peu à peu, sans l'avoir remarqué, à l'intérieur de la réponse."

Rainer Maria Rike

mercredi 16 décembre 2020

Jean-Luc Nancy, Un trop humain virus

 Après-midi. Petite virée dans une librairie.

 Presque invisible au milieu des tas d’autres livres aux titres flamboyants souvent rehaussés d’une image, apparaît soudain d'abord un nom qui m’est cher mais que je ne recherchais pas spécialement aujourd’hui : Jean-Luc Nancy. Et un titre presque banal « Un trop humain virus », qui ne m’aurait sans doute pas accroché s’il n’était signé par JLN.  

Dès mon retour, je plonge et me laisse absorber dans la lecture. Chaque page me questionne, nous questionne et décrit comment nous en sommes arrivés là ! Ici, rien à voir avec les discours à l’emporte-pièce de nos très médiatiques « philosophes » de service.

Une analyse lucide, vigoureuse, dont on sort avec un profond sentiment de responsabilité et le désir irrésistible de partager avec les autres : lisez « Un trop humain virus »

Jean-Luc Nancy, Un trop humain virus, Bayard, 2020, 110 pages

lundi 14 décembre 2020

Citation du jour

 "Par certains côtés, je me sens proche des êtres en perdition. Je sais que j'aurais pu être l'un d'eux. Pendant ces années où j'ai été en difficulté, j'ai connu ces moments où je vacillais, où je n'avais plus l'énergie de contenir la souffrance, où elle était sur le point de me submerger, de m'emporter. Lors d'un de ces moments, si je m'étais effondré, que serais-je devenu ?"

Charles Juliet, Apaisement. Journal VII 1997-1998, p.90

mercredi 9 décembre 2020

Sartre

 "L'écrivain est en situation dans son époque : chaque parole a des retentissements. Chaque silence aussi. Je tiens Flaubert et Goncourt pour responsables de la répression qui suivit la Commune parce qu'ils n'ont pas écrit une ligne pour l'empêcher. Ce n'était pas leur affaire, dira-t-on. Mais le procès de Calas, était-ce l'affaire de Voltaire ? La condamnation de Dreyfus, était-ce l'affaire de Zola ? L'administration du Congo, était-ce l'affaire de Gide ? Chacun de ces auteurs, en une circonstance particulière de sa vie, a mesuré sa responsabilité d'écrivain."

Jean-Paul Sartre, Situations II, Gallimard, 1948


Valère Novarina, Le jeu des Ombres

 Bonne nouvelle, j’ai retrouvé Valère Novarina, je n’avais plus de nouvelles depuis plusieurs mois, alors qu’il me suffisait de lever les ye...