Ce lundi 10 octobre a eu lieu le 1er séminaire de recherches de l’année 2015-2016 du Fonds Paul Ricœur, avec pour fil conducteur « L’imagination dans l’œuvre de Gaston Bachelard».Après un tour de table de présentation des sujets de recherche de chacun, le séminaire entre dans le vif du sujet du jour avec l’exposé de Rodolphe Calin, maître de conférence à l’Université Paul Valéry, Montpellier, sur "L’imagination créatrice, une lecture de Bachelard" (première partie). D’emblée, est soulignée l’importance de Bachelard pour Ricœur (cf. La métamorphose vive, Seuil, 1975), la place récurrente de l’imagination sémantique et herméneutique dans ses écrits (comme dans l’œuvre de Cassirer et celle de Castoriadis).
En bref, ce que j’ai retenu : chez Bachelard, il y a un dualisme du psychisme humain : d’un côté l'attrait pour la connaissance discursive (qui procède selon le discours logique), qui conduit à la science ; de l’autre un déploiement de la rêverie, de l'imagination, laquelle culmine vers la poésie. Qu'est-ce que l'imagination ? Selon Bachelard, c'est le processus par lequel nous créons, animons et/ou déformons les images ; l’image est la projection de la pensée dans les choses, ce qui lui permet de dire que l’imagination ne reproduit pas, mais est productrice, créatrice, elle déréalise le réel.
La pensée scientifique déréalise aussi le réel mais pour en faire des outils techniques, grâce à une construction mathématique. Dans la pensée scientifique, il y a une contestation du moi (le sujet intuitif, rêveur) par le non-moi (l’objet reproduit, l’outil).
L’imagination crée une relation directe, immédiate avec le phénomène, le non-moi devient mien dans l’imagination par la projection du moi dans le non-moi.
Auteur d'ouvrages de philosophie des sciences et d'ouvrages de critique littéraire, Bachelard a cultivé toute sa vie la contradiction, le dualisme entre sciences et poésie. A suivre…
mardi 10 novembre 2015
lundi 5 octobre 2015
Paradoxes
Passé l'après-midi sous la pluie dans Paris.
Rien d'anormal en cette saison!
Repensant à la parole de Spinoza "L'éternité, c'est maintenant", me sont venues à l'esprit des associations sous forme de paradoxes que je reprends ici :
Paradoxe 1: L’humain, dans sa quête de l’absolu, s’en éloigne d’autant plus qu’il en est le reflet et la rature.
Paradoxe 2: Il cherche à s’approcher de Cela qu’il nomme de divers noms, le divin, Dieu…Mais pour quoi cet aller-vers l'insaisissable ? Pour se l’approprier, le mettre à demeure? Cette prise en main, ou plutôt cette tentation de prise en main du divin perd de fait ce qu’elle saisit…, et cette saisie porte un nom, selon Jean-Luc Marion : l’idolâtrie. L’idole manque la distance, contrairement à l’icône (le Christ) qui, lui, “recèle et décèle ce sur quoi elle repose: l’écart en elle du divin et de son visage”.
Paradoxe 3: Visibilité de l’invisible: se donne en se retirant. C’est le message que reçoit Moïse près du buisson ardent au Mont Sinaï, alors qu'il demandait à la Voix invisible “Quel est ton nom?” pour qu’il puisse attester aux Hébreux esclaves en Egypte que c’est bien leur Dieu qui l’envoie. Réponse : “Je Suis Celui qui Suis”…
Paradoxe 4: C’est peu et c’est beaucoup. Il faut s’en contenter, c’est-à-dire se mettre en quête encore, et encore…! Car, contrairement à ce qu'on dit, la foi, comme l’endurance de la pensée, est sans repos…C'est un combat de tout instant, et cet instant est éternel tant qu'il dure, c'est l'unique temps réel pour celui qui le vit !
Rien d'anormal en cette saison!
Repensant à la parole de Spinoza "L'éternité, c'est maintenant", me sont venues à l'esprit des associations sous forme de paradoxes que je reprends ici :
Paradoxe 1: L’humain, dans sa quête de l’absolu, s’en éloigne d’autant plus qu’il en est le reflet et la rature.
Paradoxe 2: Il cherche à s’approcher de Cela qu’il nomme de divers noms, le divin, Dieu…Mais pour quoi cet aller-vers l'insaisissable ? Pour se l’approprier, le mettre à demeure? Cette prise en main, ou plutôt cette tentation de prise en main du divin perd de fait ce qu’elle saisit…, et cette saisie porte un nom, selon Jean-Luc Marion : l’idolâtrie. L’idole manque la distance, contrairement à l’icône (le Christ) qui, lui, “recèle et décèle ce sur quoi elle repose: l’écart en elle du divin et de son visage”.
Paradoxe 3: Visibilité de l’invisible: se donne en se retirant. C’est le message que reçoit Moïse près du buisson ardent au Mont Sinaï, alors qu'il demandait à la Voix invisible “Quel est ton nom?” pour qu’il puisse attester aux Hébreux esclaves en Egypte que c’est bien leur Dieu qui l’envoie. Réponse : “Je Suis Celui qui Suis”…
Paradoxe 4: C’est peu et c’est beaucoup. Il faut s’en contenter, c’est-à-dire se mettre en quête encore, et encore…! Car, contrairement à ce qu'on dit, la foi, comme l’endurance de la pensée, est sans repos…C'est un combat de tout instant, et cet instant est éternel tant qu'il dure, c'est l'unique temps réel pour celui qui le vit !
vendredi 18 septembre 2015
Les journées du Fonds Ricœur

Lundi 12 octobre 9h30-17h
Où va l’herméneutique ?
Journée organisée par le CRAL et le Fonds Ricœur
Sous la direction de Ioana Vultur, Claude Romano et Olivier Abel
A l’occasion de la parution de Critique n°817-818
Matin
9h30 : Jean Greisch : « Quo vadis hermeneutica : l’herméneutique comme sagesse de l’incertitude »
10h15 : Christian Berner : « Interpréter pour comprendre. Réflexions sur les horizons contemporains de l'herméneutique »
11h : Pause café 15mn
11h15 : Pascal Engel et Claude Romano : « Connaissance et interprétation »
12h15 : Pause déjeuner
Après midi
14h : Ioana Vultur et Martin Seel : «Herméneutique et cinéma»
15h : Pause café 15mn
15h15 : Jean-Marie Schaeffer et François Hartog : «Herméneutique et sciences sociales»
16h15 : Marielle Macé : « Expérience, interprétation, usage »
Lieu : Amphithéâtre IPT/Fonds Ricœur, 83 Bd Arago 75014 PARIS, Métro : Denfert-Rochereau ou Saint-Jacques. Entrée libre, sans inscription.
Renseignements : Julie Solviche au Fonds Ricœur, 0143317878. E-mail : julie.solviche@ehess.fr
Lundi 12 octobre 9h30-17h
Où va l’herméneutique ?
Journée organisée par le CRAL et le Fonds Ricœur
Sous la direction de Ioana Vultur, Claude Romano et Olivier Abel
A l’occasion de la parution de Critique n°817-818
Matin
9h30 : Jean Greisch : « Quo vadis hermeneutica : l’herméneutique comme sagesse de l’incertitude »
10h15 : Christian Berner : « Interpréter pour comprendre. Réflexions sur les horizons contemporains de l'herméneutique »
11h : Pause café 15mn
11h15 : Pascal Engel et Claude Romano : « Connaissance et interprétation »
12h15 : Pause déjeuner
Après midi
14h : Ioana Vultur et Martin Seel : «Herméneutique et cinéma»
15h : Pause café 15mn
15h15 : Jean-Marie Schaeffer et François Hartog : «Herméneutique et sciences sociales»
16h15 : Marielle Macé : « Expérience, interprétation, usage »
Lieu : Amphithéâtre IPT/Fonds Ricœur, 83 Bd Arago 75014 PARIS, Métro : Denfert-Rochereau ou Saint-Jacques. Entrée libre, sans inscription.
Renseignements : Julie Solviche au Fonds Ricœur, 0143317878. E-mail : julie.solviche@ehess.fr
SÉMINAIRE DU FONDS RICŒUR
Assuré par:
Olivier Abel, professeur à l’Institut protestant de théologie / Fonds Ricœur, CRAL.
Rodolphe Calin, maître de conférences à l'Université Paul-Valéry Montpellier, CRAL
Nicola Stricker, professeur associée à l’Institut protestant de théologie/Fonds Ricœur
2e lundi du mois de 11 h à 14 h, de novembre 2015 à mai 2016, dans la salle du Fonds Ricœur, Bibliothèque de l’Institut protestant de théologie – 83 bd Arago 75014 Paris. Métro Denfert.
Attention : le séminaire commence par une journée d’étude le lundi 12 octobre de 9h30 à 17h, dans l’Amphi du Fonds Ricœur, sur le thème « Où va l’herméneutique ? » (à l’occasion de la parution du numéro de la revue Critique sur ce thème, journée organisée par Ioana Vultur, Claude Romano, et Olivier Abel).
L’herméneutique s’est historiquement constituée autour de l’interprétation des textes « sacrés ». L’objectif de ce séminaire, au carrefour de la philosophie, de la théorie littéraire, de la théologie, et des sciences sociales, consiste à analyser l’extension du problème de l’interprétation à des textes littéraires, historiques ou juridiques, et à pointer chez Ricœur les motifs du virage d'une herméneutique régionale à une herméneutique ontologique, mais aussi d'une herméneutique critique à une herméneutique poétique. Dans tous ces déplacements, la place centrale du thème de l’imagination, et du schématisme de l’imagination poétique, seront notre fil conducteur. Le séminaire du Fonds Ricœur combine les interventions d’invités et les contributions des participants, il est parfois joint aux Journées du Fonds Ricœur.
Programme : voir site www.fondsricoeur.fr

Olivier Abel, professeur à l’Institut protestant de théologie / Fonds Ricœur, CRAL.
Rodolphe Calin, maître de conférences à l'Université Paul-Valéry Montpellier, CRAL
Nicola Stricker, professeur associée à l’Institut protestant de théologie/Fonds Ricœur
2e lundi du mois de 11 h à 14 h, de novembre 2015 à mai 2016, dans la salle du Fonds Ricœur, Bibliothèque de l’Institut protestant de théologie – 83 bd Arago 75014 Paris. Métro Denfert.
Attention : le séminaire commence par une journée d’étude le lundi 12 octobre de 9h30 à 17h, dans l’Amphi du Fonds Ricœur, sur le thème « Où va l’herméneutique ? » (à l’occasion de la parution du numéro de la revue Critique sur ce thème, journée organisée par Ioana Vultur, Claude Romano, et Olivier Abel).
L’herméneutique s’est historiquement constituée autour de l’interprétation des textes « sacrés ». L’objectif de ce séminaire, au carrefour de la philosophie, de la théorie littéraire, de la théologie, et des sciences sociales, consiste à analyser l’extension du problème de l’interprétation à des textes littéraires, historiques ou juridiques, et à pointer chez Ricœur les motifs du virage d'une herméneutique régionale à une herméneutique ontologique, mais aussi d'une herméneutique critique à une herméneutique poétique. Dans tous ces déplacements, la place centrale du thème de l’imagination, et du schématisme de l’imagination poétique, seront notre fil conducteur. Le séminaire du Fonds Ricœur combine les interventions d’invités et les contributions des participants, il est parfois joint aux Journées du Fonds Ricœur.
Programme : voir site www.fondsricoeur.fr

dimanche 6 septembre 2015
Relire Bultmann
"Il ne peut pas y avoir d'exégèse sans présupposition (...) le problème herméneutique se présente à nous...chaque historien se laissera toujours guider par une manière de poser le problème, par une perspective propre. Ce n'est pas une déformation de l'histoire tant que la façon de poser le problème ne repose pas sur un préjugé mais reste une simple interrogation, et tant que l'historien se rend compte que sa façon de poser le problème est unilatérale (...) La compréhension de l'histoire n'est donnée qu'à celui qui, loin de la contempler en simple spectateur, neutre et non concerné, s'y sent lui-même intégré et assume sa part de responsabilité envers elle. Cette rencontre avec l'histoire, née de notre propre historicité, nous l'appelons rencontre existentielle. Elle engage l'historien dans tout son être (...) la connaissance historique n'est jamais complète ni définitive (...) un événement historique est inséparable de son avenir (...)La précompréhension est fondée sur la quête de Dieu qui préoccupe l'homme (...) La rencontre existentielle avec le texte peut aussi bien conduire au oui qu'au non, à la foi confessante qu'à l'incrédulité complète, puisque le texte adresse à l'exégète une exigence, qu'il lui offre une compréhension de soi qu'il peut accepter comme don ou rejeter, puisque, enfin, il l'oblige à la décision."
R. Bultmann, Foi et Compréhension 1, L'Historicité de l'homme et de la Révélation, Seuil, 1970
R. Bultmann, Foi et Compréhension 1, L'Historicité de l'homme et de la Révélation, Seuil, 1970
jeudi 23 juillet 2015
La langue-mère
—Quelle est ta langue maternelle?
—Je n'en ai pas, parce que je ne suis pas!
—Je ne comprends pas bien, quel rapport avec ma question ?
—Je ne suis pas, je n'ai pas été parlée ; ma mère ne m'a jamais rien dit de moi, elle ne m'a jamais adressé sa langue…
—Tu aurais donc traversé l'enfance, toute ton enfance, muette ?
—Oui, comme un chiot errant sans attache, sans récit…
—Et aujourd'hui, c'est comment avec elle, avec ta mère je veux dire ?
—Tout sonne faux entre nous, quelque chose s'est perdu à jamais…
—A jamais, dis-tu ?
—oui, à jamais, pourtant persiste encore en moi l'illusion d'habiter un jour avec ma mère, même morte, dans la même langue!
—Afin de te permettre de sortir de ta coquille…
Oui, de ma coquille devenue encombrante, et pouvoir enfin me dire dans ma propre langue les mots que l'enfant a toujours désiré entendre…, pour m'autoriser à aimer cette mère à la fois si étrangère et si proche en même temps!
—Je n'en ai pas, parce que je ne suis pas!
—Je ne comprends pas bien, quel rapport avec ma question ?
—Je ne suis pas, je n'ai pas été parlée ; ma mère ne m'a jamais rien dit de moi, elle ne m'a jamais adressé sa langue…
—Tu aurais donc traversé l'enfance, toute ton enfance, muette ?
—Oui, comme un chiot errant sans attache, sans récit…
—Et aujourd'hui, c'est comment avec elle, avec ta mère je veux dire ?
—Tout sonne faux entre nous, quelque chose s'est perdu à jamais…
—A jamais, dis-tu ?
—oui, à jamais, pourtant persiste encore en moi l'illusion d'habiter un jour avec ma mère, même morte, dans la même langue!
—Afin de te permettre de sortir de ta coquille…
Oui, de ma coquille devenue encombrante, et pouvoir enfin me dire dans ma propre langue les mots que l'enfant a toujours désiré entendre…, pour m'autoriser à aimer cette mère à la fois si étrangère et si proche en même temps!
mardi 14 juillet 2015
Soulever ou le difficile chemin vers soi-même
—Pourquoi soulèves-tu toujours de graves réflexions, me lança-t-elle en se levant du banc où nous étions assis.
Comme par mimétisme, je me retrouve aussitôt à sa hauteur, et nous voici côte à côte à arpenter d'un pas hésitant le petit chemin conduisant vers le lac.
—Qu'est-ce qui te ferait peur dans ce que je dis ?
—Je n'ai pas envie de ça… Tout devient problème avec toi, tu questionnes sur tout…
—Tu n'as pas envie de ça…, de quoi aurais-tu envie là, maintenant ?
—Marcher, profiter de l'air, oublier tout…
—Oublier même ce qui te blesse ou te révolte ? Tu sais bien que l'oubli peut être une autre manière d'entretenir le souvenir…, ou d'enterrer vivant ce qui demanderait à être interrogé ?
Nos pas deviennent de plus en plus lourds. Nous ralentissons…
Devant nous, en contre-bas, le lac avec son eau claire, comme une offrande!
Comme par mimétisme, je me retrouve aussitôt à sa hauteur, et nous voici côte à côte à arpenter d'un pas hésitant le petit chemin conduisant vers le lac.
—Qu'est-ce qui te ferait peur dans ce que je dis ?
—Je n'ai pas envie de ça… Tout devient problème avec toi, tu questionnes sur tout…
—Tu n'as pas envie de ça…, de quoi aurais-tu envie là, maintenant ?
—Marcher, profiter de l'air, oublier tout…
—Oublier même ce qui te blesse ou te révolte ? Tu sais bien que l'oubli peut être une autre manière d'entretenir le souvenir…, ou d'enterrer vivant ce qui demanderait à être interrogé ?
Nos pas deviennent de plus en plus lourds. Nous ralentissons…
Devant nous, en contre-bas, le lac avec son eau claire, comme une offrande!
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