"Le sens du monde doit se trouver en dehors du monde. Dans le monde toutes choses sont comme elles sont et se produisent comme elles se produisent: il n'y a pas en lui de valeur —et s'il y en avait une, elle n'aurait pas de valeur.
S'il existe une valeur qui ait de la valeur, il faut qu'elle soit hors de tout événement et de tout être-tel. Car tout événement et être-tel ne sont qu'accidentels.
Ce qui les rend non-accidentels ne peut se trouver dans le monde, car autrement cela aussi serait accidentel.
Il faut que cela réside hors du monde."
Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus, Gallimard, 1961, p.103
lundi 21 novembre 2011
mercredi 16 novembre 2011
Il est urgent de lire Michel Henry
"Le principe de toute critique radicale, de toute critique phénoménologique est le suivant: c'est l'exigence de faire voir la réalité dont on parle, si l'on prétend justement que c'est une réalité, c'est la nécessaire exhibition de ce qui doit faire le thème du discours ou de la recherche. Faire voir (…) ce dont on parle, c'est le faire entrer dans ce milieu de visibilité, dans cet horizon de lumière (…) que Heidegger appelle le monde. Mais le monde, précisément, est un milieu d'extériorité radicale. C'est l'extériorité qui rend visible, qui est la visibilité même (…).
Considérons par exemple le mur de cet amphithéâtre, ce mur dont nous disons qu'il est. Quel est l'être de ce mur ? Pour le sens commun, il n' y a pas de différence entre le mur et l'être du mur. Mais pour nous qui sommes philosophes, l'être du mur, ce n'est pas le mur, c'est bien plutôt sa négation. C'est le mur, mais dans son extériorité radicale par rapport à soi. D'ailleurs regardons ce mur. N'est-il pas extérieur à lui-même, ne se tient-il pas dans une sorte d'extériorité sans laquelle il ne se donnerait pas à nous ? Car notre regard qui atteint le mur n'est pas un comportement ontique, un processus psychique. Ce regard n'est rien d'autre que l'extériorité du mur par rapport à soi. Ainsi en est-il non seulement du mur mais des éléments qui le composent, des briques et finalement des atomes. Chacun de ces éléments n'est qu'en tant qu'il est nié, en tant qu'il est immergé dans ce milieu de néant qui lui permet de se manifester. Et ce n'est pas vrai seulement pour le mur, pour les choses matérielles mais pour tout ce qui est.
Il y a une sorte d'extériorité radicale qui transit toute chose et qui, la mettant proprement à l'extérieur d'elle-même, lui donne, dans cette extériorité par rapport à soi, la possibilité d'être en se manifestant. Moi-même, je n'échappe pas à cette loi. Je ne suis que pour autant que je me manifeste et je ne me manifeste que pour autant que je suis, moi aussi, traversé par cette extériorité universelle. Je suis un autre.
Que devient alors cette prétendue dimension d'intériorité dont nous parlons ? Comment donc l'intérieur pourrait-il être ? Il ne pourrait le faire qu'en entrant lui-même dans la lumière de l'être, c'est-à-dire en s'extériorisant, en s'objectivant (…).
Ces présuppositions ontologiques si puissantes et si universelles, qui ont été portées à la clarté du concept par la philosophie moderne et qui rejoignent d'ailleurs celles de Kant, qu'elles développent, nous voulons les mettre en question, non pas sur un plan général, mais à propos d'un exemple particulier, et cet exemple sera celui du corps, de mon corps.
Il peut paraître paradoxal, pour légitimer ce concept d'une intériorité radicale et, par là même, le concept d'âme, de faire appel au corps. Ce paradoxe s'atténue dès que se fait jour l'idée d'un corps subjectif. Lorsque le corps, en effet, est interprété, non plus comme d'une façon naïve et unilatérale comme un objet, mais aussi comme un sujet, et peut-être comme le sujet véritable, comme la source de notre connaissance sensible, et lorsque cette connaissance sensible, à son tour, au lieu d'être traitée comme un mode inférieur de la connaissance, est saisie comme le sol et le fondement de toute connaissance possible, alors l'analyse du corps ainsi compris dans sa subjectivité originelle peut sembler nous conduire à cette intériorité que nous cherchons."
Michel Henry, De la phénoménologie, Tome I, Phénoménologie de la vie, PUF, 2003, pp. 23-25
vendredi 11 novembre 2011
C'est à (re)lire
"Rêve. "Ne m'oublie pas."
Ce sont les mots que j'adresse à une femme qui s'en va. Je m'aperçois, à peine les ai-je prononcés, que ce sont justement les mots qu'il ne fallait pas dire. Ils sont porteurs d'une plainte, ils me mettent dans la position du quémandeur d'amour. C'était cela que la femme en question (non identifiée dans le rêve) ne supporterait pas et qui la ferait fuir.
"Ne m'oublie pas", mon appel est un reproche, il est trop insistant, il aura l'effet contraire de celui que je souhaite, elle ne va pas tarder à m'oublier, à faire en sorte que je n'aie jamais existé à ses yeux.
De ce rêve je sors meurtri, annihilé.
Etre reconnu est au cœur de la demande d'amour. Etre reconnu dans son existence singulière. Cela commence avec le regard, celui d'une mère sans doute. Je me vois dans ce regard qui se porte sur moi: j'existe. Désarroi si ce regard me fuit, se porte ailleurs, est indifférent, hostile ou si je m'aperçois que je me suis leurré en croyant qu'il m'était destiné. Plan inoubliable d'une scène de La Ruée vers l'or : Charlot croit que la jeune femme dont il est amoureux se dirige vers lui, elle sourit, il est aux anges mais non, c'est un gros homme qui est derrière lui qu'elle va rejoindre.
Quand dans la rue les piétons me heurtent sans même s'en apercevoir ou ferment brusquement la porte du magasin où je m'apprêtais à entrer, je me retiens de m'écrier: "Mais enfin je suis là, j'existe." Ils ne m'ont pas vu, à moins qu'ils n'aient feint de ne pas me voir. Ce n'est pas qu'ils m'aient évité comme on cherche à éviter un fâcheux, non, je suis hors de leur champ de vision.
J'ai sur ma table le roman de Sylvie Germain qui s'appelle justement Hors champ. J'y trouve, accentué à l'extrême, ce que j'éprouve a minima dans ce que je viens d'évoquer avec ces passants qui, niant ma présence physique, m'annulent.
Aurélien, le héros du roman de Sylvie, traverse une à une les étapes de la non-reconnaissance : par les passants qu'il croise, les collègues, les amis, les proches, son chien, la femme aimée, impatiemment attendue et soudain indifférente et, pour finir, sa mère — "Non, pas toi maman, pas toi".
Si, toi aussi. La boucle est bouclée.
Peu à peu Aurélien devient l'homme invisible, impalpable, transparent, sans corps et sans ombre. Partout autour de lui on s'active, on parle, on joue, on se dispute, on aime, on mange, on boit.
C'est la vie, quoi!
"Ne m'oubliez pas", crient dans le désert tous ceux que nous ne voyons pas et qui en viennent comme Aurélien à s'effacer eux-mêmes. Ces anonymes, nous les désignons par un nom collectif: S.D.F., exclus, épaves, asociaux. Peut-être jadis ont-ils été des humains. Eux non plus ne se souviennent pas de ce temps-là"
J.-B. Pontalis, En marge des nuits, Gallimard, 2010, pp. 30-32
Ce sont les mots que j'adresse à une femme qui s'en va. Je m'aperçois, à peine les ai-je prononcés, que ce sont justement les mots qu'il ne fallait pas dire. Ils sont porteurs d'une plainte, ils me mettent dans la position du quémandeur d'amour. C'était cela que la femme en question (non identifiée dans le rêve) ne supporterait pas et qui la ferait fuir.
"Ne m'oublie pas", mon appel est un reproche, il est trop insistant, il aura l'effet contraire de celui que je souhaite, elle ne va pas tarder à m'oublier, à faire en sorte que je n'aie jamais existé à ses yeux.
De ce rêve je sors meurtri, annihilé.
Etre reconnu est au cœur de la demande d'amour. Etre reconnu dans son existence singulière. Cela commence avec le regard, celui d'une mère sans doute. Je me vois dans ce regard qui se porte sur moi: j'existe. Désarroi si ce regard me fuit, se porte ailleurs, est indifférent, hostile ou si je m'aperçois que je me suis leurré en croyant qu'il m'était destiné. Plan inoubliable d'une scène de La Ruée vers l'or : Charlot croit que la jeune femme dont il est amoureux se dirige vers lui, elle sourit, il est aux anges mais non, c'est un gros homme qui est derrière lui qu'elle va rejoindre.
Quand dans la rue les piétons me heurtent sans même s'en apercevoir ou ferment brusquement la porte du magasin où je m'apprêtais à entrer, je me retiens de m'écrier: "Mais enfin je suis là, j'existe." Ils ne m'ont pas vu, à moins qu'ils n'aient feint de ne pas me voir. Ce n'est pas qu'ils m'aient évité comme on cherche à éviter un fâcheux, non, je suis hors de leur champ de vision.
J'ai sur ma table le roman de Sylvie Germain qui s'appelle justement Hors champ. J'y trouve, accentué à l'extrême, ce que j'éprouve a minima dans ce que je viens d'évoquer avec ces passants qui, niant ma présence physique, m'annulent.
Aurélien, le héros du roman de Sylvie, traverse une à une les étapes de la non-reconnaissance : par les passants qu'il croise, les collègues, les amis, les proches, son chien, la femme aimée, impatiemment attendue et soudain indifférente et, pour finir, sa mère — "Non, pas toi maman, pas toi".
Si, toi aussi. La boucle est bouclée.
Peu à peu Aurélien devient l'homme invisible, impalpable, transparent, sans corps et sans ombre. Partout autour de lui on s'active, on parle, on joue, on se dispute, on aime, on mange, on boit.
C'est la vie, quoi!
"Ne m'oubliez pas", crient dans le désert tous ceux que nous ne voyons pas et qui en viennent comme Aurélien à s'effacer eux-mêmes. Ces anonymes, nous les désignons par un nom collectif: S.D.F., exclus, épaves, asociaux. Peut-être jadis ont-ils été des humains. Eux non plus ne se souviennent pas de ce temps-là"
J.-B. Pontalis, En marge des nuits, Gallimard, 2010, pp. 30-32
mercredi 26 octobre 2011
Citation du jour
"La Liberté, ce n'est pas de pouvoir ce que l'on veut, mais de vouloir ce que l'on peut"
Jean-Paul Sartre
Jean-Paul Sartre
jeudi 6 octobre 2011
Maurice Blanchot: La question la plus profonde
"Nous nous interrogeons sur notre temps.
Cette interrogation ne s'exerce pas à des moments privilégiés, elle se poursuit sans relâche, elle fait elle-même partie du temps, elle le harcèle à la manière harcelante qui est propre au temps. C'est à peine une interrogation, c'est une espèce de fuite (…).
D'où vient ce souci de questionner, et cette grande dignité accordée à la question ?
Questionner, c'est chercher, et chercher, c'est chercher radicalement, aller au fond, sonder, travailler le fond et, finalement, arracher. Cet arrachement qui détient la racine est le travail de la question. Travail du temps. Le temps se cherche et s'éprouve dans la dignité de la question. Le temps est le tournant du temps. Au tournant du temps répond le pouvoir de se retourner en question, en parole qui avant de parler questionne par le tour d'écriture.
C'est donc d'une certaine manière le temps— le mouvement du temps et l'époque historique — qui questionne ? Le temps, mais le temps comme question, cela même qui par le temps et à un certain moment du temps dégage les questions comme un tout et l'histoire comme ce tout des questions.
Freud dit à peu près que toutes les questions posées à tort et à travers par les enfants leur servent de relais pour celle qu'ils ne posent pas et qui est la question de l'origine. De même, nous nous interrogeons sur tout, afin de maintenir en mouvement la passion de la question, mais toutes sont dirigées vers une seule, la question centrale ou la question de tout (…).
Le tournant du temps est ce mouvement par où se dégage, d'une manière qui la fait affleurer, la question de tout. Affleurant, venant à la surface, elle s'arrache au fond et, ainsi, devenue superficielle, cache à nouveau en la préservant la question la plus profonde.
Nous ne savons pas si les questions forment un tout, mais nous savons qu'elles ne semblent questionner qu'en questionnant dans la direction de ce tout dont le sens n'est pas donné, fût-ce comme question. Questionner, c'est alors s'avancer ou reculer vers l'horizon de toute question. Questionner, c'est donc se mettre dans l'impossibilité de questionner par questions partielles (…).
La question est mouvement (…). Dans la simple structure grammaticale de l'interrogation, nous sentons déjà cette ouverture de la parole interrogeante ; il y a demande d'autre chose ; incomplète, la parole qui questionne affirme qu'elle n'est qu'une partie. La question serait donc, contrairement à ce que nous venons de dire, essentiellement partielle, elle serait le lieu où la parole se donne toujours comme inachevée. Que signifierait alors la question de tout, sinon l'affirmation que dans le tout est encore latente la particularité de tout ?
La question, si elle est parole inachevée, prend appui sur l'inachèvement. Elle n'est pas incomplète en tant que question ; elle est, au contraire, la parole que le fait de se déclarer incomplète accomplit. La question replace dans le vide l'affirmation pleine, elle l'enrichit de ce vide préalable. Par la question, nous nous donnons la chose et nous nous donnons le vide qui nous permet de ne pas l'avoir encore ou de l'avoir comme désir. La question est le désir de la pensée."
Maurice Blanchot, L'Entretien infini, Gallimard, 1969, pp. 12-14
Cette interrogation ne s'exerce pas à des moments privilégiés, elle se poursuit sans relâche, elle fait elle-même partie du temps, elle le harcèle à la manière harcelante qui est propre au temps. C'est à peine une interrogation, c'est une espèce de fuite (…).
D'où vient ce souci de questionner, et cette grande dignité accordée à la question ?
Questionner, c'est chercher, et chercher, c'est chercher radicalement, aller au fond, sonder, travailler le fond et, finalement, arracher. Cet arrachement qui détient la racine est le travail de la question. Travail du temps. Le temps se cherche et s'éprouve dans la dignité de la question. Le temps est le tournant du temps. Au tournant du temps répond le pouvoir de se retourner en question, en parole qui avant de parler questionne par le tour d'écriture.
C'est donc d'une certaine manière le temps— le mouvement du temps et l'époque historique — qui questionne ? Le temps, mais le temps comme question, cela même qui par le temps et à un certain moment du temps dégage les questions comme un tout et l'histoire comme ce tout des questions.
Freud dit à peu près que toutes les questions posées à tort et à travers par les enfants leur servent de relais pour celle qu'ils ne posent pas et qui est la question de l'origine. De même, nous nous interrogeons sur tout, afin de maintenir en mouvement la passion de la question, mais toutes sont dirigées vers une seule, la question centrale ou la question de tout (…).
Le tournant du temps est ce mouvement par où se dégage, d'une manière qui la fait affleurer, la question de tout. Affleurant, venant à la surface, elle s'arrache au fond et, ainsi, devenue superficielle, cache à nouveau en la préservant la question la plus profonde.
Nous ne savons pas si les questions forment un tout, mais nous savons qu'elles ne semblent questionner qu'en questionnant dans la direction de ce tout dont le sens n'est pas donné, fût-ce comme question. Questionner, c'est alors s'avancer ou reculer vers l'horizon de toute question. Questionner, c'est donc se mettre dans l'impossibilité de questionner par questions partielles (…).
La question est mouvement (…). Dans la simple structure grammaticale de l'interrogation, nous sentons déjà cette ouverture de la parole interrogeante ; il y a demande d'autre chose ; incomplète, la parole qui questionne affirme qu'elle n'est qu'une partie. La question serait donc, contrairement à ce que nous venons de dire, essentiellement partielle, elle serait le lieu où la parole se donne toujours comme inachevée. Que signifierait alors la question de tout, sinon l'affirmation que dans le tout est encore latente la particularité de tout ?
La question, si elle est parole inachevée, prend appui sur l'inachèvement. Elle n'est pas incomplète en tant que question ; elle est, au contraire, la parole que le fait de se déclarer incomplète accomplit. La question replace dans le vide l'affirmation pleine, elle l'enrichit de ce vide préalable. Par la question, nous nous donnons la chose et nous nous donnons le vide qui nous permet de ne pas l'avoir encore ou de l'avoir comme désir. La question est le désir de la pensée."
Maurice Blanchot, L'Entretien infini, Gallimard, 1969, pp. 12-14
mardi 20 septembre 2011
Evénement à ne pas manquer: PoésYvelines
Maison de la poesie de Saint Quentin-en-Yvelines
Samedi 1er octobre à 14h30
Lecture-rencontre avec
Christiane Veschambre, Sophie Loizeau et Gilles Cheval.
Musée Lambinet salle Breillat
54 boulevard de la Reine
78000 Versailles
Lancement des 3 résidences d'écriture
Christiane Veschambre à la gare Versailles-Chantiers
Sophie Loizeau et Gilles Cheval au domaine de Mme Élisabeth.
Les textes qu'ils auront écrits seront dévoilés en mars 2012 à l'occasion du Printemps des Poètes.
http://www.versailles.fr/culture-et-patrimoine/institutions-et-evenements-culturels/musee-lambinet/
Entrée libre
Samedi 1er octobre à 14h30
Lecture-rencontre avec
Christiane Veschambre, Sophie Loizeau et Gilles Cheval.
Musée Lambinet salle Breillat
54 boulevard de la Reine
78000 Versailles
Lancement des 3 résidences d'écriture
Christiane Veschambre à la gare Versailles-Chantiers
Sophie Loizeau et Gilles Cheval au domaine de Mme Élisabeth.
Les textes qu'ils auront écrits seront dévoilés en mars 2012 à l'occasion du Printemps des Poètes.
Accès :
- SNCF : Paris Saint-Lazare (Versailles-Rive droite à 5 minutes à pied)
- Paris Montparnasse (Versailles-Chantiers à 20 minutes à pied)
- RER : Paris ligne C (Versailles-Rive gauche à 15 minutes à pied)
01 39 50 30 32http://www.versailles.fr/culture-et-patrimoine/institutions-et-evenements-culturels/musee-lambinet/
Entrée libre
vendredi 16 septembre 2011
Citation du jour
"Si Lol est silencieuse dans la vie, c'est qu'elle a cru, l'espace d'un éclair, que ce mot pouvait exister. Faute de son existence, elle se tait. Ç'aurait été un mot-absence, un mot-trou, creusé en son absence d'un trou, de ce trou où tous les autres mots auraient été enterrés. On n'aurait pas pu le dire mais on aurait pu le faire résonner. Immense, sans fin, un gong vide, il aurait retenu ceux qui voulaient partir, il les aurait convaincus de l'impossible, il les aurait assourdis à tout autre vocable que lui-même, en une fois il les aurait nommés, eux, l'avenir et l'instant.
Manquant, ce mot, il gâche tous les autres, les contamine."
Marguerite Duras
Manquant, ce mot, il gâche tous les autres, les contamine."
Marguerite Duras
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