mardi 19 avril 2016

Théophile Gautier "Niobé"

Théophile Gautier fait de Niobé le symbole de la mélancolie, thème particulièrement intéressant pour mes recherches sur le deuil.

"Sur un quartier de roche, un fantôme de marbre, 
Le menton dans la main et le coude au genou, 
Les pieds pris dans le sol, ainsi que des pieds d'arbre, 
Pleure éternellement sans relever le cou.

Quel chagrin pèse donc sur ta tête abattue ? 
À quel puits de douleurs tes yeux puisent-ils l'eau ? 
Et que souffres-tu donc dans ton cœur de statue, 
Pour que ton sein sculpté soulève ton manteau ?

Tes larmes, en tombant du coin de ta paupière, 
Goutte à goutte, sans cesse et sur le même endroit, 
Ont fait dans l'épaisseur de ta cuisse de pierre 
Un creux où le bouvreuil trempe son aile et boit.

Ô symbole muet de l'humaine misère, 
Niobé sans enfants, mère des sept douleurs, 
Assise sur l'Athos ou bien sur le Calvaire, 
Quel fleuve d'Amérique est plus grand que tes pleurs ?"

Cf. Th. G, Emaux et Camées

(Voir Ovide, Métamorphoses, Livre VI)


Christiane Veschambre

Je relais cette invitation.
Christiane Veschambre est une amie de longue date, nous l'avons régulièrement reçue au Cercle de lecture à l'occasion de la sortie de ses livres.

"Les éditions du Préau des collines
ont le plaisir de vous inviter à une présentation des textes de
Christiane Veschambre par Geneviève Huttin
le 29 avril à 18 heures
à l’espace de L’autre Livre, 13, rue de l’École Polytechnique Paris 5e
L’écriture de Christiane Veschambre peu à peu m’a envahi, son territoire
où l’acuité se marie à un monde, source sensible et douloureuse magnifiée par la force de l’écriture…
Qui plus que Geneviève Huttin était à même de nous la présenter, elle-même
riche d’une voix refusée et reconquise.
Ces femmes nous parlent, dialogue rejouissant sous le préau des collines.
Jacques Le Scanff "

jeudi 17 mars 2016

Citation du jour. Bachelard

"L'efficacité spirituelle de deux consciences simultanées, réunies dans la conscience de leur rencontre, échappe soudain à la causalité visqueuse et continue des choses. La rencontre nous crée: nous n'étions rien—ou rien que des choses—avant d'être réunis."

Bachelard

JEAN-MARIE SCHAEFFER, L'expérience esthétique

"Contempler un tableau ou un paysage, écouter une pièce de musique, s’immerger dans un univers sonore, lire un poème, voir un film : telle est l’expérience esthétique. Or, dans chaque culture humaine, elle est de toutes les expériences communément vécues à la fois la plus banale et la plus singulière.
Singulière car elle a pour condition qu’on s’y adonne sans autre but immédiat que cette activité elle-même ; banale, car elle n’en demeure pas moins de part en part une des modalités de base de l’expérience commune du monde. Elle exploite le répertoire de l’attention, de l’émotion et du plaisir mais elle leur donne une inflexion particulière, voire paradoxale. Il s’agit donc, démontre Jean-Marie Schaeffer, de comprendre non pas l’expérience des œuvres d’art dans sa spécificité, mais l’expérience esthétique dans son caractère générique, c’est-à-dire indépendamment de son objet. Si l’expérience esthétique est une expérience de la vie commune, alors les œuvres d’art, lorsqu’elles opèrent esthétiquement, s’inscrivent elles aussi dans cette vie commune. Mais n’est-ce pas là ce qui peut arriver de mieux et aux œuvres et à la vie commune?
Faisant appel aux travaux de la psychologie cognitive, aux théories de l’attention, à la psychologie des émotions et à la neuropsychologie des états hédoniques pour en clarifier la nature et les modes de fonctionnement, l’ambition philosophique de cet ouvrage est de comprendre le comment de l’expérience esthétique – la généalogie évolutionnaire de cet emploi si singulier de nos ressources cognitives et émotives – et le pourquoi – ses fonctions, existentielles tout autant que sociales. Après cela, il sera difficile de penser l’expérience esthétique comme autrefois."

Cet ouvrage remarquable devrait trouver écho chez les Gestaltistes!

Collection NRF Essais, Gallimard, 2015

dimanche 6 mars 2016

jeudi 4 février 2016

SÉMINAIRE DU FONDS RICŒUR


Olivier Abel, professeur à l’Institut protestant de théologie / Fonds Ricœur, CRAL.
Rodolphe Calin, maître de conférences à l'Université Paul-Valéry Montpellier, CRAL
Nicola Stricker, professeur associée à l’Institut protestant de théologie/Fonds Ricœur

2e lundi du mois de 11 h à 14 h, de novembre 2015 à mai 2016, salle 11 ou 21,
IPT 83 bd Arago 75014 Paris. Métro Denfert.
Calendrier

14 décembre :
 Rodolphe Calin sur « L’imagination chez Bachelard » (suite et fin),
 Olivier Abel sur « remarques sur l’imagination, et les figures de la communauté ecclésiale »
11 janvier :
 Nicola Stricker « L’imagination comme catégorie théologique »
 Aurore Dumont « Ricoeur et Althusser : acheminement vers une rencontre »,
 Adélaïde Gregorio-Fins « La tension entre l’universel et le singulier. Repenser la morale à travers
l’imagination narrative et littéraire : Paul Ricoeur et Martha Nussbaum »
8 février :
 Aurore Mréjen « Idéologie et utopie chez Ricœur et Arendt. Le rôle de l’imagination »
 Azadeh Thiriez-Arjangi « La psychanalyse, un chemin vers la philosophie hégélienne — sur la tragédie et le complexe d'Œdipe »
 Roberta Picardi, sur « Dialectique et poétique »
14 mars :
 Charles Reagan « Ricœur dans le paysage américain aujourd’hui »
 Beate Bengard « Réception et Reconnaissance. L’herméneutique œcuménique de Paul Ricœur à la
lumière de processus œcuméniques actuels en France »
 Alberto Romele «Traces numériques et herméneutique matérielle»
 Marjolaine Deschênes « Diagnostiquer le care comme symptôme d’une culture désenchantée »
11 avril :
 Nicolas Poirier « Castoriadis et la découverte de l'imagination »
Alkaly Cissé « Deuil et mélancolie dans l'œuvre de William Faulkner. Une lecture phénoménologique de Claude Romano »
 Jean-Paul Nicolaï « Imaginer le nouveau »
9 mai :
 Delia Poppa « Le dédoublement du sujet imageant. Recherche de soi et oubli de soi »
 Geoffrey Dierckxsens « Singularité et responsabilité. Une étude critique de l’anthropologie morale de Paul Ricœur »
 Paolo Furia « La reconnaissance entre institution et utopie »
 Ivan Altieri sur « le travail de l’imagination dans la théorie de la métaphore de Paul Ricœur »

jeudi 21 janvier 2016

Séminaire génétique : autour de « Hegel et Husserl sur l’intersubjectivité » (Fonds Ricœur)

Ce séminaire inaugure un cycle d’initiatives visant à valoriser les manuscrits et les autres documents conservés dans les Archives Ricœur, en promouvant leur étude dans une perspective génétique, dans le sillage des activités analogue promues à l’Institut des Textes et Manuscrits Modernes (I.T.E.M.).

Tout en respectant les dernier vœux de Ricœur – qui dans son testament a interdit la publication de ses manuscrits – il s’agira néanmoins d’expérimenter une voie pour rendre perceptible l’importance de ses archives, qui nous permettent de comprendre l’allure spécifique et la méthode de son écriture philosophique, aussi bien que les cibles critiques, les sources et les allusions que la publication a souvent tendance à estomper. C’est en rentrant dans l’atelier où se fabrique le texte qu’on peut cerner la spécificité de l’écriture philosophique d’un auteur et suivre pas à pas les traces d’une pensée qui se crée, selon un processus en devenir qui est souvent l’issue d’une confrontation serrée avec la tradition, investie de nouvelles significations.
Dans cette perspective un travail génétique sur l’essai « Hegel et Husserl sur l’intersubjectivité » - qui fera l’objet du séminaire de cet année – présente un triple intérêt. En premier lieu, il représente une expression paradigmatique du « corps à corps » spéculatif de Ricoeur avec deux interlocuteurs qui ont joué un rôle majeur dans son itinéraire intellectuel, bien que dans une mesure différente. En deuxième lieu, le terrain de cette confrontation est le thème de l’intersubjectivité, sur lequel Ricœur n’a pas cessé de s’interroger dès les années 50, en assumant une position qui dans un premiers temps se réclame de Kant, selon une orientation à la fois anti-hégélienne et anti-husserlienne: à travers l’usage des sources inédites le séminaire envisage d’éclaircir les circonstances, les médiations et les  raisons théoriques qui conduisent Ricoeur à abandonner la voie kantienne et à réévaluer plutôt la conception husserlienne de l’intersubjectivité, en tant que hypothèse alternative à la doctrine hégélienne de l’Esprit objectif, telle qu’il l’interprète. Enfin, l’étude génétique de cet essai – qui ouvre notamment la section du volume « Du Texte à l’Action » intitulée « Idéologie, Utopie et Politique », consacrée aux expressions de l’«imaginaire sociale » - pourra apporter une contribution précieuse aux recherches autour du thème de l’imagination, que le Fonds Ricoeur a érigé à fils conducteur unitaire de ses activités.
Après une première séance introductive – visant à présenter thématique et méthodologie – toute séance du séminaire sera structurée en deux parties : dans la première partie on discutera problèmes de datation et de déchiffrement concernant les manuscrits envisagés; dans la deuxième partie on présentera et on examinera la contribution que les documents d’archives offrent pour une meilleure compréhension de l’essai en question.
 Les séances auront lieu – de janvier à juin - le dernier jeudi  du mois dans l’espace documentaire du Fonds Ricoeur, de 14 h à 17 h.

Première séance :  Jeudi 28 Janvier, 14-17 h
14 – 15.30 : « Critique génétique et philosophie : genèse du texte et genèse d’un thème » (Roberta Picardi).
15.30 – 17 : « Ni Hegel ni Husserl : Ricœur et Kant sur l’intersubjectivité » (Chiara Pavan et Roberta Picardi).

Suggestions de lecture pour la première séance: « Sympathie et respect » (1954) et  « Kant et Husserl » (1954-55) in P. Ricoeur, À l’école de la phénoménologie, Paris, Vrin, 1986, pp. 267-284 et pp. 227-250.

Citation du jour

 "La philosophie ne se développe pas en progressant, elle est au contraire l'effort de déployer et d'éclairer le même petit nom...