—Quelle est ta langue maternelle?
—Je n'en ai pas, parce que je ne suis pas!
—Je ne comprends pas bien, quel rapport avec ma question ?
—Je ne suis pas, je n'ai pas été parlée ; ma mère ne m'a jamais rien dit de moi, elle ne m'a jamais adressé sa langue…
—Tu aurais donc traversé l'enfance, toute ton enfance, muette ?
—Oui, comme un chiot errant sans attache, sans récit…
—Et aujourd'hui, c'est comment avec elle, avec ta mère je veux dire ?
—Tout sonne faux entre nous, quelque chose s'est perdu à jamais…
—A jamais, dis-tu ?
—oui, à jamais, pourtant persiste encore en moi l'illusion d'habiter un jour avec ma mère, même morte, dans la même langue!
—Afin de te permettre de sortir de ta coquille…
Oui, de ma coquille devenue encombrante, et pouvoir enfin me dire dans ma propre langue les mots que l'enfant a toujours désiré entendre…, pour m'autoriser à aimer cette mère à la fois si étrangère et si proche en même temps!
jeudi 23 juillet 2015
mardi 14 juillet 2015
Soulever ou le difficile chemin vers soi-même
—Pourquoi soulèves-tu toujours de graves réflexions, me lança-t-elle en se levant du banc où nous étions assis.
Comme par mimétisme, je me retrouve aussitôt à sa hauteur, et nous voici côte à côte à arpenter d'un pas hésitant le petit chemin conduisant vers le lac.
—Qu'est-ce qui te ferait peur dans ce que je dis ?
—Je n'ai pas envie de ça… Tout devient problème avec toi, tu questionnes sur tout…
—Tu n'as pas envie de ça…, de quoi aurais-tu envie là, maintenant ?
—Marcher, profiter de l'air, oublier tout…
—Oublier même ce qui te blesse ou te révolte ? Tu sais bien que l'oubli peut être une autre manière d'entretenir le souvenir…, ou d'enterrer vivant ce qui demanderait à être interrogé ?
Nos pas deviennent de plus en plus lourds. Nous ralentissons…
Devant nous, en contre-bas, le lac avec son eau claire, comme une offrande!
Comme par mimétisme, je me retrouve aussitôt à sa hauteur, et nous voici côte à côte à arpenter d'un pas hésitant le petit chemin conduisant vers le lac.
—Qu'est-ce qui te ferait peur dans ce que je dis ?
—Je n'ai pas envie de ça… Tout devient problème avec toi, tu questionnes sur tout…
—Tu n'as pas envie de ça…, de quoi aurais-tu envie là, maintenant ?
—Marcher, profiter de l'air, oublier tout…
—Oublier même ce qui te blesse ou te révolte ? Tu sais bien que l'oubli peut être une autre manière d'entretenir le souvenir…, ou d'enterrer vivant ce qui demanderait à être interrogé ?
Nos pas deviennent de plus en plus lourds. Nous ralentissons…
Devant nous, en contre-bas, le lac avec son eau claire, comme une offrande!
lundi 22 juin 2015
Contre-allées vient de paraître
Le n° 35|36 de la revue Contre-allées vient de paraître.
Il contient des textes inédits de Joël Bastard, Rémi Checchetto, Sylvie Durbec, Alain Guillard, Jacques Josse, Jacques Moulin, Erwann Rougé, Jean Azarel, Catherine Bédarida, Anne Belin, Émilien Chesnot, Ghislaine Cuvellier, Armand Dupuy, Françoise Johnen, Barbara Le Moëne, Laurent Mourey, Brigitte Galbiati & Alban Rugosi.
Cécile Glasman et Matthieu Gosztola s’entretiennent ensuite avec les poètes Stéphane Bouquet, Christian Garaud, Cécile Guivarch, Christiane Veschambre, Béatrice Bonhomme, Aurélie Foglia, Sabine Huynh et Déborah Heissler.
Armelle Leclercq, Aurélien Perret, Emmanuel Flory et Cécile Glasman chroniquent enfin une vingtaine des livres et revues.
L’illustration de couverture est de Valérie Linder : http://www.valerielinder.fr/
Ce numéro 35|36 est disponible, contre un chèque de la somme de 10 euros (franco de port) à l’ordre de « Association Contre-allées poétiques », à l’adresse suivante :
Revue & éditions Contre-allées
c/o Amandine Marembert et Romain Fustier
16 rue Mizault
03100 Montluçon
Vous pouvez en profiter pour visiter le blog de la revue & des éditions Contre-allées : http://contreallees.blogspot.fr
Il contient des textes inédits de Joël Bastard, Rémi Checchetto, Sylvie Durbec, Alain Guillard, Jacques Josse, Jacques Moulin, Erwann Rougé, Jean Azarel, Catherine Bédarida, Anne Belin, Émilien Chesnot, Ghislaine Cuvellier, Armand Dupuy, Françoise Johnen, Barbara Le Moëne, Laurent Mourey, Brigitte Galbiati & Alban Rugosi.
Cécile Glasman et Matthieu Gosztola s’entretiennent ensuite avec les poètes Stéphane Bouquet, Christian Garaud, Cécile Guivarch, Christiane Veschambre, Béatrice Bonhomme, Aurélie Foglia, Sabine Huynh et Déborah Heissler.
Armelle Leclercq, Aurélien Perret, Emmanuel Flory et Cécile Glasman chroniquent enfin une vingtaine des livres et revues.
L’illustration de couverture est de Valérie Linder : http://www.valerielinder.fr/
Ce numéro 35|36 est disponible, contre un chèque de la somme de 10 euros (franco de port) à l’ordre de « Association Contre-allées poétiques », à l’adresse suivante :
Revue & éditions Contre-allées
c/o Amandine Marembert et Romain Fustier
16 rue Mizault
03100 Montluçon
Vous pouvez en profiter pour visiter le blog de la revue & des éditions Contre-allées : http://contreallees.blogspot.fr
lundi 15 juin 2015
Albert Camus. Des êtres qui vous libèrent…
Plus je vieillis et plus je trouve qu'on ne peut vivre qu'avec les êtres qui vous libèrent et qui vous aiment d'une affection aussi légère à porter que forte à éprouver."
Albert Camus à René Char, Correspondance 1946-1959, Gallimard
Albert Camus à René Char, Correspondance 1946-1959, Gallimard
mercredi 3 juin 2015
Les paradis sont perdus
Je relaie ici l'article de Raphaël Picon, paru dans Evangile et liberté, juin 2015, parce que je le trouve pertinent, interpellant. Chacun est libre d'y réagir comme ça lui vient, bien sûr :
"Les paradis sont perdus.
Et avec eux, nos assurances tranquilles, la permanence d’un état de grâce, celui de l’irréversibilité de nos liens aux autres, à l’univers et à Dieu. Cet éden de luxe, de calme et de volupté s’en est allé. Il s’est détaché de nous brutalement ou au gré du temps, sans que nous ne sachions réellement pourquoi. Cette sortie du paradis nous a expulsés du monde de l’insouciance.
Et nous devons maintenant faire avec. Faire avec la perte, inéluctable, celle des êtres chers, d’une santé de fer, des lendemains assurés pour l’éternité. Nous devons faire avec le désordre, celui des repères qui sont maintenant à jamais brouillés, des garanties qui n’en sont plus, le désordre d’une vie qui peut d’un coup basculer, s’effondrer. Oui, nous devons faire avec tous ces paradis perdus. Mais c’est peut-être de là, de cette acceptation sereine, que nous viendra le plus grand des secours. Certains, ceux qui y croient et qui ont les mots pour le dire, y déchiffreront la trace de Dieu qui, de manière clandestine, ensemence tout sur son passage. D’autres y verront la chance d’une belle étoile. Accepter sereinement la perte du paradis comme ultime secours ? Oui, car se confronter lucidement au monde tel qu’il est, c’est le connaître pour mieux lui faire face. Oui, car accepter que le paradis soit perdu, c’est renoncer à la prétention de le saisir, de s’y accrocher et de le retenir. C’est s’obliger alors à se mettre résolument à l’affût de tous ces signes d’amour qui, inépuisables, ne se livrent que par fragments, de ces fulgurances de bonheur qui nous saisissent si intensément qu’elles nous permettent de tenir debout. Les lecteurs des évangiles le savent : dans la nuit obscure il y aura toujours un poète, un ami, un prophète pour nous dire : mais non, relève-toi mon ami, la vie continue ! Il nous dira aussi : les paradis sont perdus, mais il tombera toujours de la table du banquet quelques miettes pour raviver en toi le goût de la vie, le désir des autres. Et ce sera alors cela, notre paradis."
Raphaël Picon
Professeur de théologie pratique
Institut Protestant de théologie, Paris.
"Les paradis sont perdus.
Et avec eux, nos assurances tranquilles, la permanence d’un état de grâce, celui de l’irréversibilité de nos liens aux autres, à l’univers et à Dieu. Cet éden de luxe, de calme et de volupté s’en est allé. Il s’est détaché de nous brutalement ou au gré du temps, sans que nous ne sachions réellement pourquoi. Cette sortie du paradis nous a expulsés du monde de l’insouciance.
Et nous devons maintenant faire avec. Faire avec la perte, inéluctable, celle des êtres chers, d’une santé de fer, des lendemains assurés pour l’éternité. Nous devons faire avec le désordre, celui des repères qui sont maintenant à jamais brouillés, des garanties qui n’en sont plus, le désordre d’une vie qui peut d’un coup basculer, s’effondrer. Oui, nous devons faire avec tous ces paradis perdus. Mais c’est peut-être de là, de cette acceptation sereine, que nous viendra le plus grand des secours. Certains, ceux qui y croient et qui ont les mots pour le dire, y déchiffreront la trace de Dieu qui, de manière clandestine, ensemence tout sur son passage. D’autres y verront la chance d’une belle étoile. Accepter sereinement la perte du paradis comme ultime secours ? Oui, car se confronter lucidement au monde tel qu’il est, c’est le connaître pour mieux lui faire face. Oui, car accepter que le paradis soit perdu, c’est renoncer à la prétention de le saisir, de s’y accrocher et de le retenir. C’est s’obliger alors à se mettre résolument à l’affût de tous ces signes d’amour qui, inépuisables, ne se livrent que par fragments, de ces fulgurances de bonheur qui nous saisissent si intensément qu’elles nous permettent de tenir debout. Les lecteurs des évangiles le savent : dans la nuit obscure il y aura toujours un poète, un ami, un prophète pour nous dire : mais non, relève-toi mon ami, la vie continue ! Il nous dira aussi : les paradis sont perdus, mais il tombera toujours de la table du banquet quelques miettes pour raviver en toi le goût de la vie, le désir des autres. Et ce sera alors cela, notre paradis."
Raphaël Picon
Professeur de théologie pratique
Institut Protestant de théologie, Paris.
mardi 19 mai 2015
Colloque "Ricœur et la philosophie allemande de Kant à Dilthey"
Du mercredi 10 juin (14h) au vendredi 12 juin (13h)
Organisation : Gilles Marmasse (Université de Poitiers), Roberta Picardi (Université de
Pavie-Fonds Ricœur), Alexander Schnell (Université Paris-Sorbonne).
Argument :
Le long itinéraire spéculatif de Ricœur se développe en un dialogue continu avec la pensée allemande – avec la philosophie mais aussi avec la littérature et la théologie. Ricœur s’est montré un interprète inspiré, mais aussi un découvreur. Si, chez lui, les rapports à la culture allemande sont divers et changent au cours des années, la philosophie classique allemande reste continûment un fil conducteur. En particulier, Ricœur ne cesse de se référer à La religion dans les limites de la simple raison de Kant et aux Principes de la philosophie du droit de Hegel.
Alors que les rapports de Ricœur à la phénoménologie ont été régulièrement explorés, ses rapports avec la pensée allemande du XVIIIe et du XIXe siècle n’ont jamais fait, en français, l’objet d’une étude synthétique. Nous nous proposons de combler ce vide.
Le colloque sera organisé non par auteurs mais par séquences thématiques : le problème de méthode de la philosophie tout d’abord, puis la question de la pratique, enfin celle du symbole et de la religion.
Intervenants (liste provisoire) :
Ch. Berner (université Lille 3), A. Breitling (Hochschule Niederrhein), A. Dumont (doctorante, EHESS), M. Foessel (Ecole polytechnique), L. Fonnesu (Università degli studi di Pavia), L. Gallois (Centre Sèvres), J. Greisch (Institut catholique de Paris), P. Grosos (université de Poitiers), G. Marmasse (université de Poitiers), J. Michel (université de Poitiers), J.-C. Monod (CNRS-ENS), Ch. Pavan (doctorante, Paris IV), R. Picardi (Fonds Ricœur), I. Röhmer (Universität Wuppertal), A. Schnell (PSUAD), L. Siep (Universität Münster), O. Tinland (université Montpellier III)
Lieux :
Le 11/06 - Hall de la Faculté Protestante, 83 Bd Arago, 75014, Métro : Denfert.
Le 10 et 12/06 - Université Paris – Sorbonne
Organisation : Gilles Marmasse (Université de Poitiers), Roberta Picardi (Université de
Pavie-Fonds Ricœur), Alexander Schnell (Université Paris-Sorbonne).
Argument :
Le long itinéraire spéculatif de Ricœur se développe en un dialogue continu avec la pensée allemande – avec la philosophie mais aussi avec la littérature et la théologie. Ricœur s’est montré un interprète inspiré, mais aussi un découvreur. Si, chez lui, les rapports à la culture allemande sont divers et changent au cours des années, la philosophie classique allemande reste continûment un fil conducteur. En particulier, Ricœur ne cesse de se référer à La religion dans les limites de la simple raison de Kant et aux Principes de la philosophie du droit de Hegel.
Alors que les rapports de Ricœur à la phénoménologie ont été régulièrement explorés, ses rapports avec la pensée allemande du XVIIIe et du XIXe siècle n’ont jamais fait, en français, l’objet d’une étude synthétique. Nous nous proposons de combler ce vide.
Le colloque sera organisé non par auteurs mais par séquences thématiques : le problème de méthode de la philosophie tout d’abord, puis la question de la pratique, enfin celle du symbole et de la religion.
Intervenants (liste provisoire) :
Ch. Berner (université Lille 3), A. Breitling (Hochschule Niederrhein), A. Dumont (doctorante, EHESS), M. Foessel (Ecole polytechnique), L. Fonnesu (Università degli studi di Pavia), L. Gallois (Centre Sèvres), J. Greisch (Institut catholique de Paris), P. Grosos (université de Poitiers), G. Marmasse (université de Poitiers), J. Michel (université de Poitiers), J.-C. Monod (CNRS-ENS), Ch. Pavan (doctorante, Paris IV), R. Picardi (Fonds Ricœur), I. Röhmer (Universität Wuppertal), A. Schnell (PSUAD), L. Siep (Universität Münster), O. Tinland (université Montpellier III)
Lieux :
Le 11/06 - Hall de la Faculté Protestante, 83 Bd Arago, 75014, Métro : Denfert.
Le 10 et 12/06 - Université Paris – Sorbonne
dimanche 3 mai 2015
Enigme.
Etait-ce le matin ou le soir ?
Je ne m'en souviens plus.
Tout ce qui me reste comme souvenir de cette rencontre c'est un semblant de dialogue, que je restitue ici de mémoire:
Elle: On se connaît à peine, mais tu n'a pas arrêté de dire "c'est ceci/ce n'est pas ceci"
Moi: pour toi il n' y a pas de disjonction…
Elle: En affirmant ou en infirmant, tu ne questionnes pas, tu t'immobilises, et le chemin s'efface…
Moi: Tu voudrais que je questionne sans avoir jamais parlé ?
Elle (me regardant avec compassion): oui, sans que tu t'attaches.
Moi: Sans que je m'attache à quoi, à qui ?
Pour toute réponse, elle me fit un signe de la main en s'éloignant, que j'interprétai comme la trace sensible de notre brève et évanescente rencontre!
Je ne m'en souviens plus.
Tout ce qui me reste comme souvenir de cette rencontre c'est un semblant de dialogue, que je restitue ici de mémoire:
Elle: On se connaît à peine, mais tu n'a pas arrêté de dire "c'est ceci/ce n'est pas ceci"
Moi: pour toi il n' y a pas de disjonction…
Elle: En affirmant ou en infirmant, tu ne questionnes pas, tu t'immobilises, et le chemin s'efface…
Moi: Tu voudrais que je questionne sans avoir jamais parlé ?
Elle (me regardant avec compassion): oui, sans que tu t'attaches.
Moi: Sans que je m'attache à quoi, à qui ?
Pour toute réponse, elle me fit un signe de la main en s'éloignant, que j'interprétai comme la trace sensible de notre brève et évanescente rencontre!
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