"Quelle difficulté ! Comment attaquer cette forteresse… On dirait qu’elle est imprenable tout à coup. […] Quelle est donc cette chose que je veux décrire, quelle est sa nature ?"
Nous sommes en 1962. Marguerite Duras est plongée dans les affres de la création, devant la page blanche, RIEN!
Quatre ans plus tard, l'œuvre enfin est là: Le Vice-Consul !
Une œuvre exigeante, déroutante:
"J’ai l’impression que si j’essayais de vous dire ce que j’aimerais arriver à vous dire, tout s’en irait en poussière […] Les mots… […] Ils n’existent pas", dit le vice-Consul (p. 121).
Pourquoi je vous parle du Vice-Consul ?
Parce qu'il est au programme de la prochaine soirée-dîner du Cercle de Lecture, ce vendredi 27 avril à 20h, chez notre amie Michelle à St Mandé!
L'annonce est un peu tardive, désolé, mais si l'envie vous vient de vous joindre à nous, envoyez-moi un mot.
jeudi 26 avril 2018
GIORGIO AGAMBEN
GIORGIO AGAMBEN
À L’ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES
Langage, politique, religions
Vendredi 4 mai 2018, de 14h à 18h Université Paris-Sorbonne Amphithéâtre Louis Liard
Chers amis,
Je me permets de vous informer d'une rencontre exceptionnelle que j'organise avec Giorgio Agamben à l'occasion des 150 ans de l'École Pratique des Hautes Études, le vendredi 4 mai en Sorbonne. C'est un grand plaisir pour moi de vous y inviter chaleureusement.
Je vous en joins ici l'affiche ainsi que le programme. N'hésitez pas à en diffuser l'information.
Je me permets d'insister sur le fait qu'il est impératif, si vous avez le désir d'y assister, de vous inscrire (le contact est indiqué sur le programme et l'affiche, il suffit de donner son nom). Le plan Vigipirate de la Sorbonne nous y contraint. Compte tenu de la notoriété de G. Agamben et du caractère exceptionnel de la rencontre (et tardif de l'annonce), je ne saurais trop vous inviter à le faire dans de brefs délais.
Je réjouis de vous revoir à cette belle occasion.
Avec toute mon amitié
Vincent Delecroix
--Inscriptions : leo.texier@etu.ephe.psl.eu
En raison du dispositif Vigipirate, il est
impératif de s’inscrire pour pouvoir assister
au colloque et de se munir d’une pièce d’identité. La liste sera close 48 heures avant la conférence
À L’ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES
Langage, politique, religions
Vendredi 4 mai 2018, de 14h à 18h Université Paris-Sorbonne Amphithéâtre Louis Liard
Chers amis,
Je me permets de vous informer d'une rencontre exceptionnelle que j'organise avec Giorgio Agamben à l'occasion des 150 ans de l'École Pratique des Hautes Études, le vendredi 4 mai en Sorbonne. C'est un grand plaisir pour moi de vous y inviter chaleureusement.
Je vous en joins ici l'affiche ainsi que le programme. N'hésitez pas à en diffuser l'information.
Je me permets d'insister sur le fait qu'il est impératif, si vous avez le désir d'y assister, de vous inscrire (le contact est indiqué sur le programme et l'affiche, il suffit de donner son nom). Le plan Vigipirate de la Sorbonne nous y contraint. Compte tenu de la notoriété de G. Agamben et du caractère exceptionnel de la rencontre (et tardif de l'annonce), je ne saurais trop vous inviter à le faire dans de brefs délais.
Je réjouis de vous revoir à cette belle occasion.
Avec toute mon amitié
Vincent Delecroix
--Inscriptions : leo.texier@etu.ephe.psl.eu
En raison du dispositif Vigipirate, il est
impératif de s’inscrire pour pouvoir assister
au colloque et de se munir d’une pièce d’identité. La liste sera close 48 heures avant la conférence
dimanche 1 avril 2018
Y a-t-il une porte de sortie ?
« Trouver la sortie… ! »
Il a dit ça!
J’ai dit « ça » ?
Oui, tu as dit ça.
Au fait, je pensais bêtement à la sortie de crise entre l'Occident et la Russie, entre Trump et Kim Jong-un, entre israéliens et palestiniens…, et aussi à la crise de jalousie, crise des valeurs, crise de foi, bref à la crise de l’humain…
En fait, on n’en sort jamais définitivement…de la crise.
L’humain est bizarre… !
J’ai dit « l’humain est bizarre » ?
Oui, tu l’as dit.
Tenez, par exemple : Pâques, je veux dire le tombeau vide ! Ça devrait être une sortie de crise pour les disciples de Jésus après la déroute du Vendredi Saint. Eh bien non, ils restent là plantés dans le tombeau, cherchant on ne sait trop quoi, sans doute des réponses, peut-être la Vérité même. Mais, pour lever le voile du doute, pour sortir de la crise de foi, il leur faut d’abord sortir du tombeau, à l’image de l'allégorie de la Caverne de Platon : des hommes enchainés et immobilisés tournent le dos à l'entrée et ne voient que leurs ombres projetées…
Sortir de l'illusion, de l'enfermement dans nos certitudes pour pouvoir apercevoir les choses autrement !
Voir les choses autrement, ai-je dit ?
Oui, c’est bien ce que nous avons entendu…
Autrement dit, à quoi bon rester prostrés dans nos pensées guerrières, sombres, sans avenir prometteur d'espérance…, quand il est possible de sortir à l’air libre, respirer, rencontrer les autres, partager?
Certes, certes…, mais encore faut-il repérer la porte de sortie.
C’est peut-être ça le plus compliqué dans la vie : trouver la sortie !
Cela veut dire sortir de soi d’abord, cela veut dire aussi allez vers celui ou celle qui n'a même plus la volonté de se lever, cela veut dire se dépouiller de ses réflexes de repli, au contraire accepter de se déplier, et marcher, c'est-à-dire chercher, encore et toujours, et faire avec ce paradoxe que l’on doit, je crois, à Blaise Pascal : « Tu ne m’aurais pas cherché si tu ne m’avais trouvé » (je cite de mémoire).
Il parlait de Dieu, ou du Tout-Autre…
Le Tout-Autre, j'aime bien ça, car il échappe à nos représentations, il se retire en se donnant ou l'inverse. C’est peut-être ici que se trouve la clé de nos crises, en hiérarchisant nos besoins, en mettant l'Altérité au cœur de l'existence, il est alors possible, je le crois, par ce recentrement même d’expérimenter une forme d’intelligence ou de sagesse nous permettant de laisser être ce qui est, tout en étant co-créateur d’un présent évolutif !
Joyeuses Pâques à tous et tous!
Il a dit ça!
J’ai dit « ça » ?
Oui, tu as dit ça.
Au fait, je pensais bêtement à la sortie de crise entre l'Occident et la Russie, entre Trump et Kim Jong-un, entre israéliens et palestiniens…, et aussi à la crise de jalousie, crise des valeurs, crise de foi, bref à la crise de l’humain…
En fait, on n’en sort jamais définitivement…de la crise.
L’humain est bizarre… !
J’ai dit « l’humain est bizarre » ?
Oui, tu l’as dit.
Tenez, par exemple : Pâques, je veux dire le tombeau vide ! Ça devrait être une sortie de crise pour les disciples de Jésus après la déroute du Vendredi Saint. Eh bien non, ils restent là plantés dans le tombeau, cherchant on ne sait trop quoi, sans doute des réponses, peut-être la Vérité même. Mais, pour lever le voile du doute, pour sortir de la crise de foi, il leur faut d’abord sortir du tombeau, à l’image de l'allégorie de la Caverne de Platon : des hommes enchainés et immobilisés tournent le dos à l'entrée et ne voient que leurs ombres projetées…
Sortir de l'illusion, de l'enfermement dans nos certitudes pour pouvoir apercevoir les choses autrement !
Voir les choses autrement, ai-je dit ?
Oui, c’est bien ce que nous avons entendu…
Autrement dit, à quoi bon rester prostrés dans nos pensées guerrières, sombres, sans avenir prometteur d'espérance…, quand il est possible de sortir à l’air libre, respirer, rencontrer les autres, partager?
Certes, certes…, mais encore faut-il repérer la porte de sortie.
C’est peut-être ça le plus compliqué dans la vie : trouver la sortie !
Cela veut dire sortir de soi d’abord, cela veut dire aussi allez vers celui ou celle qui n'a même plus la volonté de se lever, cela veut dire se dépouiller de ses réflexes de repli, au contraire accepter de se déplier, et marcher, c'est-à-dire chercher, encore et toujours, et faire avec ce paradoxe que l’on doit, je crois, à Blaise Pascal : « Tu ne m’aurais pas cherché si tu ne m’avais trouvé » (je cite de mémoire).
Il parlait de Dieu, ou du Tout-Autre…
Le Tout-Autre, j'aime bien ça, car il échappe à nos représentations, il se retire en se donnant ou l'inverse. C’est peut-être ici que se trouve la clé de nos crises, en hiérarchisant nos besoins, en mettant l'Altérité au cœur de l'existence, il est alors possible, je le crois, par ce recentrement même d’expérimenter une forme d’intelligence ou de sagesse nous permettant de laisser être ce qui est, tout en étant co-créateur d’un présent évolutif !
Joyeuses Pâques à tous et tous!
mercredi 28 mars 2018
La déclaration
La porte est entrouverte, elle hésite un instant puis appuie sur la sonnette.
—Entre, lui crie une voix de l’intérieur
Accoudé sur son bureau, il donne à voir un visage contrarié, défait.
— Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
Ses yeux se ferment. Cueilli par l’émotion, il y a comme un nœud dans sa gorge.
—Mais enfin, qu’est-ce que tu as ? Sans attendre la réponse, lentement, elle lui passe la main sur le front. Qu’est-ce qu’il est brûlant ! Tu es malade ?
Ses yeux s’ouvrent, humides. Il contemple le visage de L comme s’il la voyait pour la première fois.
—Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais je ne suis pas malade, rassure-toi. J’ai juste mal…à l’écriture !
—?!…
— Je ne sais comment t’expliquer, c’est assez compliqué, même pour moi.
—Nous avons toute la soirée, prends ton temps
—Il s’agit de l’écriture…
—Oui, ça j’ai bien compris, mais c’est le mal qu’elle te fait que je ne saisis pas
—qu’elle me donne…
—Pardon ?
—Ecrire ne me fait pas mal, bien au contraire. Mais, je n’arrive pas à faire corps avec, il y a pourtant quelque chose de caché à l’intérieur de moi, que je veux faire exister, c’est-à-dire mettre au monde, mais le texte me résiste et je cours après, comme un amoureux éconduit. En réalité, je fais du sur-place, je sature, rature, et recommence, encore et encore sans jamais pouvoir dire ce qui est. Impression désagréable de répéter toujours le même scénario.
—A t’entendre, c’est comme si tu cherchais une bonne idée et une façon élégante de l’exprimer, et tu te trouves soudain confronté à un autre impératif : ton outil, je veux dire le langage, lui, veut parler d’autre chose que de lui-même.
Il la regarde, ébloui par ce qu’elle vient de dire.
—Mais tu es un génie, ma parole ! Ainsi, pour pouvoir me rejoindre au plus profond de moi-même, je dois renoncer à vouloir « dire » ou faire « beau », le langage doit, ici, renoncer à lui-même, se faire oublier, faire le mort afin de laisser advenir ce qui est déjà là.
—Exactement, par ce renoncement consenti comme une ascèse, le langage donne vie, paradoxalement, à ce qui viendrait le légitimer dans sa fonction première : celui de donner à voir autre chose que lui-même. Mais, au fait, que cherches-tu à dire au point de t’émouvoir à ce point ?
Il est surpris par la question. La spontanéité n’est pas son fort. Il réalise soudain ce que veut dire s’apparaître à l’occasion de l’autre.
—Ta question me ramène à ce que je cherche à fuir, mais je sens en même temps le soulagement que cela me procurerait à le dire. Car, c’est ce que je cherche désespérément à écrire, à t’écrire !
—Quoi donc ?
—Je t’aime !
L'amour, un acte sacré ?
On connaissait Ernest Renan, le sceptique.
A en juger par cette citation, l'homme était plus complexe que cela:
"L'amour est aussi éternel que la religion. L'amour est la meilleure preuve de Dieu (!); c'est notre lien ombilical avec la nature, notre vraie communion avec l'infini. L'amour…, oui un acte religieux, un moment sacré où l'homme s'élève au-dessus de son habituelle médiocrité, voit ses facultés de jouissance et de sympathie exaltées à leur comble…"
Ernest Renan, Feuilles détachées, cité par Klaus Mann, Journal (Les années d'exil) 1937-1949, Grasset, 1998, p.43
A en juger par cette citation, l'homme était plus complexe que cela:
"L'amour est aussi éternel que la religion. L'amour est la meilleure preuve de Dieu (!); c'est notre lien ombilical avec la nature, notre vraie communion avec l'infini. L'amour…, oui un acte religieux, un moment sacré où l'homme s'élève au-dessus de son habituelle médiocrité, voit ses facultés de jouissance et de sympathie exaltées à leur comble…"
Ernest Renan, Feuilles détachées, cité par Klaus Mann, Journal (Les années d'exil) 1937-1949, Grasset, 1998, p.43
lundi 19 mars 2018
En souvenir de mon ami, Monsieur Pollet
Centenaire, rencontré dans une maison de retraite à Nîmes, il y a quelques années. Je n’oublierai jamais nos conversations et les bons moments passés avec lui.
J’aimais et admirais sa bonté, sa franchise, sa vivacité d’esprit…, sa voix à nulle autre pareille!
Il se disait athée mais j’ai rarement rencontré quelqu’un aussi ouvert aux questions spirituelles, ouvert et exigeant, très critique vis-à-vis des religions et leurs institutions mais en même temps très réceptif à l’enseignement du Christ, qu’il appelait son Ami. Il me disait: “Monsieur Cissé, à ma mort il y a une seule chose que j’aimerais que vous disiez lors de mon enterrement, c’est que bien qu’athée, Jésus était mon ami”.
Je l'aimais, je l'aime encore.
Mort, Monsieur Pollet reste vivant!
J’aimais et admirais sa bonté, sa franchise, sa vivacité d’esprit…, sa voix à nulle autre pareille!
Il se disait athée mais j’ai rarement rencontré quelqu’un aussi ouvert aux questions spirituelles, ouvert et exigeant, très critique vis-à-vis des religions et leurs institutions mais en même temps très réceptif à l’enseignement du Christ, qu’il appelait son Ami. Il me disait: “Monsieur Cissé, à ma mort il y a une seule chose que j’aimerais que vous disiez lors de mon enterrement, c’est que bien qu’athée, Jésus était mon ami”.
Je l'aimais, je l'aime encore.
Mort, Monsieur Pollet reste vivant!
Cercle de lecture
Rendez-vous le 23 mars à 20h chez moi.
Au menu, comme d'habitude un livre proposé par l'un des membres du Cercle.
Le prochain est un magnifique roman (traduit de l'islandais) "La lettre à Helga", de Bergsveinn Birgisson, éditions Zulma, 2013 (Prix du meilleur roman des lecteurs de Points).
"Bjarni Gislason (le narrateur) écrit à la seule femme qu'il a aimée, aussi brièvement qu'ardemment: Helga. (…)
…cette lettre est pour l'ancien éleveur de brebis l'occasion de s'interroger sur les raisons qui poussent un homme à faire la sourde oreille au doux appel de l'amour."
Quatrième de couverture.
C'est aussi une méditation sur le temps, le désir, la fidélité…
Le Cercle de lecture, outre la lecture son principal objet, c'est aussi un moment exceptionnel de convivialité et de liberté. On y est bien, et on y déguste tout aussi goulûment mets et boissons apportés par les uns et les autres.
Pour y être coopté, une seule condition: aimer lire, si possible des bons livres!
Au menu, comme d'habitude un livre proposé par l'un des membres du Cercle.
Le prochain est un magnifique roman (traduit de l'islandais) "La lettre à Helga", de Bergsveinn Birgisson, éditions Zulma, 2013 (Prix du meilleur roman des lecteurs de Points).
"Bjarni Gislason (le narrateur) écrit à la seule femme qu'il a aimée, aussi brièvement qu'ardemment: Helga. (…)
…cette lettre est pour l'ancien éleveur de brebis l'occasion de s'interroger sur les raisons qui poussent un homme à faire la sourde oreille au doux appel de l'amour."
Quatrième de couverture.
C'est aussi une méditation sur le temps, le désir, la fidélité…
Le Cercle de lecture, outre la lecture son principal objet, c'est aussi un moment exceptionnel de convivialité et de liberté. On y est bien, et on y déguste tout aussi goulûment mets et boissons apportés par les uns et les autres.
Pour y être coopté, une seule condition: aimer lire, si possible des bons livres!
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