lundi 23 novembre 2015

François Cheng

"…Ici nous pensons à une expérience, apparemment anodine, de Jacob Boehme, le mystique rhénan du XIIè siècle. Un après-midi de solitude dans son humble logis, il vit une lumière traverser la fenêtre et venir se projeter sur un ustensile en étain posé sur un meuble. Le reflet irisé que donna ce rayon, soudain, le toucha jusqu'aux tréfonds, ravissant son âme. Là où un matérialiste pur et dur ne constate qu'un banal phénomène physique, lui, il éprouve un sentiment d'étonnement et de grâce: comment se fait-il qu'au sein de ce monde terrestre, de ces heures humaines perdues dans un coin de l'univers infini, poussières parmi les poussières, il y a tout de même cet instant miraculeux où une clarté opportune vient au contact d'un objet anonyme, éphémère, emplissant le cœur d'un être tout aussi anonyme, éphémère, d'une indicible émotion."

François CHENG, Le livre du Vide médian, Albin Michel (édition revue et augmentée), 2009, p.14-15

mardi 17 novembre 2015

SEMAINE DE RENCONTRES ISLAMO-CHRETIENNE

Imams et prêtres : quelle formation pour aujourd’hui ?
Tables rondes et ateliers
samedi 21 novembre 2015
9h30 – 17h00
Institut Européen des Sciences Humaines (Saint-Denis)
ISTR - Institut de Sciences et de Théologie des Religions - Theologicum
19 rue d’Assas 75006 Paris
Renseignements : 01 44 39 84 80 - istr.theologicum@icp.fr www.icp.fr/theologicum

La formation des « ministres du culte » représente un enjeu important
pour toute religion instituée. Cela s’avère particulièrement vrai dans notre société, dont la configuration religieuse évolue très vite, et à l’heure où le numérique permet une fragmentation démultipliée du discours religieux, difficilement contrôlable.
Comment former des hommes à même de répondre à tous les défis posés par le contexte actuel ? Musulmans et catholiques ont sûrement à gagner à réfléchir ensemble à cette question.
Même si la figure du prêtre diffère de celle de l’imam, leurs missions se rejoignent sur bien des points. On s’efforcera d’explorer ensemble la façon dont chaque communauté religieuse pense aujourd’hui la formation de ses ministres en se mettant, autant que possible, à l’écoute
des questions très concrètes posées par le terrain.
9h30-10h45 : Prêtres et imams : une formation pour quelle mission ?
Modérateur : Mohamed Bachir, imam, Avec : Tryphon Bonga, prêtre, formateur ; Mohammed Iwaz, professeur à l’Institut Al-Gazali - Grande Mosquée de Paris
11h15-12h30 : Formation des prêtres, formation des imams : regards croisés.
Modérateur : Hamza Garbi, imam
et formateur avec : Ahmed Jaballah, théologien musulman, directeur de l’IESH de Paris ; Henri de La Hougue, prêtre, formateur
12h30-14h : déjeuner libre
Informations pratiques
14h-15h30 : Ateliers
- Former au discours, Cissé Alkaly et Mohammed Ghamgui
- Former à la rencontre, Ammar Arouibah et Henri de La Hougue
- Former à l’accompagnement des fidèles et des communautés, Françoise Niessen et Khalid Affan
- Penser la formation dans sa globalité : cursus universitaire, activités, internat, etc., Abdesselem Hafidi et Tryphon Bonga
16h-17h : Formation des imams et des prêtres : pistes et défis pour demain.
Modérateur : Cissé Alkaly, pasteur protestant Avec : Françoise Niessen, formatrice ; Nawal Zine, formatrice à l’IESH, SG du Conseil Théologique Musulman de France ; Jean Courtaudière, prêtre ; Mohammed Bajrafil, imam, SG aide-joint du Conseil Théologique Musulman de France.
Institut Européen des Sciences Humaines
22 rue Charles Michels - 93 200 Saint-Denis
RER D - station: Saint Denis RER (sortie Charles Michels) 01.48.20.15.15 - Entrée libre
Renseignements : Secrétariat ISTR
01 44 39 84 80 - istr.theologicum@icp.fr 19 rue d’Assas 75270 Paris cedex 06 www.icp.fr/theologicum


mardi 10 novembre 2015

Bachelard

Ce lundi 10 octobre a eu lieu le 1er séminaire de recherches de l’année 2015-2016 du Fonds Paul Ricœur, avec pour fil conducteur « L’imagination dans l’œuvre de Gaston Bachelard».Après un tour de table de présentation des sujets de recherche de chacun, le séminaire entre dans le vif du sujet du jour avec l’exposé de Rodolphe Calin, maître de conférence à l’Université Paul Valéry, Montpellier, sur "L’imagination créatrice, une lecture de Bachelard" (première partie). D’emblée, est soulignée l’importance de Bachelard pour Ricœur (cf. La métamorphose vive, Seuil, 1975), la place récurrente de l’imagination sémantique et herméneutique dans ses écrits (comme dans l’œuvre de Cassirer et celle de Castoriadis).
En bref, ce que j’ai retenu : chez Bachelard, il y a un dualisme du psychisme humain : d’un côté l'attrait pour la connaissance discursive (qui procède selon le discours logique), qui conduit à la science ; de l’autre un déploiement de la rêverie, de l'imagination, laquelle culmine vers la poésie. Qu'est-ce que l'imagination ? Selon Bachelard, c'est le processus par lequel nous créons, animons et/ou déformons les images ; l’image est la projection de la pensée dans les choses, ce qui lui permet de dire que l’imagination ne reproduit pas, mais est productrice, créatrice, elle déréalise le réel.
La pensée scientifique déréalise aussi le réel mais pour en faire des outils techniques, grâce à une construction mathématique. Dans la pensée scientifique, il y a une contestation du moi (le sujet intuitif, rêveur) par le non-moi (l’objet reproduit, l’outil).
L’imagination crée une relation directe, immédiate avec le phénomène, le non-moi devient mien dans l’imagination par la projection du moi dans le non-moi.
Auteur d'ouvrages de philosophie des sciences et d'ouvrages de critique littéraire,  Bachelard a cultivé toute sa vie la contradiction, le dualisme entre sciences et poésie. A suivre…

lundi 5 octobre 2015

Paradoxes

Passé l'après-midi sous la pluie dans Paris.
Rien d'anormal en cette saison!
Repensant à la parole de Spinoza "L'éternité, c'est maintenant", me sont venues à l'esprit des associations sous forme de paradoxes que je reprends ici :
Paradoxe 1: L’humain, dans sa quête de l’absolu, s’en éloigne d’autant plus qu’il en est le reflet et la rature.
Paradoxe 2: Il cherche à s’approcher de Cela qu’il nomme de divers noms, le divin, Dieu…Mais pour quoi cet aller-vers l'insaisissable ? Pour se l’approprier, le mettre à demeure? Cette prise en main, ou plutôt cette tentation de prise en main du divin perd de fait ce qu’elle saisit…, et cette saisie porte un nom, selon Jean-Luc Marion : l’idolâtrie. L’idole manque la distance, contrairement à l’icône (le Christ) qui, lui,  “recèle et décèle ce sur quoi elle repose: l’écart en elle du divin et de son visage”.
Paradoxe 3: Visibilité de l’invisible: se donne en se retirant. C’est le message que reçoit Moïse près du buisson ardent au Mont Sinaï, alors qu'il demandait à la Voix invisible “Quel est ton nom?” pour qu’il puisse attester aux Hébreux esclaves en Egypte que c’est bien leur Dieu qui l’envoie. Réponse : “Je Suis Celui qui Suis”…
Paradoxe 4: C’est peu et c’est beaucoup. Il faut s’en contenter, c’est-à-dire se mettre en quête encore, et encore…! Car, contrairement à ce qu'on dit, la foi, comme l’endurance de la pensée, est sans repos…C'est un combat de tout instant, et cet instant est éternel tant qu'il dure, c'est l'unique temps réel pour celui qui le vit !

vendredi 18 septembre 2015

Les journées du Fonds Ricœur


Lundi 12 octobre 9h30-17h

Où va l’herméneutique ?

Journée organisée par le CRAL et le Fonds Ricœur
Sous la direction de Ioana Vultur, Claude Romano et Olivier Abel
A l’occasion de la parution de Critique n°817-818

Matin
9h30 : Jean Greisch : « Quo vadis hermeneutica : l’herméneutique comme sagesse de l’incertitude »
10h15 : Christian Berner : « Interpréter pour comprendre. Réflexions sur les horizons contemporains de l'herméneutique »
11h : Pause café 15mn
11h15 : Pascal Engel et Claude Romano : « Connaissance et interprétation »
12h15 : Pause déjeuner

Après midi
14h : Ioana Vultur et Martin Seel : «Herméneutique et cinéma»
15h : Pause café 15mn
15h15 : Jean-Marie Schaeffer et François Hartog : «Herméneutique et sciences sociales»
16h15 : Marielle Macé : « Expérience, interprétation, usage »
Lieu : Amphithéâtre IPT/Fonds Ricœur, 83 Bd Arago 75014 PARIS, Métro : Denfert-Rochereau ou Saint-Jacques. Entrée libre, sans inscription.
Renseignements : Julie Solviche au Fonds Ricœur, 0143317878. E-mail : julie.solviche@ehess.fr

SÉMINAIRE DU FONDS RICŒUR

Assuré par:

Olivier Abel, professeur à l’Institut protestant de théologie / Fonds Ricœur, CRAL.
Rodolphe Calin, maître de conférences à l'Université Paul-Valéry Montpellier, CRAL
Nicola Stricker, professeur associée à l’Institut protestant de théologie/Fonds Ricœur

2e lundi du mois de 11 h à 14 h, de novembre 2015 à mai 2016, dans la salle du Fonds Ricœur, Bibliothèque de l’Institut protestant de théologie – 83 bd Arago 75014 Paris. Métro Denfert.

Attention : le séminaire commence par une journée d’étude le lundi 12 octobre de 9h30 à 17h, dans l’Amphi du Fonds Ricœur, sur le thème « Où va l’herméneutique ? » (à l’occasion de la parution du numéro de la revue Critique sur ce thème, journée organisée par Ioana Vultur, Claude Romano, et Olivier Abel).

L’herméneutique s’est historiquement constituée autour de l’interprétation des textes « sacrés ». L’objectif de ce séminaire, au carrefour de la philosophie, de la théorie littéraire, de la théologie, et des sciences sociales, consiste à analyser l’extension du problème de l’interprétation à des textes littéraires, historiques ou juridiques, et à pointer chez Ricœur les motifs du virage d'une herméneutique régionale à une herméneutique ontologique, mais aussi d'une herméneutique critique à une herméneutique poétique. Dans tous ces déplacements, la place centrale du thème de l’imagination, et du schématisme de l’imagination poétique, seront notre fil conducteur. Le séminaire du Fonds Ricœur combine les interventions d’invités et les contributions des participants, il est parfois joint aux Journées du Fonds Ricœur.
Programme : voir site www.fondsricoeur.fr



dimanche 6 septembre 2015

Relire Bultmann

"Il ne peut pas y avoir d'exégèse sans présupposition (...) le problème herméneutique se présente à nous...chaque historien se laissera toujours guider par une manière de poser le problème, par une perspective propre. Ce n'est pas une déformation de l'histoire tant que la façon de poser le problème ne repose pas sur un préjugé mais reste une simple interrogation, et tant que l'historien se rend compte que sa façon de poser le problème est unilatérale (...) La compréhension de l'histoire n'est donnée qu'à celui qui, loin de la contempler en simple spectateur, neutre et non concerné, s'y sent lui-même intégré et assume sa part de responsabilité envers elle. Cette rencontre avec l'histoire, née de notre propre historicité, nous l'appelons rencontre existentielle. Elle engage l'historien dans tout son être (...) la connaissance historique n'est jamais complète ni définitive (...) un événement historique est inséparable de son avenir (...)La précompréhension est fondée sur la quête de Dieu qui préoccupe l'homme (...) La rencontre existentielle avec le texte peut aussi bien conduire au oui qu'au non, à la foi confessante qu'à l'incrédulité complète, puisque le texte adresse à l'exégète une exigence, qu'il lui offre une compréhension de soi qu'il peut accepter comme don ou rejeter, puisque, enfin, il l'oblige à la décision."

R. Bultmann, Foi et Compréhension 1, L'Historicité de l'homme et de la Révélation, Seuil, 1970

Citation du jour

 "La philosophie ne se développe pas en progressant, elle est au contraire l'effort de déployer et d'éclairer le même petit nom...