dimanche 30 juillet 2017

Inspiré de "Tombe de sommeil" de J.-L.Nancy

Dialogue en sommeil …

Lui: Sais-tu quel auteur je lis depuis hier ?
Elle: Misrahi "La jouissance d'être" ?
Lui: Non, cherche encore…
Elle: Catherine Bergeret-Amselek "La Cause des aînés" ?
Lui: Non plus…
Elle: Gabrielle Rubin "Du bon usage de la haine et du pardon" ?
Lui: Non, non , tu n'y es toujours pas…
Elle: Heidegger "La dévastation et l'attente" ?
Lui: non, pas tu tout. Tu donnes ta langue au chat ? Bon. Pourtant tu l'aimes bien cet auteur…
Elle: …!?
Lui: Jean-Luc Nancy…!
Elle: Ah! j'ai trouvé, tu lis "La déconstruction du christianisme"…
Lui: Le vrai titre du livre dont tu fais allusion c'est "La déclosion"(La déconstruction du christianisme). Moi je te parle de "Tombe de sommeil". Ne cherche pas, je sais que tu n'as pas lu celui-ci, bien qu'il soit sorti depuis 2007!
Elle: Exact, et que dit-il, pourquoi m'en parles-tu ?
Lui: Ecoute, je cite, p.35: "Tout s'égale à soi-même et au reste du monde. Tout se remet à l'équivalence générale dans laquelle un dormeur vaut n'importe quel autre dormeur et tout sommeil vaut tous les autres, quoi qu'il paraisse. Car "bien" ou "mal" dormir ne revient qu'à dormir plus ou moins, de façon plus ou moins continue, plus ou moins perturbée. Les interruptions et les perturbations, y compris celles qui surgissent parfois du sein du sommeil lui-même, comme ces cauchemars qui nous réveillent dans l'angoisse et la sueur, les accidents du sommeil ne lui appartiennent pas."
Elle: C'est incroyable…que tu me lises justement ce passage maintenant!
Lui: Que veux-tu dire?
Elle: C'est à propos d'interruption et de perturbation du sommeil, j'ai vécu cette nuit quelque chose de semblable…
Lui: Ah bon ?
Elle: Oui, mais tu me promets que cela reste entre nous, c'est très personnel…
Lui: Je te promets… sur la tête de ma belle-mère…
Elle: Alors je ne te dirai rien…puisque ça ne t'intéresse pas plus que ça.
Lui: Bon, blague à part, ça reste entre nous, je t'écoute.
Elle: Donc, cette nuit, vers 4h30, je me réveille en sursaut couvert de sueur, pourtant — j'en suis absolument certain — je n'ai pas fait de cauchemars.
Lui: C'est bizarre ton truc, tu te réveilles brusquement en pleine nuit sans raison apparente!
Elle: Je te dis que oui. Mais pour moi le problème n'est pas là…
Lui: Ah! Il est où alors ?
Elle: Je continue…Impossible de me rendormir. J'essaie tout ce que je peux, respiration profonde, exercices de relaxation, rien n’y fait. Je décide de sortir du lit et d'aller au salon avec mon oreiller, je m'allonge sur le canapé…Mais le sommeil n’est toujours pas au rendez-vous!
Lui:Tu m'étonnes!
Elle: C’est alors que, instantanément, je me mets à réfléchir à haute voix (c’est quelque chose ça, réfléchir à voix haute, tu connais peut-être ? sinon essaie tu verras…, ça épure l'esprit, à condition d'être sincère avec soi-même)
Lui: Ah! Et que criais-tu ?
Elle: Tu ne m'écoutes pas, je n'ai pas dit que je criais, mais réfléchissais à haute voix, ce n'est pas pareil. Bref, je m'entends me dire "—Je ne suis pas en paix avec moi-même, pourquoi me le cacher? Pourquoi faire semblant ? Je ne suis pas celle que je donne à voir…, je cours après moi-même, ou après je ne sais quoi d’inaccessible: le bonheur? la paix ? la reconnaissance? le savoir ? les éloges…? Mais, je le sais bien, même en obtenant ce que je recherche, je reste insatisfait, insatiable…"
Lui: Continue…
Elle: …c’est donc que ce que je cherche, fondamentalement, ne se trouve pas au-dehors, dans l’environnement, dans les choses ou les êtres, mais en moi-même, indéniablement!
Lui: Très intéressant, continue.
Elle: J’ai alors cette conviction forte, que le retour à la source ne peut s’effectuer par le seul mental ou par la réflexion. La réflexion aide à la prise de conscience. Le retour effectif à soi est un acte presque physique, de concentration, d’attention…à ce qui se donne dans l'instant, qui fait signe hors champs mental, en dehors de toute saisie… Je ne sais pas l’exprimer autrement.
Lui: Tu m'impressionnes, tu sais? continue…
Elle: Au terme de cet examen de conscience (je l’appelle ainsi faute de mieux) difficile mais lucide, qui a dû durer une bonne trentaine de minutes sinon plus, je remonte tranquillement dans la chambre et je me rendors aussitôt.
Lui: Eh ben! quelle drôle d'histoire! Quelle expérience, surtout!… Tu sais quoi?
Elle: Dis toujours…
Lui:Ton histoire me fait me poser cette question: dans le sommeil, quel soi s'y donne à découvrir ? Est-ce le même qui échappe à toute saisie ? Qui suis-je une fois endormi ?
Elle: Excellente question, on en reparle si tu veux quand tu auras fini de lire Jean-Luc Nancy! Qui sait, peut-être y répond-il ?

Commentaires:
Anneliese Oback
Anneliese Oback Je n'ai jamais vécu chose pareille, mais j'ai lu ces mots, si bien formulés, avec grand intérêt.
Charlotte de Stordeur Ah oui c est puissant ! Merci AlKaly😉

samedi 22 juillet 2017

POURQUOI LA RENCONTRE DE LA PSYCHOLOGIE ET DE LA MÉDITATION EST-ELLE EST ESSENTIELLE ?


"A l’heure où la méditation n’est plus réservée à une élite engagée sur une voie spirituelle orientale mais s’inscrit dans le champ de la santé mentale, la nouvelle génération de psychologues se trouve à la croisée des mondes. La méditation continue d’échapper aux cases où l’air du temps voudraient l’enfermer et trouve place au cœur de notre société moderne. La psychologie se dégage des carcans identitaires, elle s’ouvre à de nouveaux horizons de sens et de soins. C’est pourquoi il est nécessaire aujourd’hui d’engager une "pensée méditante" sur la rencontre entre la thérapie occidentale et le chemin de l’attention développé de manière laïque par le bouddhisme. L’attention ouverte favorise une écoute authentique, ancrée dans la présence corporelle, gage d’une parole libre qui tend à ne plus méconnaître la vérité de la souffrance, la singularité de l’expérience et le désir de vivre. La méditation alliée à la psychologie ouvrirait-elle un nouvel espace thérapeutique, une nouvelle entente de l’être humain plus profonde, hors de tout dogmatisme théorique, de présupposés philosophiques ou d’inscription religieuse ? Ce blog en est la recherche vivante."

Nicolas D'Inca
http://psychologie-meditation.blogspot.fr

lundi 5 juin 2017

Duras!

A la FNAC cet après-midi, à la recherche de "La pluie d'été" de Marguerite Duras. Christiane Veschambre nous en avait lu un extrait mardi dernier en ouverture à l'Atelier d'écriture qu'elle accueille chez elle, chaque mois, depuis plusieurs années. Comme à mon habitude, mais toujours à mon corps défendant devant tous ces titres, je n'ai pu résister : je suis reparti, avec deux livres de Duras, celui que je suis venu chercher et "Ecrire", tous deux en Livre de poche; et aussi deux écrits de Valère Novarina "Voie Négative" (ou V.N) et "L'Inquiétude", publiés chez P.O.L.
Le court extrait de Duras que je propose introduit Ecrire:
"C'est dans une maison qu'on est seul. Et pas au-dehors d'elle mais au-dedans d'elle. Dans le parc il y a des oiseaux, des chats. Mais aussi une fois, un écureuil, un furet. On n'est pas seul dans un parc. Mais dans la maison, on est si seul qu'on en est égaré quelquefois."

Marguerite Duras, Folio-Gallimard, 1993, p.13

dimanche 7 mai 2017

Citation du jour

"On dit qu'il faut un an pour se remettre d'un chagrin d'amour. On dit aussi des tas d'autres choses dont la banalité finit par émousser la vérité.
C'est comme une maladie, c'est physiologique, il faut que l'organisme se reconstitue.
Un jour, tu ne te souviendras que de bons moments (la chose la plus absurde qu'elle ait entendue).
Tu en ressortiras plus forte.
Tu dis que tu n'aimeras plus jamais mais tu verras.
La vie reprend toujours ses droits.
Etc.
Ces phrases lui arrivent, la recouvrent, la bercent. Pour être tout à fait honnête, elle a besoin de ce babil de convalescence. Toutes ces langues qui font bruire autour d'elle l'empathie, l'universalisme et le pragmatisme lui sont un lit de feuilles où déposer son misérable corps. Et cependant, elle aspire parfois au silence complet, à un cercle de proches au centre duquel elle viendrait s'asseoir, pour qu'on la regarde et qu'on l'écoute sans un mot."

Nathalie Azoulai, Titus n'aimait pas Bérénice, Roman, P.O.L, 2015, p.11-12

lundi 17 avril 2017

Aller vers soi-même

—Tu n'arrêtes pas de me dire -"sois rationnelle" ou "tu n'es pas assez efficace, ce n'est pas comme ça que tu réussiras…, il faut apprendre à te battre si tu veux aspirer à être parmi les meilleurs…"- Mais, tu ne me comprends pas, tu ne sais pas ce que j'ai…
—Qu'est-ce que tu as ?
—Ma souffrance!
—Ta souffrance ? Tu en parles comme d'un avoir…
—Exactement, ma souffrance c'est moi-même…, j'en ai marre de ta soi-disant sagesse rationnelle, tu ne vois pas que je suis fatiguée de tout ça de toutes ces jouissances médiocres, révoltée contre tes propositions de recherche exclusive de réussite et d'efficacité ?
—Qu'est-ce tu racontes, je ne te suis plus…
—tu ne comprends donc pas que j'aspire à quelque chose de tout autre ?
—Attends, tu vas trop loin là…
—C'est vrai, ça n'est pas compréhensible…, moi-même je le réalise à l'instant, comme quelque chose d'insolite qui pourtant depuis longtemps, en moi, cherche à être audible : ma souffrance est aussi le lieu de ma délivrance…, ce n'est pas un ennemi au contraire, elle révèle mon inaptitude à m'écouter, à écouter et surtout à accueillir qui je suis, à entrer en contact avec mon être profond!
Il l'a regarde les yeux écarquillés, pour la première fois il se tait… Où est-il à ce moment ? Peut-être est-il…
Chacun peut imaginer la suite!

vendredi 7 avril 2017

Citation du jour

Voilà un des ouvrages que je trimballe avec moi, de déménagement en déménagement, depuis des années et que je ne lis ou relis que par petits bouts à chaque fois. Ainsi, ce matin. Extrait:

—"Eh bien, Wittgenstein, dites-moi, comment trouvez-vous la vie hors du giron universitaire de Cambridge ?"
C'était visiblement là un sujet que Wittgenstein était prêt à aborder avec une énergie considérable, car il se tourna rapidement vers Snow et ses yeux avaient retrouvé leur célèbre éclat quand il répliqua sèchement :
—"Infiniment préférable! La vie universitaire est détestable. Les commérages de mon domestique au Collège surpassaient de loin l'intelligence hypocrite des brillants causeurs lors des dîners. Einstein avait raison de dire qu'un bien meilleur travail intellectuel serait accompli par un cordonnier qui effectuerait sa tâche dans la journée et réfléchirait la nuit."

John L. Casti, Un savant dîner ou comment cinq philosophes et scientifiques discutent, lors d'un somptueux festin, la possibilité de créer une machine aussi intelligente que l'homme, Flammarion, 1998, p.37-38

lundi 30 janvier 2017

Jacqueline Falguière

Appris hier, avec tristesse, dans le Monde le décès de Madame Jacqueline FALGUIERE-OUZILOU (décès survenu le 24 janvier dernier, à l'âge de soixante-quinze ans)!

Psychologue clinicienne, psychanalyste, membre de la Société française de psychanalyse, secrétaire générale de l'Institut français d'analyse de groupe et de psychodrame, sa disparition me touche énormément.

Ma rencontre avec Madame Falguière, en tant qu'analysant, a été déterminante pour l'orientation de la suite à donner à ma vie.

Je lui exprime ici toute ma reconnaissance!

Citation du jour

 "La philosophie ne se développe pas en progressant, elle est au contraire l'effort de déployer et d'éclairer le même petit nom...