"L'autre en tant que personne ne peut pas être mis à découvert. Il se révèle ou il ne se révèle pas. Il s'ouvre dans la déchirure de son opacité et se produit au jour de cette déchirure. Mais il n'apparaît dans la réalité de son visage que dans le regard d'un autre. Dans le regard, non pas sous le regard.
Parmi les façons du regard il en est deux qui le méconnaissent.
Le regard par en dessous qui, à l'affût de l'autre, cherche à le surprendre sans s'engager lui-même. Il en circonscrit d'avance l'aire d'apparition ; il réduit son infinitude impossessible et libre à la finitude d'une image, récapitulable à partir de son contour, à laquelle il peut le prendre. Aussi l'a-t-il manqué. La lumière crue de la caricature d'un être n'est pas la lueur de son secret.
L'autre façon de manquer l'autre en manquant à ce qu'il est est apparemment toute contraire. Si, comme dit Lévinas, le visage de l'autre me transcende, me surplombe de toutes parts, s'il est celui dont je ne peux pas être l'auteur, à peine puis-je de temps en temps m'envisager à lui.
Inversons la situation —qui est réciproque. Je suis celui qui regarde, pur regard enveloppant. Ce regard qui émane de moi et qui ne va nulle part, traverse l'autre et ne le rencontrera jamais. Pas plus que le premier qui fait encontre. Ces deux échecs ne sont pas contraires. Ils se rejoignent dans la même méconnaissance. Ils expriment ensemble, négativement, la condition requise pour l'apparition en personne du visage d'autrui: l'épiphanie du visage de l'autre est liée, indissolublement, à l'autophanie de celui dans le regard duquel il apparaît. Et les deux sont dans la même situation (…)
Rencontrer l'autre sans réserver rien de soi, n'est-ce pas le comble de la générosité, la forme la plus haute du don ? Mais, à y voir de près, on s'y retrouve un peu trop (…) Ce don est un Gift: don-poison. Il engage l'autre dans une dette et par là me donne un avantage.
Le regard de l'amitié ne donne rien. Il donne ce qu'il n'a pas. Il donne l'autre à l'autre. Tel est le regard du pardon. "Ni regard contemplatif, ni regard affairé par la sollicitude: il s'agit d'un regard qui voit l'être, non pas indépendamment de la faute, mais au-delà d'elle, et qui de ce fait, nous donne un avenir, là où tout paraissait clos. Le regard de Jésus redonne Pierre à lui-même, précisément parce qu'il est un regard vers l'être, et qu'en un sens il ne donne rien, ni un reproche ni une consolation, mais donne plus que tout don: l'invisible du possible, le pardon qui appelle l'autre à être soi" (Jean-Louis Chrétien)
Ce regard sur l'être de l'autre lui ouvre l'espace dans lequel il pourra être non pas attaché à son acte et à son karma, mais être intégralement au péril du rien, d'où croît ce qui sauve. Le regard de l'amitié, le seul qui voit l'autre, ne s'attache pas à une essence possible mais à un être, dans la joie qu'il soit et que je sois."
Henri Maldiney, Penser l'homme et la folie, éditions Jérôme Millon, 2007, pp.258-259
vendredi 17 juin 2011
jeudi 16 juin 2011
Les mots d'esprit
"Un fils va voir ses parents à la maison de retraite. Ses très vieux parents, de plus de quatre-vingt-quinze ans chacun. Avec leurs soixante-douze ans de mariage, ils font l'admiration des autres pensionnaires et sont régulièrement félicités et fêtés par le personnel.
Aujourd'hui, ce fils est préoccupé. Il doit écrire un texte sur l'humour à partir d'un article de Freud. Ses collègues lui font confiance sur ce point dont il aurait donné déjà quelques preuves: le sens de l'humour. Pour Freud, il craint que cela soit plus compliqué, car il vient de découvrir cet article écrit en cinq jours, dans la deuxième semaine d'août 1927, et là, on est déjà le 15 août 2007, quatre-vingt ans plus tard et il lui reste tout juste cinq jours de vacances pour écrire son texte, à lui. Ça n'a pas de sens, non, mais c'est peut-être déjà un signe.
Il confie son souci à ses parents. Tous les deux sont nés en 1912, il y avait donc sept ans que Freud avait écrit cet autre article: le mot d'esprit et ses rapports à l'inconscient. Cela pourrait les inspirer. Mais son père ne se souvient que d'une chose: la coïncidence de sa date de naissance avec le naufrage du Titanic. Les mots d'esprit lui inspirent que, grâce aux parties de scrabble avec les pensionnaires, il parvient ainsi à garder ses esprits. Freud ne lui dit plus rien.
Du coup la mère réagit et se plaint amèrement des extravagances de son époux. Bien sûr, il n'est pas tous les jours comme cela, mais quelle différence avec elle, dit-elle, qui non seulement a gardé toute sa tête, mais est la seule mémoire du couple. "Maintenant, je n'ai que toi pour parler sérieusement", dit-elle, s'adressant à son fils à la barbe du père. Le fils, songeur un moment, réagit en s'exclamant: "Ça y est, je le tiens, le Witz inaugural de mon article !"
Il dit Witz parce qu'à la pension, à Genève, quand on faisait un calembour, on appelait ça un Witz. Cette pension, il l'avait connue tout jeune, dès douze ans. Bien qu'il fût enfant unique, ses parents avaient dû se résoudre à mettre une frontière entre leur fils et eux, ses échecs scolaires étant à la hauteur des appréciations de ses professeurs: enfant dissipé, bavard, fait le pitre, etc.
La tranquillité suisse aidant, tout était rentré dans l'ordre.
"Tu te souviens, Maman, ce que tu avais répondu au psychologue du collège quand il vous avait convoqués avant mon départ en pension: "Complexe d'Œdipe, complexe d'Œdipe ? Allez! tout ça ce n'est pas grave du moment qu'il aime bien sa maman !"
"Ah, tu crois ?" reprend sa mère, "tu vois, ça je ne m'en souvenais pas !"
"Par contre", poursuit-elle, "déjà enfant tu aimais bien les histoires drôles… Je me souviens de l'une d'entre elles, que tu me demandais de te raconter sans jamais t'en lasser". "Ah bon ?" dit le fils piqué par la curiosité et les drôles d'associations de sa mère.
"Raconte…"
"Mais oui, souviens-toi, c'est l'histoire de cet homme allongé par terre sur le trottoir, un couteau planté dans la poitrine. Une brave dame se penche vers lui et lui dit: "Qu'est-ce que vous devez avoir mal !"
"Encore là ça va", lui répond l'homme, "mais c'est quand je ris…"
Ça y est, le tableau était au complet: après l'Œdipe, la castration, et tout ça avec le sourire. Il pouvait partir maintenant. Il remercia sa mère pour son aide, fit une bise sur le front de son père et put quitter la maison de retraite l'esprit tranquille. Il avait le sentiment de laisser ce fils derrière lui et d'affronter maintenant la paternité de son travail."
Patrice Brunaud, Clinique du jeu de mots, in Rire de soi, Libres Cahiers pour la psychanalyse n°17, 2008, pp.113-114.
Aujourd'hui, ce fils est préoccupé. Il doit écrire un texte sur l'humour à partir d'un article de Freud. Ses collègues lui font confiance sur ce point dont il aurait donné déjà quelques preuves: le sens de l'humour. Pour Freud, il craint que cela soit plus compliqué, car il vient de découvrir cet article écrit en cinq jours, dans la deuxième semaine d'août 1927, et là, on est déjà le 15 août 2007, quatre-vingt ans plus tard et il lui reste tout juste cinq jours de vacances pour écrire son texte, à lui. Ça n'a pas de sens, non, mais c'est peut-être déjà un signe.
Il confie son souci à ses parents. Tous les deux sont nés en 1912, il y avait donc sept ans que Freud avait écrit cet autre article: le mot d'esprit et ses rapports à l'inconscient. Cela pourrait les inspirer. Mais son père ne se souvient que d'une chose: la coïncidence de sa date de naissance avec le naufrage du Titanic. Les mots d'esprit lui inspirent que, grâce aux parties de scrabble avec les pensionnaires, il parvient ainsi à garder ses esprits. Freud ne lui dit plus rien.
Du coup la mère réagit et se plaint amèrement des extravagances de son époux. Bien sûr, il n'est pas tous les jours comme cela, mais quelle différence avec elle, dit-elle, qui non seulement a gardé toute sa tête, mais est la seule mémoire du couple. "Maintenant, je n'ai que toi pour parler sérieusement", dit-elle, s'adressant à son fils à la barbe du père. Le fils, songeur un moment, réagit en s'exclamant: "Ça y est, je le tiens, le Witz inaugural de mon article !"
Il dit Witz parce qu'à la pension, à Genève, quand on faisait un calembour, on appelait ça un Witz. Cette pension, il l'avait connue tout jeune, dès douze ans. Bien qu'il fût enfant unique, ses parents avaient dû se résoudre à mettre une frontière entre leur fils et eux, ses échecs scolaires étant à la hauteur des appréciations de ses professeurs: enfant dissipé, bavard, fait le pitre, etc.
La tranquillité suisse aidant, tout était rentré dans l'ordre.
"Tu te souviens, Maman, ce que tu avais répondu au psychologue du collège quand il vous avait convoqués avant mon départ en pension: "Complexe d'Œdipe, complexe d'Œdipe ? Allez! tout ça ce n'est pas grave du moment qu'il aime bien sa maman !"
"Ah, tu crois ?" reprend sa mère, "tu vois, ça je ne m'en souvenais pas !"
"Par contre", poursuit-elle, "déjà enfant tu aimais bien les histoires drôles… Je me souviens de l'une d'entre elles, que tu me demandais de te raconter sans jamais t'en lasser". "Ah bon ?" dit le fils piqué par la curiosité et les drôles d'associations de sa mère.
"Raconte…"
"Mais oui, souviens-toi, c'est l'histoire de cet homme allongé par terre sur le trottoir, un couteau planté dans la poitrine. Une brave dame se penche vers lui et lui dit: "Qu'est-ce que vous devez avoir mal !"
"Encore là ça va", lui répond l'homme, "mais c'est quand je ris…"
Ça y est, le tableau était au complet: après l'Œdipe, la castration, et tout ça avec le sourire. Il pouvait partir maintenant. Il remercia sa mère pour son aide, fit une bise sur le front de son père et put quitter la maison de retraite l'esprit tranquille. Il avait le sentiment de laisser ce fils derrière lui et d'affronter maintenant la paternité de son travail."
Patrice Brunaud, Clinique du jeu de mots, in Rire de soi, Libres Cahiers pour la psychanalyse n°17, 2008, pp.113-114.
jeudi 9 juin 2011
Nous sommes vivants, ici et maintenant, mais nous ne savons pas y accéder
"Dit brutalement: vivre n'échappe-t-il pas à la pensée ? "Tantôt je pense, tantôt je vis", note Valéry comme en adage — il y aurait partage de fait entre les deux, poussé jusqu'à l'exclusion. Car sur vivre la pensée a-t-elle prise ? Et d'abord sur ce qui brusquement s'émeut en nous et nous éventre, à peine vivre s'y trouve en péril, et fait taire tout le reste. On voudrait le dire d'un trait qui soit le moins forcé, mais ne sommes-nous pas toujours en dépassement bavard de ce qui soudain en nous tressaille, faisant surgir un tréfonds oublié, dès lors que vivre est arraché à son silence: que vivre suspend son évidence ? Car la difficulté n'est pas tant de dire l'au-delà que l'en deçà. Car ce verbe: "vivre" a beau se laisser ranger à côté et parmi tous les autres, se mêler à leur foule, il se retire alors soudain à part, ramasse d'un coup en lui tout ce qui compte, renvoie brutalement tous les autres à leur nullité. Ils ne sont plus que des ombres.
Lui qu'on voit d'ordinaire s'enfouir et disparaître sous les autres, le voilà qui refocalise alors tout sur lui, tous s'effacent devant lui.
Qu'est-ce qui soudain chavire, ouvre intérieurement de panique, dès que n'est plus assuré ce sous-entendu discret qui portait tout le reste ? Au point que tout le reste ne paraît qu'habillage…"
François Jullien, Philosophie du vivre, Gallimard, 2011, pp.9-10
Lui qu'on voit d'ordinaire s'enfouir et disparaître sous les autres, le voilà qui refocalise alors tout sur lui, tous s'effacent devant lui.
Qu'est-ce qui soudain chavire, ouvre intérieurement de panique, dès que n'est plus assuré ce sous-entendu discret qui portait tout le reste ? Au point que tout le reste ne paraît qu'habillage…"
François Jullien, Philosophie du vivre, Gallimard, 2011, pp.9-10
vendredi 27 mai 2011
Citation du jour
"Mais quelle garantie les aliénés évidents de ce monde
Ont-ils d'être soignés par d'authentiques vivants ?"
Antonin Artaud
Ont-ils d'être soignés par d'authentiques vivants ?"
Antonin Artaud
Aimé Césaire
"Et mon originale géographie aussi ; la carte du monde faite à mon usage, non pas teinte aux arbitraires couleurs des savants, mais à la géométrie de mon sang répandu, j'accepte
et la détermination de ma biologie, non prisonnière d'un angle facial, d'une forme de cheveux, d'un nez suffisamment aplati, d'un teint suffisamment mélanien, et la négritude, non plus un indice céphalique, ou un plasma, ou un soma, mais mesurée au compas de la souffrance"
Cent poèmes d'Aimé Césaire, éditions Omnibus, 2009, p.109
et la détermination de ma biologie, non prisonnière d'un angle facial, d'une forme de cheveux, d'un nez suffisamment aplati, d'un teint suffisamment mélanien, et la négritude, non plus un indice céphalique, ou un plasma, ou un soma, mais mesurée au compas de la souffrance"
Cent poèmes d'Aimé Césaire, éditions Omnibus, 2009, p.109
jeudi 28 avril 2011
Citation du jour
"Ce qui nous est arrivé, ou bien est arrivé à tout le monde, ou bien à nous seuls ; dans le premier cas ce n'est pas neuf, et dans le second cela demeure incompréhensible."
Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillité, Bourgois, 1999
Fernando Pessoa, Le Livre de l'intranquillité, Bourgois, 1999
vendredi 22 avril 2011
Vendredi Saint
Abdou— J'ai dîné hier chez des amis, ils sont musulmans, bien que les jeunes se disent non pratiquants…
Pauline—…Et alors ?
Abdou— Alors, je ne sais pas comment on est arrivé à parler de la semaine sainte…C'est quelque chose qui les intrigue, surtout le Vendredi Saint, curieusement Pâques ne semble pas les étonner plus que ça, je ne sais pas pourquoi… Bref, à un moment donné, mon ami Barry, le père de famille, a posé sa tasse de thé sur la table et m'a regardé droit dans les yeux: "Dis-moi, Abdou, pourquoi ce vendredi est si particulier pour vous chrétiens?"
Pauline— Tu le sais au moins ?
Abdou— Tu te fiches de moi ou quoi? — Parce que c'est celui qui précède le dimanche de Pâques…
Pauline— Bien! mais encore…?
Abdou— Mais encore quoi ?
Pauline— Tu ne leur as pas raconté la Passion, je veux dire tout le supplice infligé à Jésus et son exécution sur une croix ?
Abdou— Si, si… un peu…Mais j'ai surtout parlé des autres acteurs autour de Jésus…
Pauline— Tu veux parler des apôtres ?
Abdou— Non, pas eux, tu sais ce jour-là, les disciples sont pratiquement inexistants…, Juda, lui, s'est déjà pendu, quant aux autres… Non, je leur ai parlé des gens qui avaient véritablement un pouvoir…de décision.
Pauline— Ponce Pilate, le procurateur romain ?…
Abdou— Oui, à commencer par Ponce Pilate. C'est lui qui pousse en effet devant lui le captif flagellé, couronné d’épines, la face déjà griffée par les stigmates de la mort…
Pauline— …Et qui s'écrie en désignant Jésus:
__”Voici l’Homme!
Abdou— Puis Pilate s’en ira laver ses mains!
Pauline— Pilate ne voulait pas livrer le Christ au supplice de la croix, mais il a cru devoir le faire…
Abdou— Tout comme Caïphe, le grand-prêtre, lui non plus ne voulait pas mettre le Christ à mort, mais il a cru qu’on ne lui pardonnerait pas s’il ne le faisait pas…
Pauline— Où veux-tu en venir avec tout ça ?
Abdou— Ce que j'ai dit à mon ami, c'est que pour moi la Passion, le supplice du Christ, c'est un message universel, au-delà de toute confession particulière, car il s’adresse aux bras et aux mains que nous sommes tous, aux bras et aux mains que nous nous contentons d’être, chaque fois que nous obéissons sans exercer notre conscience.
Pauline__ Tu veux dire que la Passion du Christ interroge notre monde sur la responsabilité de ses actes?
Abdou— C'est exactement cela, mais le monde dont il est question ce n'est pas le monde abstrait, ce n'est pas la société en général, non il s'agit de toi et moi, de chacun en particulier dans ses choix quotidiens!
Pauline— Tout cela demande réflexion…Agir en toute conscience…! Désobéir s'il le faut et assumer mon acte en accord avec ma conscience!…
Abdou— Je reconnais la difficulté…Mais comment faire autrement sans se renier soi-même ?
Pauline—…Et alors ?
Abdou— Alors, je ne sais pas comment on est arrivé à parler de la semaine sainte…C'est quelque chose qui les intrigue, surtout le Vendredi Saint, curieusement Pâques ne semble pas les étonner plus que ça, je ne sais pas pourquoi… Bref, à un moment donné, mon ami Barry, le père de famille, a posé sa tasse de thé sur la table et m'a regardé droit dans les yeux: "Dis-moi, Abdou, pourquoi ce vendredi est si particulier pour vous chrétiens?"
Pauline— Tu le sais au moins ?
Abdou— Tu te fiches de moi ou quoi? — Parce que c'est celui qui précède le dimanche de Pâques…
Pauline— Bien! mais encore…?
Abdou— Mais encore quoi ?
Pauline— Tu ne leur as pas raconté la Passion, je veux dire tout le supplice infligé à Jésus et son exécution sur une croix ?
Abdou— Si, si… un peu…Mais j'ai surtout parlé des autres acteurs autour de Jésus…
Pauline— Tu veux parler des apôtres ?
Abdou— Non, pas eux, tu sais ce jour-là, les disciples sont pratiquement inexistants…, Juda, lui, s'est déjà pendu, quant aux autres… Non, je leur ai parlé des gens qui avaient véritablement un pouvoir…de décision.
Pauline— Ponce Pilate, le procurateur romain ?…
Abdou— Oui, à commencer par Ponce Pilate. C'est lui qui pousse en effet devant lui le captif flagellé, couronné d’épines, la face déjà griffée par les stigmates de la mort…
Pauline— …Et qui s'écrie en désignant Jésus:
__”Voici l’Homme!
Abdou— Puis Pilate s’en ira laver ses mains!
Pauline— Pilate ne voulait pas livrer le Christ au supplice de la croix, mais il a cru devoir le faire…
Abdou— Tout comme Caïphe, le grand-prêtre, lui non plus ne voulait pas mettre le Christ à mort, mais il a cru qu’on ne lui pardonnerait pas s’il ne le faisait pas…
Pauline— Où veux-tu en venir avec tout ça ?
Abdou— Ce que j'ai dit à mon ami, c'est que pour moi la Passion, le supplice du Christ, c'est un message universel, au-delà de toute confession particulière, car il s’adresse aux bras et aux mains que nous sommes tous, aux bras et aux mains que nous nous contentons d’être, chaque fois que nous obéissons sans exercer notre conscience.
Pauline__ Tu veux dire que la Passion du Christ interroge notre monde sur la responsabilité de ses actes?
Abdou— C'est exactement cela, mais le monde dont il est question ce n'est pas le monde abstrait, ce n'est pas la société en général, non il s'agit de toi et moi, de chacun en particulier dans ses choix quotidiens!
Pauline— Tout cela demande réflexion…Agir en toute conscience…! Désobéir s'il le faut et assumer mon acte en accord avec ma conscience!…
Abdou— Je reconnais la difficulté…Mais comment faire autrement sans se renier soi-même ?
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