Le blog est heureux d'accueillir ce mois-ci, Monique Ruscassier (invitée spéciale au Cercle de Lecture) qui nous fait part de sa lecture du livre de Christian Bobin "Un bruit de balançoire"1
"Quel est donc ce "grincement de balançoire vide qui résonne jusqu'à la fin du monde"? (p.49) si ce n'est ce bruit de colère "contre-pied des tambours modernes" (p.4), ou bien cette main humaine qui danse lors de l'écriture manuscrite (p.47) ou encore (p.48) "le tissu de l'humain qui se déchire."
Qu'il est reposant dans notre monde agité, pressé, de se poser un peu et lire ces lignes de Christian Bobin…
C'est un temps de repos, de calme, de sérénité, une respiration dans cette vie trépidante. On va de lettre en lettre et à la fin du manuscrit on trouve qu'il y en a trop peu…
Le destinataire ? Peu importe, c'est la ronde des mots qui nous sublime et nous détend. S'agit-il de sa mère, d'un nuage, d'un bol, d'un escalier ? Qu'importe; la poésie est là, présente et nous transporte. Une poésie douce avec des mots simples, ordinaires, des mots de tous les jours pour des sujets du quotidien, de l'intime, du vrai.
Avec Bobin, ces valeurs que nous côtoyons chaque jour nous apportent la paix si nous savons les apprécier. Ces choses de notre existence, sont une révélation dans ces pages et inspirent le respect…
Serait-ce l'influence de Ryokan, ce moine mendiant japonais, qui invite à la méditation ? A la poésie ? C'est un ermite errant bouddhiste poète et calligraphe et l'on sent bien sa proximité avec Bobin.
Ce recueil est un hymne à l'écriture manuscrite, à la calligraphie, il a le charme d'une "littérature méditante".
Ce bijou de poésie donne beaucoup d'importance à la main. Son côté sacré et spirituel est une élévation de l'âme, une force libératrice avec la musique de la nature et celle de Jean Sébastien Bach. Enfin dans ce recueil, Christian Bobin nous invite à la contemplation des choses simples qui nous entourent, il nous incite à continuer à écrire à la main, notre outil naturel."
1. Christian Bobin, Un bruit de balançoire, L'Iconoclaste, 2017
vendredi 25 mai 2018
mardi 22 mai 2018
Anne Dufourmentelle. Souviens-toi de ton avenir
"Lorsqu'un événement est vécu complètement et en conscience, le temps s'accomplit. Il se boucle et, à la fois, s'ouvre dans toutes les directions"
Je viens de refermer, non sans une vive émotion, le roman "posthume" d'Anne Dufourmantelle "Souviens-toi de ton avenir", Albin Michel,2018.
Un message venu de l'au-delà ? Il s'agit en tout cas d'un roman dont le message semble traverser le temps: deux époques s'y entrecroisent, d'une part le récit d'une épopée mongole en 1321, d'autre part ou en parallèle les recherches d'un petit groupe d'érudits qui cherche à rassembler les fragments écrits en phags-pa et en latin dispersés de par le monde! S'ouvrent alors peu à peu les fissures du temps pour nous dire "que le même événement, invisiblement, coexiste, sur plusieurs plans de l'espace et du temps"!
Un livre captivant, troublant, "tel un rêve chargé de vérité"
Je viens de refermer, non sans une vive émotion, le roman "posthume" d'Anne Dufourmantelle "Souviens-toi de ton avenir", Albin Michel,2018.
Un message venu de l'au-delà ? Il s'agit en tout cas d'un roman dont le message semble traverser le temps: deux époques s'y entrecroisent, d'une part le récit d'une épopée mongole en 1321, d'autre part ou en parallèle les recherches d'un petit groupe d'érudits qui cherche à rassembler les fragments écrits en phags-pa et en latin dispersés de par le monde! S'ouvrent alors peu à peu les fissures du temps pour nous dire "que le même événement, invisiblement, coexiste, sur plusieurs plans de l'espace et du temps"!
Un livre captivant, troublant, "tel un rêve chargé de vérité"
mercredi 16 mai 2018
Christian Bobin
Au programme du prochain Cercle de lecture ce magnifique livre de Christian Bobin "Un bruit de balançoire", éditions L'Iconoclaste, 2017. Livre entièrement composé de lettres adressées tour à tour à sa mère, à un bol, à un nuage, à un ami, à une sonate...
Lire Bobin,— encore plus pour cette dernière publication— est toujours un moment de pur bonheur pour moi.
Christiane nous attend donc le vendredi 18 mai, dans le 19 ème, à partir de 19h30, la soirée comme d'habitude combinera repas et lecture.
Lire Bobin,— encore plus pour cette dernière publication— est toujours un moment de pur bonheur pour moi.
Christiane nous attend donc le vendredi 18 mai, dans le 19 ème, à partir de 19h30, la soirée comme d'habitude combinera repas et lecture.
jeudi 26 avril 2018
Duras au Cercle de Lecture
"Quelle difficulté ! Comment attaquer cette forteresse… On dirait qu’elle est imprenable tout à coup. […] Quelle est donc cette chose que je veux décrire, quelle est sa nature ?"
Nous sommes en 1962. Marguerite Duras est plongée dans les affres de la création, devant la page blanche, RIEN!
Quatre ans plus tard, l'œuvre enfin est là: Le Vice-Consul !
Une œuvre exigeante, déroutante:
"J’ai l’impression que si j’essayais de vous dire ce que j’aimerais arriver à vous dire, tout s’en irait en poussière […] Les mots… […] Ils n’existent pas", dit le vice-Consul (p. 121).
Pourquoi je vous parle du Vice-Consul ?
Parce qu'il est au programme de la prochaine soirée-dîner du Cercle de Lecture, ce vendredi 27 avril à 20h, chez notre amie Michelle à St Mandé!
L'annonce est un peu tardive, désolé, mais si l'envie vous vient de vous joindre à nous, envoyez-moi un mot.
Nous sommes en 1962. Marguerite Duras est plongée dans les affres de la création, devant la page blanche, RIEN!
Quatre ans plus tard, l'œuvre enfin est là: Le Vice-Consul !
Une œuvre exigeante, déroutante:
"J’ai l’impression que si j’essayais de vous dire ce que j’aimerais arriver à vous dire, tout s’en irait en poussière […] Les mots… […] Ils n’existent pas", dit le vice-Consul (p. 121).
Pourquoi je vous parle du Vice-Consul ?
Parce qu'il est au programme de la prochaine soirée-dîner du Cercle de Lecture, ce vendredi 27 avril à 20h, chez notre amie Michelle à St Mandé!
L'annonce est un peu tardive, désolé, mais si l'envie vous vient de vous joindre à nous, envoyez-moi un mot.
GIORGIO AGAMBEN
GIORGIO AGAMBEN
À L’ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES
Langage, politique, religions
Vendredi 4 mai 2018, de 14h à 18h Université Paris-Sorbonne Amphithéâtre Louis Liard
Chers amis,
Je me permets de vous informer d'une rencontre exceptionnelle que j'organise avec Giorgio Agamben à l'occasion des 150 ans de l'École Pratique des Hautes Études, le vendredi 4 mai en Sorbonne. C'est un grand plaisir pour moi de vous y inviter chaleureusement.
Je vous en joins ici l'affiche ainsi que le programme. N'hésitez pas à en diffuser l'information.
Je me permets d'insister sur le fait qu'il est impératif, si vous avez le désir d'y assister, de vous inscrire (le contact est indiqué sur le programme et l'affiche, il suffit de donner son nom). Le plan Vigipirate de la Sorbonne nous y contraint. Compte tenu de la notoriété de G. Agamben et du caractère exceptionnel de la rencontre (et tardif de l'annonce), je ne saurais trop vous inviter à le faire dans de brefs délais.
Je réjouis de vous revoir à cette belle occasion.
Avec toute mon amitié
Vincent Delecroix
--Inscriptions : leo.texier@etu.ephe.psl.eu
En raison du dispositif Vigipirate, il est
impératif de s’inscrire pour pouvoir assister
au colloque et de se munir d’une pièce d’identité. La liste sera close 48 heures avant la conférence
À L’ÉCOLE PRATIQUE DES HAUTES ÉTUDES
Langage, politique, religions
Vendredi 4 mai 2018, de 14h à 18h Université Paris-Sorbonne Amphithéâtre Louis Liard
Chers amis,
Je me permets de vous informer d'une rencontre exceptionnelle que j'organise avec Giorgio Agamben à l'occasion des 150 ans de l'École Pratique des Hautes Études, le vendredi 4 mai en Sorbonne. C'est un grand plaisir pour moi de vous y inviter chaleureusement.
Je vous en joins ici l'affiche ainsi que le programme. N'hésitez pas à en diffuser l'information.
Je me permets d'insister sur le fait qu'il est impératif, si vous avez le désir d'y assister, de vous inscrire (le contact est indiqué sur le programme et l'affiche, il suffit de donner son nom). Le plan Vigipirate de la Sorbonne nous y contraint. Compte tenu de la notoriété de G. Agamben et du caractère exceptionnel de la rencontre (et tardif de l'annonce), je ne saurais trop vous inviter à le faire dans de brefs délais.
Je réjouis de vous revoir à cette belle occasion.
Avec toute mon amitié
Vincent Delecroix
--Inscriptions : leo.texier@etu.ephe.psl.eu
En raison du dispositif Vigipirate, il est
impératif de s’inscrire pour pouvoir assister
au colloque et de se munir d’une pièce d’identité. La liste sera close 48 heures avant la conférence
dimanche 1 avril 2018
Y a-t-il une porte de sortie ?
« Trouver la sortie… ! »
Il a dit ça!
J’ai dit « ça » ?
Oui, tu as dit ça.
Au fait, je pensais bêtement à la sortie de crise entre l'Occident et la Russie, entre Trump et Kim Jong-un, entre israéliens et palestiniens…, et aussi à la crise de jalousie, crise des valeurs, crise de foi, bref à la crise de l’humain…
En fait, on n’en sort jamais définitivement…de la crise.
L’humain est bizarre… !
J’ai dit « l’humain est bizarre » ?
Oui, tu l’as dit.
Tenez, par exemple : Pâques, je veux dire le tombeau vide ! Ça devrait être une sortie de crise pour les disciples de Jésus après la déroute du Vendredi Saint. Eh bien non, ils restent là plantés dans le tombeau, cherchant on ne sait trop quoi, sans doute des réponses, peut-être la Vérité même. Mais, pour lever le voile du doute, pour sortir de la crise de foi, il leur faut d’abord sortir du tombeau, à l’image de l'allégorie de la Caverne de Platon : des hommes enchainés et immobilisés tournent le dos à l'entrée et ne voient que leurs ombres projetées…
Sortir de l'illusion, de l'enfermement dans nos certitudes pour pouvoir apercevoir les choses autrement !
Voir les choses autrement, ai-je dit ?
Oui, c’est bien ce que nous avons entendu…
Autrement dit, à quoi bon rester prostrés dans nos pensées guerrières, sombres, sans avenir prometteur d'espérance…, quand il est possible de sortir à l’air libre, respirer, rencontrer les autres, partager?
Certes, certes…, mais encore faut-il repérer la porte de sortie.
C’est peut-être ça le plus compliqué dans la vie : trouver la sortie !
Cela veut dire sortir de soi d’abord, cela veut dire aussi allez vers celui ou celle qui n'a même plus la volonté de se lever, cela veut dire se dépouiller de ses réflexes de repli, au contraire accepter de se déplier, et marcher, c'est-à-dire chercher, encore et toujours, et faire avec ce paradoxe que l’on doit, je crois, à Blaise Pascal : « Tu ne m’aurais pas cherché si tu ne m’avais trouvé » (je cite de mémoire).
Il parlait de Dieu, ou du Tout-Autre…
Le Tout-Autre, j'aime bien ça, car il échappe à nos représentations, il se retire en se donnant ou l'inverse. C’est peut-être ici que se trouve la clé de nos crises, en hiérarchisant nos besoins, en mettant l'Altérité au cœur de l'existence, il est alors possible, je le crois, par ce recentrement même d’expérimenter une forme d’intelligence ou de sagesse nous permettant de laisser être ce qui est, tout en étant co-créateur d’un présent évolutif !
Joyeuses Pâques à tous et tous!
Il a dit ça!
J’ai dit « ça » ?
Oui, tu as dit ça.
Au fait, je pensais bêtement à la sortie de crise entre l'Occident et la Russie, entre Trump et Kim Jong-un, entre israéliens et palestiniens…, et aussi à la crise de jalousie, crise des valeurs, crise de foi, bref à la crise de l’humain…
En fait, on n’en sort jamais définitivement…de la crise.
L’humain est bizarre… !
J’ai dit « l’humain est bizarre » ?
Oui, tu l’as dit.
Tenez, par exemple : Pâques, je veux dire le tombeau vide ! Ça devrait être une sortie de crise pour les disciples de Jésus après la déroute du Vendredi Saint. Eh bien non, ils restent là plantés dans le tombeau, cherchant on ne sait trop quoi, sans doute des réponses, peut-être la Vérité même. Mais, pour lever le voile du doute, pour sortir de la crise de foi, il leur faut d’abord sortir du tombeau, à l’image de l'allégorie de la Caverne de Platon : des hommes enchainés et immobilisés tournent le dos à l'entrée et ne voient que leurs ombres projetées…
Sortir de l'illusion, de l'enfermement dans nos certitudes pour pouvoir apercevoir les choses autrement !
Voir les choses autrement, ai-je dit ?
Oui, c’est bien ce que nous avons entendu…
Autrement dit, à quoi bon rester prostrés dans nos pensées guerrières, sombres, sans avenir prometteur d'espérance…, quand il est possible de sortir à l’air libre, respirer, rencontrer les autres, partager?
Certes, certes…, mais encore faut-il repérer la porte de sortie.
C’est peut-être ça le plus compliqué dans la vie : trouver la sortie !
Cela veut dire sortir de soi d’abord, cela veut dire aussi allez vers celui ou celle qui n'a même plus la volonté de se lever, cela veut dire se dépouiller de ses réflexes de repli, au contraire accepter de se déplier, et marcher, c'est-à-dire chercher, encore et toujours, et faire avec ce paradoxe que l’on doit, je crois, à Blaise Pascal : « Tu ne m’aurais pas cherché si tu ne m’avais trouvé » (je cite de mémoire).
Il parlait de Dieu, ou du Tout-Autre…
Le Tout-Autre, j'aime bien ça, car il échappe à nos représentations, il se retire en se donnant ou l'inverse. C’est peut-être ici que se trouve la clé de nos crises, en hiérarchisant nos besoins, en mettant l'Altérité au cœur de l'existence, il est alors possible, je le crois, par ce recentrement même d’expérimenter une forme d’intelligence ou de sagesse nous permettant de laisser être ce qui est, tout en étant co-créateur d’un présent évolutif !
Joyeuses Pâques à tous et tous!
mercredi 28 mars 2018
La déclaration
La porte est entrouverte, elle hésite un instant puis appuie sur la sonnette.
—Entre, lui crie une voix de l’intérieur
Accoudé sur son bureau, il donne à voir un visage contrarié, défait.
— Qu’est-ce qu’il t’arrive ?
Ses yeux se ferment. Cueilli par l’émotion, il y a comme un nœud dans sa gorge.
—Mais enfin, qu’est-ce que tu as ? Sans attendre la réponse, lentement, elle lui passe la main sur le front. Qu’est-ce qu’il est brûlant ! Tu es malade ?
Ses yeux s’ouvrent, humides. Il contemple le visage de L comme s’il la voyait pour la première fois.
—Je ne sais pas ce qui m’arrive, mais je ne suis pas malade, rassure-toi. J’ai juste mal…à l’écriture !
—?!…
— Je ne sais comment t’expliquer, c’est assez compliqué, même pour moi.
—Nous avons toute la soirée, prends ton temps
—Il s’agit de l’écriture…
—Oui, ça j’ai bien compris, mais c’est le mal qu’elle te fait que je ne saisis pas
—qu’elle me donne…
—Pardon ?
—Ecrire ne me fait pas mal, bien au contraire. Mais, je n’arrive pas à faire corps avec, il y a pourtant quelque chose de caché à l’intérieur de moi, que je veux faire exister, c’est-à-dire mettre au monde, mais le texte me résiste et je cours après, comme un amoureux éconduit. En réalité, je fais du sur-place, je sature, rature, et recommence, encore et encore sans jamais pouvoir dire ce qui est. Impression désagréable de répéter toujours le même scénario.
—A t’entendre, c’est comme si tu cherchais une bonne idée et une façon élégante de l’exprimer, et tu te trouves soudain confronté à un autre impératif : ton outil, je veux dire le langage, lui, veut parler d’autre chose que de lui-même.
Il la regarde, ébloui par ce qu’elle vient de dire.
—Mais tu es un génie, ma parole ! Ainsi, pour pouvoir me rejoindre au plus profond de moi-même, je dois renoncer à vouloir « dire » ou faire « beau », le langage doit, ici, renoncer à lui-même, se faire oublier, faire le mort afin de laisser advenir ce qui est déjà là.
—Exactement, par ce renoncement consenti comme une ascèse, le langage donne vie, paradoxalement, à ce qui viendrait le légitimer dans sa fonction première : celui de donner à voir autre chose que lui-même. Mais, au fait, que cherches-tu à dire au point de t’émouvoir à ce point ?
Il est surpris par la question. La spontanéité n’est pas son fort. Il réalise soudain ce que veut dire s’apparaître à l’occasion de l’autre.
—Ta question me ramène à ce que je cherche à fuir, mais je sens en même temps le soulagement que cela me procurerait à le dire. Car, c’est ce que je cherche désespérément à écrire, à t’écrire !
—Quoi donc ?
—Je t’aime !
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